Faible

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Cachée dans les fourrés, elle observait. Sinéphie de Mélorgia esquissa un sourire pervers en voyant l’attitude de sa protégée. Il fallait intimider les gamines pour qu’elles se rendent compte du dur labeur à accomplir. Une petite crise et voilà que Cinemon perdait déjà ses moyens. La Sagesse se pencha au bord de la muraille. Elle avançait progressivement, guettant les alentours, tendant l’oreille pour repérer une proie. La petite repéra une belle biche occupée à récupérer un pack de nourriture.

Sinéphie voulait voir de quoi elle était capable une fois livrée à elle-même.

*

Une belle biche à l’apparence inoffensive tentait d’attraper une poche de provisions. Je la détaillai. Un jeune homme de mon âge, épuisé mais l’air très vif et réactif, une bonne musculature. Il portait plusieurs poignards autour de sa taille. Je me déplaçai lentement pour savoir comment aborder l’offensive. Piquée au vif par la Sagesse, j’avais besoin de sang. Arrivée dans son dos, je marchai lentement, mis mon poignard sous sa gorge et tentai de l’étrangler. A ma surprise, il attrapa une arme et faillis m’arracher un œil.


-Tu es l’une des protégées de cette maudite Sagesse ! cracha le garçon. Je vais t’ouvrir le ventre et donner tes boyaux aux loups.


-Essaye toujours, ricanai-je. Je serais curieuse de savoir comment tu te bats, mauviette.


Je visai le ventre, il fit un pas en arrière et fonça sur moi. La lame s’enfonça dans la paume de ma main, m’arrachant un hurlement. Je ripostai en le repoussant d’un coup de pied. Le garçon retrouva l’équilibre, tira une potion de sa ceinture et la jeta sur moi. Les yeux brûlés et aveuglée, je reculai tout en me protégeant des assauts du jeune soldat. Les coups incendièrent mes bras, mes doigts, atteignirent mon front.

Honteuse, la colère m’obligea à sonner la retraite. Après avoir asséné un coup au hasard, je m’enfuis dans les fourrés.

Je tremblai de partout. Mes bras couverts de sang, les entailles profondes, le sang ne tarderait pas à me faire tomber à terre.


-Une armée de femelles capable de renverser les hommes ! cria ma proie. Tu fuis princesse mais tu ne fais pas le poids !


Les larmes dégoulinèrent de mes joues. Une nouvelle fois, la rage s’empara de moi. Il était impossible que j’abandonne aussi rapidement, ce serait donner raison à la Sagesse. De haut, elle devait m’observer et se gausser de la situation. Tu ne vaux pas mieux que tes rivales. Laisse la place à une femme plus méritante. Je secouai la tête et écoutai les paroles de l’ennemi. Elles m’encouragèrent à sortir de ma cachette de fortune. Prenant rapidement un poignard, je la lançai en direction de la poitrine. je marchai lentement autour de lui.


-Tu as raison, je suis bien trop faible pour me défendre. Finalement, nous sommes semblables tous les deux, nous débutons dans le combat. Il y aura toujours un vainqueur et un perdant.


Deuxième assaut.


Au dessus du cœur.


Le jeune soldat ne s’affaissa pas. La main sur sa ceinture, il tenta de retirer un coutelas. Je voulus lui arracher, ce dernier se planta dans ma jambe. Je serrais les dents, mon corps parcouru d’une lancinante douleur, si insoutenable que je dus m’agenouiller pour ne pas perdre pied. Mes bras saignaient abondamment et me faisaient perdre l’équilibre. Je vomis sur le sol. La bile me brûla la gorge, manquant de me faire m’évanouir.


Je comprenais enfin ce qu’était l’état de survie.


Je vis le garçon s’avancer difficilement vers moi, un second couteau dans la main.


Tu vas réellement mourir dans ces conditions ? Etourdie par un couteau planté dans la jambe ? Tu as enduré plus dur que cela, allez !


Il n’allait pas m’achever, pas maintenant. Prise d’une soudaine pulsion, je retirai l’un des poignards coincés dans sa poitrine et dans un ultime geste, lui tranchai la gorge. Le sang brûlant éclaboussa mon visage, le fer envahit ma bouche et comme si le Ciel m’avait donné de ses forces, j’avais recouvert l’ouïe et la vue. Pendant que ma proie reculait, je finis de le décapiter. Son cadavre tomba lourdement. A califourchon, j’arrachai les yeux, fendis les lèvres, arrachai la boîte crânienne. Mes hurlements retentirent dans les bois, c’était la preuve que je tenais bon.


*

Sinéphie de Mélorgia entendit des cris de bête. Elle avait assisté au combat sans en perdre une miette. Cinemon s’était retrouvée dans une situation délicate et encore une fois, elle avait fait preuve d’une arrogance qui lui avait fait défaut. La Sagesse respira profondément. Elle pouvait presque distinguer les odeurs : la transpiration, la peur, le sang, trois excellentes senteurs.

Blanche de Catré se joignit au spectacle, désireuse de savoir si sa protégée remportait le combat.


-Je n’ai pas envie de la perdre, fais en sorte qu’elle gagne, dit-elle sèchement.


-Je t’ai déjà dit de ne pas t’attacher aux futures recrues. Elle n’a pas encore fait ses preuves.


-C’est ce que tu t’acharnes à dire mais finalement tu les prends sous ton aile.


-Tais-toi et laisse-moi voir.


Les yeux de Sinéphie de Mélorgia scintillèrent en voyant cette jeune fille démembrer le cadavre du jeune garçon. Elle sautillait sur place, encourageait tous les coups. Blanche de Catré admirait tranquillement le massacre tout en gardant un œil sur la réaction enfantine de la Sagesse. Jamais elle ne l’avait vu aussi enthousiaste à son propre événement.

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