Chapitre 29

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Johany avait pour projet de lire encore, comme la veille, mais il fut bien obligé de se rendre à l'évidence : il n'avait vraiment pas la tête à ça. Cela faisait au moins six fois qu'il relisait la même phrase sans pourtant être capable de s'en souvenir. Les mots n'imprimaient pas dans sa tête. Ce qui y était imprimé, c'était un regard.

Il se fit violence pour reprendre le cours de sa lecture et chasser de son esprit les yeux sombres qui y étaient incrustés, mais force était de constater que son livre lui tombait des mains. Il n'était plus aussi passionnant. Parce que quelque chose de plus obsédant primait sur le reste, sur tout le reste.

"C'est vraiment, vraiment stupide... pensa Johany. C'est à Amber, que je pense. Elle est incroyable, elle est magnifique. Elle a ce sourire... Cette façon timide de me regarder... Elle me manque. C'est ce que je lui ai dit, et c'est vrai, j'ai eu un espèce de coup de foudre, non ? Dès que je l'ai vue me sourire dans cette rue de Luang Prabang, mon coeur s'est emballé, mes yeux ne pensaient plus qu'à elle. Je veux la revoir. C'est ce que je veux."

Il fit tourner ces pensées en boucle dans sa tête, pour mieux s'en convaincre. Il se sentait trop confus pour admettre ses doutes. Non, il n'y avait aucun doute : il était tombé amoureux d'Amber ; oui voilà, c'était ça. Et pas autrement.

Johany soupira et balança son livre sur la table basse de la terrasse. Il se dit qu'écrire lui ferait du bien, sûrement ; le soulagerait, l'aiderait peut-être. Mais il n'en avait aucune envie, cette fois-là.

Il se perdit finalement dans ses pensées sans y résister et laissa son esprit prendre le contrôle sur sa raison.

Ce qui le tracassait tant ne le quitta pas jusqu'au soir, où la faim vint le pousser à sortir de sa léthargie. Il n'avait rien prévu pour dîner, avait oublié de passer acheter du riz et des boulettes de boeuf. Afin d'acclimater son corps à la nourriture laotienne, il n'avait pas mangé de viande durant les quelques jours qui avaient suivi son arrivée, mais en consommait depuis Luang Prabang.

Il avait passé une heure à écrire une lettre à Louis, un peu plus tôt, pour l'informer de l'avancée de ses recherches et lui donner quelques nouvelles, puis avait joué avec le chien errant sur la terrasse. Il hésitait à lui donner un nom, il ne voulait pas s'attacher ni s'habituer à sa présence. Et il ne souhaitait pas non plus que le chien s'habitue à la sienne.

Il se mit à marcher dans sa rue, foulant de ses baskets sales la terre du chemin, qui s'envolait par volutes sous ses pas.

Il se dit qu'il allait acheter son riz, oui, c'est ce qu'il devait faire. Et aussi ces boulettes de boeuf qu'il avait repérées dans le petit magasin d'une dame à forte carrure, un peu plus loin. Peut-être qu'il prendrait même une mangue et pourquoi pas du durian, il avait bien aimé la première fois.

Mais en passant devant la petite épicerie de Dao, il sentit le fumet d'une côte braisée et ne put s'empêcher de ralentir. Un coup d'oeil à l'intérieur de la bicoque en bois lui apprit qu'il y avait deux personnes à l'intérieur, assis au fond de la pièce sur les coussins aux motifs traditionnels.

Un instant, Johany hésita à entrer, puis secoua la tête et chassa cette idée de son esprit. Il avait un objectif : faire ses courses. Il ne devait pas être distrait par l'odeur d'une côte grillée. Ou par quoi que ce soit d'autre dans la petite épicerie.

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