Chapitre 12 - Menaces

4 minutes de lecture

  La route s’est faite en silence, mais je reste tout de même sceptique à l’idée de renvoyer Misty sur le lieu où tout a basculé pour elle. Je venais tout juste de faire la même chose et j’aimerais mieux qu’elle n’ait pas à intensifier la douleur qu’elle doit certainement ressentir. Mais pour pouvoir fuir jusqu’en France, il faut impérativement que Misty ait ce passeport.

  Nous avons laissé le véhicule un peu plus loin et approchons en silence de sa maison. Elle est encore allumée. Elle semble être restée comme nous l’avions laissée en partant. En approchant doucement, j'aperçois l’ombre d’une personne debout provenant de l’intérieur. J’observe alors discrètement par la fenêtre, chose que j’aurais dû m’abstenir de faire. La scène me glace le sang. Les soldats et la mère de Misty sont toujours là, baignant tous dans une mare ensanglanté. Proche de tout ceci, je me rend compte que l’ombre que j’ai cru voir debout s’avérait n’être qu’une illusion. En réalité, il s’agit du père de Misty, accroché au niveau du cou par une corde. La chaise renversée en dessous de son corps sans vie me confirme ce qu’il s’est passé.

  Je prends alors conscience que je ne suis pas seule. Il ne faut pas que Misty voit ça ! Cependant je ne m’en rend compte que trop tard. Elle se trouve à côté de moi, observant l’intérieur de la maison et plus précisément son père, avec un visage neutre. Mais je décèle du mépris dans son regard. Baissant les yeux, elle observe sa mère. L’expression de son visage change instantanément. Ses yeux brillent de plus en plus jusqu’à ce que des larmes coulent le long de ses joues.

  Je prends alors la main de Misty, l’emmenant de force hors de la vue de cette maudite pièce. Observant les environs, j'aperçois une fenêtre ouverte à l’étage de sa maison. Elle essuie ses larmes lorsque je m’adresse à elle.

  • Je suppose que ta chambre est là ?
  • Oui, mais pourquoi passer par la fenêtre ? Il n’y a plus personne dans la maison … Enfin plus personne de vivant.
  • Parce que tu pense que je vais te laisser voir ça et même approcher ? Non oublie je ne veux pas t’infliger ça, ou alors j’y vais seule.
  • Non n’y va pas non plus dans ce cas … Très bien, comme tu voudra. Je vais essayer.
  • Je serais là pour te rattraper s’il y a un problème.

  Un petit sourire apparaît sur son visage à mon encontre, puis elle se positionne devant la facade de la maison, fermant les yeux pour se concentrer. Une bourrasque d’abord légère, puis devenant de plus en plus forte s’élève alors autour d’elle, formant comme une tornade dont elle serait le centre. Le vent devient violent, les pieds de Misty ne touchent bientôt plus le sol. Son corps s’élève dans les airs de plus en plus haut, me laissant bouche bé. Après une petite minute, elle atteint la hauteur de la fenêtre. Mais elle commence à tanguer soudainement, semblant perdre l’équilibre. Dans la panique, elle se jette vers la fenêtre et parvient à entrer dans un petit fracas que je peux entendre d’ici. Je souffle de soulagement puis patiente le temps qu’elle mette la main sur son passeport et en profite pour prendre des affaires.

  Après quelques minutes elle m’appelle de la fenêtre pour m’envoyer un sac remplis de vêtements, d’un chargeur de téléphone, de son passeport et différentes choses que je n’ai pas le temps de regarder. En effet, un bruit attire mon attention à ma gauche. Tournant vivement la tête, je trouve face à moi le soldat plus haut gradé que j’avais électrocuté en aidant Misty. Il semble aller mieux, mais à l’air tout de même un peu mal en point. Je lève alors ma main vers lui et l’homme se stoppe aussitôt.

  • N’approchez pas.
  • Vous ne pourrez pas fuir bien longtemps vous savez, nous finissons toujours par vous retrouver … Surtout s’ils savent que vous êtes ensembles, ils seront ravi de faire d’une pierre deux coups.
  • Qui ça “ils” ?
  • À ton avis ? Tu le saura bien assez tôt. On se reverra bien assez tôt après tout.

  L’homme montre alors un sourire menaçant. Mais s’il compte me faire peur c’est raté.

  • Vous n’êtes pas en position de faire des menaces vu la situation.
  • Oh vraiment ? Quoi tu compte peut-être me tuer ? Et bien ne te gène pas, tu pourrais le regretter par la suite si tu ne le fait pas.

  Cet homme est vraiment sérieux ? Je le regarde stupéfaite alors qu’il continue de me toiser avec cet horrible sourire. Pendant ce temps, Misty avait fini ce qu’elle avait à faire dans sa chambre et a sauté de la fenêtre. Elle a donc atterri juste à côté de moi, ayant ralenti sa chute grâce à son don, créant une bourrasque vive mais brève. Elle se rend alors compte de la présence de l’homme, le regardant à son tour avec tout le mépris qu’elle ressentait pour lui. Je tourne à nouveau mes yeux sur lui. Il est affalé contre le mur de la maison, ne tenant presque plus debout. Je souffle alors avant de prendre la parole.

  • Je ne compte pas te tuer. Je ne veux pas faire une victime de plus …
  • Tu vas le regretter, crois-moi.
  • Je prends le risque.

  Je tourne les talons, prends le sac au passage et part, le laissant là. Misty m’emboîte le pas et nous partons sous les menaces vaines que cet homme cri au loin à notre encontre. Que peut-il faire après tout, il était loin d’être très convaincant avec l’allure qu’il présentait.

  Nous avons donc rejoint la voiture puis prit la route direction New York, là où nous allons pouvoir prendre l’avion pour aller en France. Mais le voyage risque d’être un peu long, le téléphone de Misty indiquant entre sept et huit heures de route sur son gps.

Annotations

Vous aimez lire Lubellia ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0