Un chant de désespoir

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Qui est-elle cette femme qui a conquis le cœur de la mort ?
Elle qui règne sur l’hiver de son pas fier, si sûr et trop sagace
Est-ce un souvenir fugitif, un rêve trop fugace ?
Elle qui teinta mon esprit de mille-et-un remords
Elle marche en impératrice sur ces terres sinistres faites de naufrages
Sur ces toundras de glace, ces monts de larmes, sur ces étendues de neige
Et hier, avant l’hiver, ce monde était une splendeur exempte d’orage
Mais son règne a chassé la paix, mais sa peine m’a trop teinté de ses arpèges,
De son solfège noir, plus épais que mon sang de salpêtre et de soufre
J’entends sans son l’écho de ses mots qui frappe les falaises de ma mémoire.
Et ce silence ricoche entre roche et rivière, il vrille sans présent d’arches en gouffres
Et j’entends cette onde muette croître en triste tumeur du matin au soir
C’est la cicatrice criante, la strie lactescente du souvenir !
Quand hier je courrais après une réalité adénome
Damnant ici mon être pour l’espoir de l’amour, sacrifiant mon temps pour un extrait de son arôme.
C’est ce fantôme qui résonne en moi, vent de peur nourri d’avenir.
Alors vaincu, de Londres à Berne, de Lübeck à Besançon, j’ai fui
Dans l’alcool, les femmes et les pleurs, dans les livres, la folie et l’encre, fardant tristesse en ivresse
Cherchant ici un autre rêve que son corps, un autre ciel que la voie lactée, implorant une autre nuit
Partout, je n’ai trouvé que l’averse.
Et après mille cinq cent jours frappant mon âme de leurs épées mélancoliques,
J’ai hiverné, recroquevillé sous mes escarres.
Filant pas après pas, édifiant lune après lune mon chant de désespoir
Et stridulé par des ténors aborigènes, l’hymne fut transcrit en cyrillique,
Comme un secret perdu par l’amnésie de l’abîme,
Une complainte écrite sur les berges du Léthé, aux portes du Tartare,
Au milieu des damnés de leur propre enfer, sous l’abysse de Gibraltar.
Eux, à mon instar, ont supposé leur existence comme un crime
Et ils chantent en chœur ma chanson de désespoir,
Sous le Styx en cascade rongé par les congères de la colère,
Nous taillons notre haine dans l’étreinte de l’oubli nodulaire.
Elle qui se ravive devant notre reflet capturé par l’Achéron et sa glace miroir
Oui, qui est-elle cette femme qui a conquis le cœur de la mort ?
Qui est-elle cette peine qui nous poursuit et nous ébauche en oxymore ?
Puisque peu importe le ciel, peu importe les âmes, j’ai vu partout le poids de nos vies
Elles sont faites de cendres, de silence, de douleurs, de violence, d’abandon et débris
Mais pourtant, malgré nos plaies scrofuleuses, nos cœurs en lambeaux, nos âmes en haillons
Nous dominons nos larmes d’un rictus retord.
Car peu importe qui est cette femme qui conquit le cœur de la mort !
Nous sommes immenses. Nous sommes ces amputés aux greffes splendides errant au Septentrion.
Bandant nos épaules sous la morsure du fouet pour la dîme d’un sourire,
Puisque les larmes et la douleur sont éphémères, vouées à l’oubli le temps d’un rire.

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