35. Confidences

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Nous nous retrouvons à un kebab, et une fois que nous sommes assises, l’assiette grasse devant nous, elle me demande :

— Pourquoi tu m’as dit que tu me laissais Benji ?

— Parce que tout le monde pense que t’es à fond sur lui.

— Il est plus vieux que moi.

— Et ?

— Ah oui, et c’est mon cousin.

J’éclate de rire malgré-moi, ce qui l’offusque :

— Quoi ? Ce n’est pas une blague.

— Je suis désolée. J’ai cru, comme tout le monde dit que…

— Enfin si tu n’avais pas cru ça, on n’aurait jamais fait ça dans les vestiaires.

À l’évidence, ça lui a plu. Aussi bref cela a été, c’était intense, et la seule question indiscrète qui lui vient est :

— T’es lesbienne ou bi ?

— Lesbienne. Et toi ?

— Hétéro.

Je ris à nouveau de bon cœur.

— Vachement hétéro !

— Non, je suis sérieuse. Je ne suis attirée que par les hommes.

— Et t’es toujours vierge malgré ta beauté.

— Ben, tu sais, quand t’es belle, c’est difficile de trouver le bon, tellement tu as de choix. Les garçons bien, ils pensent toujours que t’es trop bien pour eux.

— Je ne te crois pas. T’as la classe, en plus, t’es pas genre timide et réservée.

— J’ai eu plein de copains, plein. Mais pas des mecs patients. Le sexe, ça m’a toujours fait peur, je ne sais pas pourquoi, ça me… ça me stresse. Mais j’ai envie d’essayer, mais en même temps, je ne me sens pas à l’aise. Alors évidemment, quand les mecs au bout d’un mois me disent : on baise ou je me casse, je leur dis toujours : bah casse-toi.

Je ris, puis comme elle semble avoir envie de se confier, je lui fais la remarque :

— Par contre, je ne pense pas que j’étais la première fille.

— La seconde en fait. Depuis le lycée… ou même la fin du collège je crois, avec ma meilleure amie, on a un peu découvert ça ensemble et on a toujours continué, jusqu’à ce qu’elle se trouve un mec. Ça faisait longtemps.

— Et avec un monstre ?

— T’es un monstre attachant. — J’écarquille les yeux — Tu sais, comme dans Monstre et Compagnie, ils sont moches mais attachants.

Je ris en reconnaissant :

— Je ne sais pas comment je dois le prendre.

— T’es le genre de monstre qui donne envie de devenir lesbienne.

Ses yeux sombres plantés dans les miens, je prends conscience de la profondeur de la déclaration, alors je m’entends répondre en saisissant ses doigts :

— Alors je le prends bien.

Mon cœur bat tout d’un coup violemment dans ma poitrine, gonflé par quelque chose de plus puissant qu’une partie de jambe en l’air : l’optique d’une histoire d’amour. En réalisant que c’est Giulia et qu’il a fallu que je lui mette les poings sur son visage de mannequin pour en arriver là, un rictus de sarcasme naît sur mon visage. Je suis vraiment déséquilibrée.

— Quoi ?

Cherchant une excuse à mon rictus, je l’interroge :

— Tu sais que je pars bientôt à Rennes ?

— Rennes, ce n’est pas si loin. Et puis si… Si vraiment ça marche entre nous, je pars te rejoindre.

Je crois qu’elle-même prend conscience de ce qu’elle vient de dire et des espoirs qu’elle place brutalement dans notre relation. Il y a une heure, nous étions encore deux filles qui se détestaient cordialement. Mais c’est tellement dur de trouver une âme-sœur de son sexe, que c’est une chance à saisir. En regardant le cercle rouge qui enflamme sa pommette, je regrette de l’avoir mordu.

— Désolée pour la joue.

— Pourquoi ? On se tiendrait la main si ça n’était pas arrivé ?

Elle est agréablement positive comme mon psychologue, et mes côtes sont désormais trop petites pour mon cœur.

— Si tu es hétéro, pourquoi…

— Je ne sais pas. T’es la première vraie lesbienne que je rencontre et… pourquoi pas ?

Je suis presque gênée, mais je ne veux surtout pas la repousser. Elle parle de mon style vestimentaire, et dit que mine de rien, j’ai du goût. Lorsque je lui fais l’aveu que je porte souvent des tailleurs, elle confie la hâte de me voir bien sapée.

Nous terminons de manger, puis je la raccompagne jusqu’au pied de son immeuble.

— Je ne te propose pas de monter, juste parce que ça… Parce que j’ai envie d’être un peu seule pour…

Elle ne trouve pas ses mots. Nous nous enlaçons et nous embrassons langoureusement.

— Tu as raison, il faut apprendre à nous connaître avant. Bonne nuit ?

Elle retient mes doigts :

— Tu veux monter ?

Un sourire suffit à lui répondre et nous nous engouffrons dans le hall luxueux. Nous nous embrassons langoureusement tout le temps que l’ascenseur se hisse au septième étage.

Elle ouvre la porte. Elle a un intérieur aménagé avec classe, qui lui correspond très bien, avec des touches de dorées placées avec goût.

En la regardant aller et venir, une vie avec elle se dessine. Nous nous connaissons si peu, de plus elle a un caractère qui ne pourra être qu’explosif si le mien rejaillit trop. Mais belle et intelligente comme elle est, notre relation ne peut être qu’équilibrée. Je suis en train de tomber amoureuse alors que je m’étais promise de ne plus succomber aux tortures émotionnelles.

Lorsqu’elle revient avec des cafés. Nous nous installons dans son salon.

— Allons-y, faisons connaissance.

Confiante, je déballe toute ma vie, mes vices cachés, mon penchant pour le whisky, mon coming-out à venir ainsi que mes aventures avec mes belles-sœurs, puis je termine :

— … et il y a mes sautes d’humeur, mais ça tu l’as déjà vu.

— Pour être franche, la branlée que t’as mis à Tamir, ça m’a un peu plu.

Elle m’embrasse délicatement avec un sourire coquin. Je lui demande :

— Et toi ?

— Je garde la suite pour une autre nuit, tu veux peut-être dormir. Tu peux dormir ici.

Je regarde l’heure. Il est déjà trois heures du matin passées.

— Je veux bien dormir ici.

— Tu veux que je te prête une nuisette ou tu préfères dormir toute nue.

— Ce que tu préfères toi.

— Prends une douche, et rejoins-moi, juste ça.

Rapidement, dans une salle d’eau plus nickel que celle de Marion encore, je me nettoie de la sueur que j’ai remis sur ma peau. Lorsque je rejoins sa chambre, elle est allongée, son smartphone en main. Elle le pose près d’elle et m’observe avancer nue jusqu’à elle.

— Le tatouage, c’est une excellente idée. C’est peut-être ça qui me plaît chez toi. En fait, tu es vraie et… tu es qui tu es, tu ne caches rien.

Je rougis, heureuse de finalement avoir suivi les conseils de tous ceux qui m’ont entourée jusqu’à aujourd’hui. Je me glisse entre les draps, et sa nuisette en soie glisse sur ma peau. Elle éteint la lumière, puis embrasse mes lèvres. Ses longs cheveux soyeux caressent mon visage, puis elle murmure :

— À demain, mon monstre attachant.

Elle se retourne pour poser son smartphone sur la table de nuit et je me blottis contre son dos, mon visage dans ses cheveux. Elle verrouille mon bras autour de sa taille, et l’heure tardive frappe un KO sur notre éveil.

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