Préface de l'auteur

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Bienvenue à toi, Lecteur. J’ai souvent rêvé de cette rencontre, bien que je l’aie repoussée maintes et maintes fois.

« J’étais pas prêt ! » me vient à l’esprit spontanément pour plaider ma cause, comme dans la cour de l’école lorsqu’il était question de vitesse, de réflexes ou de facultés de concentration. Perché de naissance, la tête dans les nuages, long à la détente… autant de formulations sur mes carnets de notes qui sonnaient comme un diagnostic de maladie incurable. Puis, en bas de page, “Peut mieux faire, doit exploiter ses capacités ! ”, récapitulait le trimestre tel une main condescendante venant ébouriffer ma tignasse blonde, en concédant que j’étais un bon gamin quand-même.

L’écriture a toujours été là, sous-jacente. Mais ce n’est que tout récemment que la question de la publication s’est posée. Mémoires d’un âne archiste, un essai débridé d’une centaine de pages ne verra sans doute jamais le jour faute d’éditeur assez couillu mais surtout, il me faut le reconnaître, parce que je suis bien plus branleur que militant ! Encore une révolution tuée dans l’œuf qui m’a encouragé à mettre de côté les récits autobiographiques pour oser le mystique, le surnaturel et des personnages improbables : un chevalier pédé comme un foc, une princesse nymphomane, un dragon tuberculeux, un bourreau baba cool, des politiques qui verraient le pouvoir comme un outil pour embellir ce monde et non comme une fin en soi… Tout est permis ! Les seules limites au farfelu sont celles de l’imagination et ça, pour le rêveur maladif que je suis, je dois dire que c’est exaltant ! Incurable ? Tant mieux si ça facilite le chemin d’accès à l’inspiration…

Voici donc Flâneries vagabondes, tout juste trois décennies après mes premiers scribouillages de poèmes dans ma chambre. Ça peut sembler tardif mais il m’a fallu ça. J’étais pas prêt, je l’ai déjà dit. J’ajouterais ceci :

Parce que procrastination ne rime pas avec planification. Parce qu’il me semble plus important de coucher une nouvelle idée sur le papier que de publier la précédente. Parce que l’écriture a pris de plus en plus de place dans ma vie. Parce que ma plume s’est affinée, bien qu’on y décèle encore çà et là quelques grossièretés. Parce qu’accoucher d’un livre comme celui-ci demande une gestation dont on ne connaît pas la durée quand on en griffonne la première ligne. Parce que mener une vie de bohème, détaché de tout bien matériel, ne m’empêchera pas de laisser une trace, si abstraite soit-elle. Parce que la crise de la quarantaine s’est manifestée sous la forme d’une révélation. Parce qu’un concours d’édition m’a un jour fait prendre conscience que mes écrits pouvaient peut-être intéresser quelqu’un d’autre que moi. Parce que… sans doute un peu de tout cela !

Comment aborder l’autobiographie ? Où s’arrêter ? Vaste sujet… Sans sincérité, le récit sonnera faux mais gare au déballage intime, vulgaire et indécent. La frontière entre les deux est souvent floue. Surfer dessus est périlleux mais à l’inverse, trop de confort rendra le texte rébarbatif. Rien de plus chiant que le journal intime d’un quadragénaire attardé, semaine après semaine ! J’ai donc choisi de structurer Tranches de vie sous forme d’instantanés, de morceaux choisis. La dernière scène a lieu en 2009 car la décennie qui vient de passer n’est pas encore pleinement digérée. Quant à Tranches de rêve, en seconde partie, bien que le flash d’intrigue parte parfois d’une anecdote vécue, ces petites aventures sont purement fictives. Toute ressemblance avec des faits ou personnages existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.

Voilà Lecteur, tout repose sur toi maintenant… Si tu le veux, canalise toute la sensualité dont tu es capable et porte l’index gauche à ta bouche. Honores-en la dernière phalange d’un nonchalant coup de langue et pose-le délicatement sur le numéro onze, en bas de cette page. (Ces deux chiffres côte à côte n’ont pas grand-chose à voir avec le texte mais sont un passeport pour la suite…) Encorne ensuite le feuillet en glissant le pouce dessous puis, d’un revers marqué d’un soupçon d’impatience, envoie cette page dans les abymes du passé. Tu donneras ainsi sa chance à la suivante qui jusqu’à ce que tu décides de continuer appartenait à demain, à l’hypothétique, à l’inconnu…

Bon voyage !

Le pas que tu viens de faire, il appartient déjà au passé

Le pas que tu vas faire ensuite, il est trop tôt pour y penser

Vis l'instant !

(Francis - Réflexions d'un pèlerin sur le chemin)

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