63. Freelance

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Deux semaines ont passé. Le cadavre du pervers psychopathe fait la Une des journaux. C’était un professeur de sport déjà soupçonné d’attouchement sur des mineures. Les enquêteurs prennent contact avec toutes les victimes identifiées, et la presse française le nomme le Diable de Bretagne.

Je baisse le son de la télévision et conclus :

— Nous sommes de véritables héroïnes. Les Pesadilla Françaises.

— Mieux encore, murmure Giulia.

Sa bouche vient chercher ma bouche, ses longs doigts mon visage, et nous échangeons un baiser onctueux. Je dégrafe son chemisier puis explore ses reliefs. Elle sursaute.

— Mmm… Tu n’as pas envie d’attendre que Clémence rentre ?

— Je n’ai envie que de toi, et elle est avec sa pute.

Giulia se recule, outrée :

— Mais arrête ! Pourquoi tu l’appelles toujours comme ça ? T’es jalouse ?

— Parce que c’est une prostituée.

— Attends ! Tu me dis que la fille que Clémence voit depuis une semaine, c’est une pute ?

— Et Clémence la paie, tous les soirs.

Giulia cligne des yeux.

— Et moi, quand tu disais qu’elle allait voir une pute, je pensais que c’était une fille que tu n’aimais pas.

— Je n’en sais rien, ça doit être une fille bien puisque Clémence y retourne. Elle a dit qu’elle est douce, et qu’elle l’écoutait parler, et sans rire, je suis sûre qu’elle est amoureuse.

— Ça fait cher la relation, non ?

La porte d’entrée s’ouvre. Giulia reboutonne son chemiser, et Clémence fait entrer une fille d’à peine vingt ans, une petite brune au visage moucheté de taches de rousseur, se cachant derrière des lunettes.

— Sofia, je te présente Élodie et Giulia, mes meilleures amies. Je les héberge le temps que les deux mois de préavis soient passés. Les filles, voici Sofia.

— Enchantées, répondons-nous d’une même voix.

Clémence emmène la fille vers les toilettes, et Giulia murmure :

— Ce n’est pas une pute.

— Ben, elle a l’air timide, mais…

— T’as déjà vu une pute en jeans et en bombers ?

Giulia se r’installe lorsque les deux filles reviennent. Elles se placent face à nous et Clémence commence :

— Voilà, on aurait quelque chose à vous demander.

Clémence attend que Sofia parle, tandis que Giulia et moi sentons que la petite comptable va vouloir renouer ses jeux de soumise. Sofia est finalement incapable de prendre la parole, alors Clémence explique :

— Voilà, Sophie est étudiante, et pour payer le loyer, elle… elle offre ses services.

— Ben, on peut l’héberger, dis-je. Enfin c’est chez toi, mais…

— Ça fait un peu loin de Rennes, en transport, et ce n’est pas le sujet. Comment dire ? Montre-leur.

Sophie enlève son sweat-shirt, puis son débardeur, un peu hésitante. Au-dessus de la poitrine se trouve une compresse que Clémence soulève soigneusement pour dévoiler une cicatrice qui forme le prénom : Jules.

— Voilà ce que lui a fait un client avec un cutter, il a marqué son nom.

Pour Giulia et moi, la requête devient claire, et ma compagne demande :

— S’il est régulier, on peut le chopper.

Clémence précise :

— Est-ce que si, genre, elle vous donne un pourcentage, vous pourriez vous occuper de tous les mecs qui déconnent ?

Giulia hausse les épaules, mais je réalise ce que ça ferait de nous et le lui traduis :

— En gros, tu nous demande de devenir des proxénètes.

— Non. Vous vengez, vous la protégez des salauds dès qu’ils sauront que c’est dangereux d’abuser d’elle. Vous ne la forcez pas à payer ni à faire le trottoir. Et puis c’est juste Sofia.

Giulia et moi nous consultons du regard, aussi indécises l’une que l’autre. Alors, d’un accord purement télépathique, nous décidons de demander à ma pièce de choisir.

* * *

Cinq ans ont passé depuis le meurtre du Diable de Bretagne. Clémence va d’amante en amante, renouvelant sa recherche de jeux érotiques. Même si Sofia n’a plus besoin de payer de loyer, elles se voient régulièrement. Giulia et moi vivons ensemble dans la petite maison que j’avais choisie. Malgré nos caractères assez forts, notre amour demeure à mes yeux un exemple de perfection, et bien que nous nous soyons autorisé le libertinage, je n’en ai que rarement senti l’envie. Nous avons repris les cours de close-combat, et nous nous entraînons ensemble après le boulot, c’est ce qui nous plaît le plus : d’avoir une passion en commun.

Lucas est venu s’installer à Rennes, et il vient de prendre un appartement plus grand avec Marion qui est enceinte d’un petit-frère pour Maelys. Le divorce de mes parents a été prononcé. Je n’ai plus de nouvelle de ma mère, ni de Tristan. Élisa qui s’était remis avec lui a fini par rompre définitivement, après l’avoir trompé à nouveau avec une fille de sa promo. Maintenant, un peu hésitante, elle est tantôt avec homme, tantôt avec une fille. La mère de Giulia, n’a pas eu envie de me rencontrer, mais elle demande des nouvelles et des photos malgré tout. Son père, lui, ne lui a plus adressé la parole. Mais ça n’a pas l’air de la déranger.

Mon agresseur principal n’a pas été jugé. Consigné chez lui dans l’attente du procès, il s’est pendu en laissant une lettre de remords dictée par Giulia. Ses deux acolytes ont été jugés, mais je n’ai pas de haine envers eux, alors ils ont échappé à la faucheuse.

La bruine trempe mon pare-brise.

— Pourquoi il pleut, on est encore en été ? soupiré-je.

— Nous vivons en Bretagne, Sexy Monster. Pour la venue de ton père, j’ai trouvé une nouvelle recette de brownie, je fais ça ?

— On pourrait faire quelque chose de léger.

— Je me disais, avec le café…

— À deux cent mètres, veuillez tourner à droite, suggère le GPS.

— Pourquoi, elle m’interrompt toujours quand je parle ? s’agace Giulia.

— Parce que tu parles trop

— Moi ? Parl…

— Tournez à droite.

Je me gare sur le parking du supermarché, puis j’aperçois la fille noire qui nous a donné rendez-vous. Nous descendons toutes les deux de voiture et j’utilise mon œil vert.

La fille en mini-jupe et bas-panthère cache un micro sous son blouson léopard. Je fais l’ingénue.

— Bonjour, c’est vous qui vouliez en rendez-vous avec moi.

— Oui.

— Pourquoi ici ?

— Pour être loin des oreilles.

— Je ne comprends pas.

— Voilà, je cherche quelqu’un pour me protéger.

Je laisse mes épaules tomber :

— Non ! Mais vous êtes la troisième à m’appeler ! C’est un gag ? Je ne sais pas qui vous a donné mon numéro, mais c’est un connard !

— Mais vous êtes Double Facette, c’est donc votre numéro.

— Quoi ?

— Ne t’énerve pas chérie, murmure Giulia. Vous, écoutez-nous ! Vous croyez que ce n’est pas assez difficile de vivre avec un visage défiguré, pour en plus supporter ce genre de surnom ? — La fille baisse les yeux. — Et sérieux, arrêtez de vendre votre cul, vous me dégoûtez !

Giulia grimace avec un air hautain et nous faisons demi-tour. Je distingue la camionnette au loin et je murmure :

— Les flics sont planqués sur le parking de Jardiflore, pas de canon à son.

— Cool ! J’avais envie d’acheter des fleurs.

Nous marchons vers le seul magasin, et arrivé près du camion, je la prends, la plaque dos à la carlingue et l’embrasse sauvagement.

— Hey ? Ça te dirait pas de faire l’amour au milieu d’un parking, là ? Genre je te lèche, pendant que tu fais le guet ?

— Quand tu m’auras dit ton secret.

— Quel secret ?

— Ben ta double-identité, Double-Facette, la maquerelle de Rennes.

— Arrête, t’es con, elles me font chier.

— C’est quand-même la troisième fille qui te donne un rendez-vous.

— Ben on devrait arrêter de répondre à leur rendez-vous à la con. Sérieux, j’ai une tête de proxénète.

— T’as une tête de méchante sortie de comics, donc pourquoi pas ? Moi ça m’exciterait d’être l’amante d’une grande méchante.

— Pfff. Tu m’as coupé toute envie. Achète ton orchidée, et on se barre.

Nous quittons le camion en pouffant, sans même avoir espéré bluffé les flics planqués, juste ravies de les laisser sur un nouvel échec dans leur collecte de preuves. Voilà deux ans qu’ils essaient d’obtenir des informations sur mes activités. Car ils ne font pas d’erreur : je suis devenue l’une des femmes les plus influentes de Rennes. Je dirige un réseau de trente-six prostituées et trois gigolos. Clémence tient la comptabilité, c’est elle qui impose le tarif de la protection en fonction de la fréquence d’activité et du secteur. Tout l’argent est dépensé en vacances à Ibiza.

On se dit parfois, qu’avec ma gueule, c’était mon destin…

FIN

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