ch. 3 - premier quartier

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Le soleil semble brûler aux feux de l'enfer, ses rayons semblent vouloir faire fondre le sable en verre. Artémis avale une bouffée d'air, sa gorge sèche grattée par le climat aride. Il est misérable le jour durant, enfin paisible quand la glace ambiante de la nuit vient caresser les dunes.

Luna ne semble pas partager sa misère, papillonnant d'étranger en inconnu, sa langue butinant de conversations en histoires. Elle a charmé le motard aux bras tatoués et aux épaules de cuir, rigolant avec tendresse de ses anecdotes carcérales. Elle a amadoué le vieil homme au chapeau de papier journal, nommant avec lui les astres et leurs habitants. Artémis ne dit rien, incapable de franchir ce mur qui le sépare des autres. Ces gens ne sont pas de son espèce.

La carcasse d'hélicoptère trouvée avec la ferraille des environs est maintenant aménagée au mieux de leurs faibles moyens. Un cadenas pour s'y enfermer la nuit par souci de sécurité, des étoiles fluorescentes au plafond pour veilleuse et leurs effets personnels empilés sur le banc du pilote. Ce qu'il reste de la superficie ayant été mise à nu pour leur offrir assez d'espace pour s'étendre et sombrer.

  • Tu grognes encore dans ton coin ? demande Luna, derrière son épaule.
  • Je vois pas de quoi tu parles, réplique Artémis.
  • Fais pas l'innocent.

Luna croise deux bras fins sous sa poitrine, un regard accusateur bien planté dans ses yeux-révolvers, prêt à tirer. Artémis gratte le bout de son soulier dans le sable, creusant un petit trou dans lequel il aimerait bien s'enterrer. Ses entrailles bouillonnent sous la chaleur, son humeur n'est que vapeur. Ça risque de lui sortir par les oreilles.

  • Je croyais qu'on était venus ici pour être ensemble, accuse Artémis.
  • Bien sûr, tu crois que je serais venue au bout du monde pour le plaisir ?
  • Tu passes tes journées à parler à tout le monde sauf moi, je suis supposé penser quoi.
  • Je t'ai demandé de venir avec moi des dizaines de fois. On est en plein désert, on peut pas survivre par nous-même, on a besoin de la communauté pour manger, pour ne pas crever, crache Luna.

Ces étoiles qu'Artémis voyait dans les yeux de Luna sont maintenant des étincelles prêtes à allumer un brasier dans son âme.

  • Tu comprends rien, ça te plait d'être la jolie chose qu'ils regardent tous passer, attendant seulement que j'aie le dos tourné pour te faire des avances, explose Artémis.

Luna hoche silencieusement la tête, mise en garde tacite de reprendre les mots qu'il vient de vomir dans l'atmosphère. Une frange délavée encadrant un visage de poupée désabusée, le sable monte en poussière aux chevilles de la jeune femme.

  • Je suis pas une chose et personne n'attend que t'aies le dos tourné. Tu veux la vérité ? Depuis que j'ai quinze ans on se retourne quand je passe dans la rue. Les gens à qui je parle, ils m'aiment bien et je leur donne le bénéfice du doute, je m'imagine pas que n'importe qui qui me regarde veut automatiquement me baiser. Me prends pas pour une conne. Je suis pas avec toi parce que j'ai besoin de toi, je suis avec toi parce que je le veux.

La peau d'Artémis déjà rougie par le climat semble monter d'un ton vers l'écarlate. Le regard fuyant, les doigts qui s'agitent contre le denim de son jeans. Si Luna n'a pas besoin de lui, si elle le crie haut et fort, il fera tout pour ne plus avoir besoin d'elle. Les mots se mélangent dans sa gorge et Artémis ne trouve pas le souffle de les pousser vers Luna. Elle s'impatiente.

  • T'as rien à ajouter ? Je serai au feu commun si tu me cherche, déclare Luna, balançant une tête colorée pour chasser cette conversation désagréable de sa tête.

Elle a promis au vieux Stanley de recoudre la toile de sa tente contre quelques conserves. Ses doigts de poupée sont maintenant gercés par le travail, cassés par le climat. Les mots d'Artémis brûlent un trou dans son coeur. Elle ressent trop, Luna. Ses yeux clairs se prennent pour la mer après la tempête, parsemés des débris du navire qu'elle tente de naviguer avec lui. Sauf que Luna, elle refuse de couler, pas pour Artémis, pas pour personne. Elle touchera les étoiles, petite lueur dans une constellation lointaine, petite douceur dans la vie des gens qu'elle aura côtoyés.

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