Chapitre 5 - Misty Audkins

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  En rentrant chez-moi, j’ai tout de suite vu la tête de ma mère se décomposer lorsqu’elle a remarqué tout le sang qui avait coulé de mes plaies. Elle a accouru vers moi et m’as emportée le plus vite possible dans la salle de bain, pour nettoyer et désinfecter tout ça. Installée sur le rebord de la baignoire, j’observais ma mère s’occuper de moi en silence. Lorsqu’elle m’as demandé ce qui m'était arrivée, je lui ai simplement dit que j’avais trébuché dans des escaliers, ce qui n’est pas totalement faux mais tout de même loin de la vérité.

  • Quand je t’ai conseillé de sortir je ne pensais pas te retrouver dans cet état … C’est ma faute, je t’ai forcé à aller dehors alors que tu ne voulais pas. Me dit-elle avec un ton désolé, signifiant qu’elle s’en voulait beaucoup.
  • Mais non tu n’a pas à t’en vouloir, je n’ai pas fait assez attention c’est tout.
  • Tu t’es quand même bien amochée …

  J'observe toujours ma mère faire en restant calme. Un petit silence prit alors place, troublé parfois par de petits sons que je sort involontairement, causé par la petite mais soudaine douleur que provoque le contact du désinfectant sur mes plaies.

  • Alors comme ça tu as acheté un livre ?
  • Quoi ? … Ah, oui.

  Je n’ai même pas remarqué que je le tenait toujours fermement depuis tout ce temps. En l’observant plus en détail, je constate qu’il a été un peu abîmé, mais rien de grave. Tant mieux.

  • Et voilà, j’ai tout nettoyé et désinfecté, n’y touche pas sinon ça risque de ne pas se cicatriser correctement.
  • D’accord, merci maman.
  • De rien ma chérie, mais fais attention la prochaine fois.
  • C’est promis, dis-je avec un léger sourire.

  Je sors donc de la salle de bain et monte les escaliers vers ma chambre sans faire de bruit. J’ai fini par apprendre tous les coins qui ne grinçait pas sur chaques marches. Une fois dans ma chambre, je pose rapidement mon livre sur le bureau puis tombe à la renverse sur mon lit. Je peux enfin souffler.

  J’ai décidé de ne pas avertir ma mère de mon altercation, ni du fait que j’ai usé de mon don. Ça ne ferait que l’inquiéter encore plus, voir même la faire paniquer la connaissant. Et il y a de fortes chances que même si ces filles parlent de ce que j’ai fait malgré mon avertissement, personne ne les crois. Enfin j’espère sincèrement que ce sera le cas. Je préfère gérer ce problème seule plutôt qu’impliquer mes parents pour rien. Et j’avoue que même si je regrette mon acte, ça m’as fait du bien de libérer un peu de cette frustration restée si longtemps enfermée. Celle de ne pas pouvoir user de mon don comme bon me semble, d’être entièrement moi-même. Cette partie de moi, destinée à rester confinée à jamais, ne demande qu’à sortir et je lutte sans cesse contre elle.

  Cette sortie m’as vraiment épuisée mentalement, car je sens mon corps se détendre de plus en plus, mes yeux se fermer petit à petit et ma respiration se ralentir, devenant brève et régulière …

  Lorsque j’ouvre doucement les yeux, ceux-ci sont tout de suite perturbés par la lumière du soleil passant à travers la fenêtre. Faisant difficilement surface, je fini par m’habituer à la lumière avant de tourner la tête vers mon réveil. Alors comme ça j’ai dormis jusqu’au petit matin d’un seul coup, comme si mon corps s’était mis en off à l’instant où je me suis allongée. Cependant je remarque que quelques petites choses ont changé. Les chaussures que je portais ont été retirées et j’ai un petit plaid en guise de couverture, ma couette se trouvant en-dessous de moi. J’imagine que c’est ma mère qui est passée me voir et à fait tout ça, elle est tellement attentionnée.

  Après quelques minutes le temps de bien me réveiller, je décide de foncer prendre une douche, n’ayant pas prit le temps de me changer hier. Le contact de l’eau chaude sur ma peau m’as tout de suite rappelé que j’avais des plaies aux bras et à la jambe. C’est vrai, mon cerveau avait apparemment tenté de me faire oublier ce qu’il s’est passé hier avec ce soudain black out, mais la petite douleur à tout fait remonter à la surface. Je souffle alors. On est dimanche aujourd’hui, donc j’ai encore un petit jour de tranquillité …

  Après être sortie de la salle de bain et avoir engloutis mon petit-déjeuner, n’ayant pas mangé hier soir, je m’installe dans le canapé, à côté de mon père, qui commence à me charrier sur mon manque d’équilibre dont j’ai fait preuve hier. Nous avons alors commencé à nous chamailler comme nous le faisons très souvent. On s’amuse beaucoup, mais je ressens tout de même un petit remord de ne pas leur dire la vérité … Au final, lorsque ma mère nous demande d’arrêter de mettre le bazar d’un air cependant amusé, je réfléchis. Je ne supporte pas de leur cacher quelque chose et me demande alors si je ne ferais pas mieux de leur en parler …

  • Papa … J’ai un truc à te dire … Mais ne te fâche pas surtout …
  • Oh tu deviens sérieuse tout à coup, qu’est-ce qu’il y a ?
  • … Et bien je …

  Avant que je ne puisse continuer ma phrase et tout avouer, la sonnerie de la porte d’entrée retentit. Étonnée, ma mère va ouvrir. Après une petite minute de discussion, ma mère se retourne vers moi un grand sourire aux lèvres, laissant entrer la personne présente au pas de la porte.

  • C’est ton amie du lycée qui est venue te voir ! Me dit-elle alors, enthousiaste.
  • Ma quoi ?!

  Qui pourrait bien se présenter en tant que mon amie chez moi ? Et même savoir où j’habite ? Je ne parle à personne et eux ne savent rien de moi … Alors qui ? Les harpies peut-être ? Elles ne reculent devant rien, mais quand même …

  Avant que je ne puisse me poser plus de questions, une fille aux cheveux blond très clair tirant sur le blanc et aux yeux d’une couleur peu ordinaire fait irruption chez-moi. Je la regarde avec de grands yeux quelques secondes et lorsque nos regards se croisent, elle me sourit. Mais … Qui est-ce ? Elle me dit vaguement quelque chose cependant, alors je suppose qu’elle doit être dans mon lycée et peut-être même dans ma classe qui sait. Un léger blanc s’était installé, suivi d’un simple “Salut” de cette fille à mon égard. Sans plus attendre, je me lève précipitamment puis passe à côté d’elle, attrapant son bras au passage pour l’emmener à l’étage. Il faut qu’on ait une petite discussion en privé sur sa soudaine apparition chez-moi. Après être entrées toute deux dans ma chambre, je ferme la porte puis me retourne vers elle. Elle observe chaque recoins de la pièce avec de grands yeux émerveillée.

  • Elle est sympas ta chambre ! Tu as l’air d’aimer la lecture.
  • Euh … Tu veux pas plutôt me dire ce que tu fais là ? T’es qui au juste ?
  • Alors comme ça tu ne te souviens même pas de tes camarades de classe ? Moi c’est Misty Audkins, ça te rappelle peut-être quelque chose.
  • Maintenant que tu le dis, vaguement oui …
  • Et bah ça fait plaisir !
  • C’est pas moi qui ai débarqué chez toi sans raison, et d’ailleurs si tu n’en trouve pas rapidement une je vais devoir te demander de partir.
  • Hey du calme, il y a bel et bien une raison à ma venue ici. Mais je te demanderais de bien vouloir rester calme et de m’écouter.
  • … Très bien, dis-moi, mais fais vite.
  • Et bien … J’ai peut-être vu quelque chose hier, lors de ta petite altercation avec les trois caïds …

  Tout sauf ça … Il a fallu que quelqu’un soit témoins de ce qu’il s’est passé ! Qu’est-ce que je peux faire ? Lui demander de se taire ? La menacer comme j’ai fais avec les trois autres ? Mais elle ne m’as rien fait cette fille et elle ne serait pas venue chez moi en sachant de quoi je suis capable, c’est insensé …

  Voyant certainement que je commençais à paniquer intérieurement, elle reprit rapidement la parole.

  • Ne t’en fais pas ! Je n’en parlerais à personne, je te le jure ! En fait je passais dans le coin et j’ai entendu du bruit venant de la ruelle alors j’ai été voir. Elles te tenait et Chelsea te menaçait, mais avant même que j’intervienne elles étaient écroulées par terre ! Et après tu les a menacées de plus recommencer en faisant jaillir de l’électricité de tes doigts ! C’était trop cool !
  • Chelsea ? Ah oui, la leader ... Mais parle moins fort s’il-te-plais ! Et merci du résumé, mais j'étais sur place et c’est même moi qui ait fait ça alors je n’en avais pas vraiment besoin … Bon je suppose que tu veux quelque chose en échange de ton silence …
  • Quoi ? Non pas du tout, en fait j’aimerais en apprendre plus sur toi, et même qu’on deviennent amies si tu le veux bien.
  • Pardon ? Qui demanderait ça après avoir vu une telle chose ?
  • Et bien il y a une raison derrière ça aussi … Je … J’ai aussi un don, comme toi, pour tout t’avouer.

  Alors là je tombe des nues. C’est invraisemblable … C’est une blague, non ? Ça ne peut qu’être cette option. Mais on va vérifier. Je m’adosse contre la porte et croise les bras.

  • Très bien, alors montre moi ça.
  • Euh maintenant ? Je risque peut-être de mettre ta chambre sans dessus dessous si jamais je fais ça mal …
  • Ce n’est pas grave. Je veux juste savoir si tu dis la vérité.
  • Très bien, dans ce cas …

  Cette fille semble vraiment étrange. Que ce soit en apparence avec ses cheveux blancs et ses yeux gris clair, mais aussi dans son attitude. Je trouve ses réactions légèrement exagérées, mais c’est peut-être parce que je ne suis pas habituée à côtoyer ce genre de personne un peu trop enjouée par tout et n’importe quoi. Je l’observe en silence, elle a fermé les yeux sûrement pour se concentrer. Après une petite seconde, une brise se lève dans la chambre, emportant quelques feuilles qui se mettent à voler en tourbillon dans la pièce. J’ouvre grand les yeux. Je ne m’attendais absolument pas à ce qu’elle dise la vérité. Elle a vraiment un don. Elle semble maîtriser l’air si je comprends bien … Tout s’arrête alors d’un coup, les feuilles planent jusqu’à atteindre le sol. Elle ouvre de nouveau les yeux puis me regarde, un sourire satisfait sur le visage.

  • Alors ? Convaincue ? Je possède le don d’aérokinésie. Et visiblement je n’ai pas fais beaucoup de dégâts mis à part ces feuilles par terre.

  Elle prend alors l’initiative de les ramasser. Pour ma part je reste planté là, encore choquée. J’ai en face de moi quelqu’un qui me ressemble, qui est comme moi. Et je ne sais pas si ce que je ressens est de l’inquiétude ou de l’excitation. Je n’ai pu que souffler deux mots.

  • C’est incroyable …
  • Et encore, je peux faire beaucoup d’autre choses !
  • Non je veux dire, enfin oui ton don est incroyable, mais … Tu es … On est pareil …
  • Oui, ça ne te rend pas super heureuse ? On est pareil, on se comprend et on peut se soutenir, c’est le destin qui nous a rapprochées !
  • Peut-être oui … Mais comment tu as fait pour échapper aux gouvernement ? C’est impossible de ne pas se faire prendre avec les tests.
  • Et bien pour tout te dire ma mère à fait un déni de grossesse et ne s’est rendue compte de rien jusqu’à ce qu’elle accouche chez elle, aidée seulement par une amie qui était sur place à ce moment là. Je n’ai donc jamais passé ces tests. Et mon pouvoir est facile à faire passer pour une intempérie donc je n’ai jamais eu de problème pour ça.
  • Je vois, je comprends mieux … Et donc tu as débarqué ici à la seconde où tu as compris qu’on était dans la même situation.
  • Exactement !

  Son engouement pour tout ça me perturbe un peu, en plus de toutes ces révélations soudaine. Je n’aurais clairement jamais imaginé rencontrer un jour quelqu’un qui soit comme moi. Mais aurait-elle raison ? Serait-ce le destin qui nous a amenées à nous rencontrer ?

  Cette Misty est cependant très différente de moi, bien plus enjouée, directe et certainement moins réservée aussi. Mais après tout si elle veut devenir amie comme elle me l’a dit pourquoi pas, je n’aurais sûrement jamais d’autre occasion de pouvoir discuter librement de mon don avec quelqu’un. Et son caractère enjoué et un peu naïf m’amuse un peu je l’avoue. Alors pourquoi pas.

  Installées sur mon lit, nous discutons un peu de ce dont on est capable de faire avec notre don respectif. Apparemment Misty est capable de bien des choses avec le sien, mais évite de s’en servir, comme moi. Je lui demande alors son avis sur le fait de parler de ce qu’il s’est passé à mes parents. Elle m’a conseillé de faire comme je le sentais, mais m’a aussi précisé que s’il le fallait elle m’aiderait sans hésiter peu importe le problème. Je suis alors revenue sur la décision que j’avais prise plus tôt, juste avant son arrivée, et donc que je n’en parlerais pas. Je viens tout juste de la rencontrer et j’ai déjà l’impression que nous nous connaissons depuis des années. C’est dingue comme je suis à l’aise avec elle, son caractère apaise un peu le miens qui est plus réservé et explosif. Je pense que l’on peut vraiment bien s’entendre.

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