Si j'enterre la hache de guerre, ce sera avec ton cadavre.

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Les heures passent comme des fantômes. David a dû mourir d’hypothermie ou dévoré par un ours polaire. En tout cas, Lily a l’air en deuil, mais je pense que son téléphone lui manque plus que son père. Ce qui est sûr, c’est qu’elle en a réclamé un plus que l’autre.

Celui qui fait parler de lui, c’est Bellamy. Aujourd’hui, il m’appelle.

— Allô, salue-t-il. Comment va ma fille chérie ?

Bellamy est vieux, maintenant. L’âge l’a rendu tendre. Parfois il m’appelle sa fille chérie. Pour lui faire plaisir, j’essaie de l’appeler papa, mais j’ai perdu l’habitude. Pas qu’il ait très mal joué son rôle, mais disons que notre relation a trébuché sur mon adolescence, sur son alcoolisme, sur ma dépression et sur moins avouable.

— Plutôt pas mal, je réponds. Je peux t’aider ?

— Je venais aux nouvelles. Tu t’en sors avec Lily ?

— T’es au courant pour Lily ? David t’a appelé ?

— Oui, il y a une minute.

— Quel connard…

— Pardon ?

— Rien. Qu’est-ce qu’il t’a dit ?

— Que Lily était chez toi.

— Et… sans plus ?

— Quoi, sans plus ?

— Il t’a dit pourquoi ?

— Vaguement.

Le pourquoi de toute cette situation lui passe par-dessus la tête. Il est trop enthousiaste pour se montrer circonspect. À sa décharge, Lily est sortie de nos vies à peine après y être entrée. Elle avait quoi, quatre ans, quand Emma et David ont divorcé ? Ç’avait été laid.

— De quoi elle a l’air, maintenant ? demande Bellamy.

— Elle a l’air… d’une ado, résumé-je. Sans plus.

— Qu’est-ce que c’est, une ado sans plus ? David et toi, vous étiez déjà le jour et la nuit, alors je ne parle même pas de ta sœur.

— Bonne idée.

— Quoi, bonne idée ?

— Ne me parle pas de ma sœur.

La sonnette est prise d’assaut par un individu très pressé qu’on lui ouvre.

— Je te rappelle, papa.

Parole vite donnée.

Je sors du garage que j’étais supposée ranger pour le laisser plus en désordre que jamais. Dans le salon, Lily est affalée sur le canapé. Ses grands yeux bleus sont vides. Et dans l’entrée, mon chien aboie.

— La ferme, Jupiter !

J’ouvre enfin la porte et reconnais le visage de mon visiteur sans pouvoir lui associer de nom. Il est comme une feuille d’arbre, unique sans rien de particulier.

— Bonjour M’dame.

— Bonjour.

— C’est pour vous.

Il me tend un bouquet de roses rouge enlacé pas un ruban de satin clair. Les pires idées me giflent en plein visage.

— De la part de qui ? demandé-je.

— Du parton, M’dame.

Adrien. Je le remets, maintenant. Peut-être à cause de ce qu’il vient de dire ou des oreilles légèrement décollées ; c’est le stagiaire de Reiner. Je le débarrasse. Son bras tendu commence à trembler et il me fait un peu pitié.

— Merci. Tu sais si Reiner travaille tard, ce soir ?

— Probablement. Les jeudis sont ce qu’ils sont. Je lui transmets un message ?

— Ça ira, les SMS existent. Tu peux y aller.

— Merci, M’dame.

Il s’en retourne, le gentil stagiaire.

Je vide une cruche pour en faire un vase. En trappant les roses dedans, je me fais une reflexion. Ce cadeau ne ressemble pas à celui qui me l’a offert. Reiner sait que j’aime pas les fleurs. Et il avalerait la ciguë plutôt que de me contrarier, ce qui a aussi le don de me contrarier. Les paradoxes sont partout.

L’explication tombe. Il y a un mot avec le bouquet, beau comme un faire-part de mariage.

Je survole le texte. Les parents de Reiner m’invitent au trentième anniversaire de leur fils. Ils ont joint une liste. Mon nom est en bas. Je crois que c’est leur façon élégante de me rappeler ma place. Ils pensent à raison que leur fils est trop bien pour moi.

— Qu’est-ce que c’est ? demande Lily qui m’observe de loin. Un cadeau de Reiner ?

— Nan, c’est le patron qui les envoie. Reiner bosse pour son père. Et c’est pas vraiment un cadeau.

— Qui n’est pas un cadeau ? Son père, ou les fleurs ?

— Le deux. Mais laisse tomber. Habille-toi, on va sortir. T’as l’air d’une fleur sans soleil.

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