Chapitre 9. Préparatifs.

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(Point de vue d'Evan)

Fabrice m'a raconté comment il m'avait trouvé. Etant mécanicien-réparateur, il était sorti pour savoir si le tremblement et le bruit venait de la CAMT. Quand il a ouvert la trappe qui mène hors des installations, il m'a vu allongé à quelques centimètres de lui, je n'aurais pas pu mieux tomber... Il m'a porté, inconscient, à l'intérieur. Il m'a laissé aux bons soins de ses collègues et est remonté. Même si le nuage se résorbait, il a enfilé une combinaison, et a enterré les corps qu'il a trouvé avant de finir son travail. Les décombres n'ont pas étées fouillées, ç'aurait été trop dangereux pour lui. Ses excuses de ne pas avoir retrouvé ma famille m'ont brisé le coeur une fois qu'il m'ait raconté ça.

Lorsque je me suis réveillé de mon inconscience, j'avais oublié et m'attendais à me retrouver chez moi. Je pensais à voir arriver ma mère en m'annonçant que le frugal petit déjeuner était prêt. Une femme est bien entrée, mais elle n'avait rien du tendre visage maternelle de Maëlle. J'ai à ce moment trouvé la pièce soudainement trop spacieuse et lumineuse. Je conclu que je n'étais pas chez moi, seulement, j'ignorais totalement où. L'infirmière, Chloé, m'expliqua avec douceur ce qu'il s'était passé, et ce qu'elle savait. Pendant les deux jours qui suivirent, je passa mon temps en position foetale sous la couverture grise de l'infirmerie. Je pleurais sans cesse. Je ne voulais pas manger, je ne voulais voir personne. Je respirais la faible odeur de ma mère, présente sur le livre, mais la poussière gâchait tout. Le silence me faisait amèrement regretter ma soeur, aussi bruyante fut-elle.

Le troisième jour, Fabrice s'est assi sur le bord du lit. Il m'a raconté qu'il avait perdu son fils, aussi jeune que moi, et qu'il avait failli devenir fou en me voyant. Il a cru que j'étais lui. Il me fit alors la promesse qu'il s'occuperait de moi comme de son propre enfant, à la condition que je lui montre mon visage propre. Je le fis, et c'est, en quelque sorte, cet homme qui me fit revivre. Il pleura longement, je devais vraiment lui faire pitié ou ressembler à son petit garçon. Il me serra dans ses bras, fit venir Chloé et me donna à manger.

Pendant sept ans, je haissais Chloé de m'avoir fait reprendre conscience d'une manière que je trouvais brutale et injuste. A mes quatorze ans, je me mis à refléchir pourquoi je la détestais ainsi et me rendant compte que c'était futile, je lui pardonna. J'étudiais grâce à un ancien professeur reconverti, celà me faisait bizarre d'être assi à une table à écrire. Je continuais de grandir, d'étudier, d'apprendre dans une vie monotone, entre Fabrice dans le bloc V, et Chloé à l'infirmerie. Quand j'avais du temps libre, je me prenais à rêvasser d'autres mondes, et dessiner des personnages étranges. J'excellais dans la science de la vie et de la terre grâce à Chloé et son éducation scientifique, mais m'interessais aussi à la biologie. J'obtiens donc un poste dans le bloc G sous les ordres du général, puis colonel, Erstaque.

L’année de mes dix-neuf ans, le professeur Danfoss brisa la routine. Un hurlement déchira le silence pourtant obligatoire des lieux. Tout le monde sursauta, certains tombèrent de la chaise où ils se balançaient et mon voisin renversa son verre sur lui. Un autre eu le hoquet. Un deuxième cri de victoire résonna dans le bâtiment, alors tout le monde se rua vers le bureau dérangeant, le colonel Erstaque en tête. Quelques personnes des blocs voisins viennent s’enquérir de ce qu’il se passe. Le télescope du professeur est orienté à l’opposé de tout les autres télescopes de la base. Sur son bureau recouvert de paperasse trônaient deux écrans reliés à un ordinateur. Celui de droite affichait des statistiques sous forme de diagrammes et pourcentages en courbes. L'ordinateur, au milieu, présentait un schéma trois D en cours de modélisation d'un système solaire que je ne connaissait pas, j'en avais pourtant beaucoup appris... Le troisième écra laissait défiler en permanance des chiffres qui s'auto surlignaient, soumis à une programmation définie. Le professeur devança les réprimandes et questions de son public en déclarant d'une voix forte qu'il avait trouvé une planète habitable et eu le culot de dire que nous n'avions simplement pas cherché dans la bonne direction.

Je trouvais ça choquant au vu des années que nous avons passés à passer l'espace au peigne fin avec nos satellites, nos sondes et nos telescopes. Etant arrivé dans les premiers, j'écoutais avec attention ses arguments viables, arrivant tous à la conclusion que c'est une chance inespérée et après avoir jetté un coup d'oeil à son matériel informatique, affirma qu'elle était belle et bien habitable. Il n'y eu pas de réaction extravagante, personne ne poussa de hourra, je crois qu'on était tous partagés entre la curiosité, l'envie de le croire, et une suspicion peut-être mal placée.

Le colonel décréta qu'il fallait alors réunir tout le monde dans la salle d'urgence. Aussitôt, une main habile lança l'alarme de rassemblement et les talkies-walkies de la base transmirent l'information en quelques minutes. Au bout de dix, toute la base fut au complet dans la salle de conférence. Je retrouvais Fabrice et Chloé, à qui j'avais gardé une place près de moi au premier rang. Le professeur, aidé d'un grand tableau et d'une projection matérialisée, nous expliqua ses recherches et ses résultats. Je levais la main et l'on m'accorda la parole, je posais alors la question qui me taraudait ; est-elle déjà habitée ? Malheureusement, il était trop tôt pour y répondre et l'animosité de la salle m'aurait empêché d'entendre une réponse s'il y en avait eu une.

La réunion terminée, il fut convenu que seuls les scientifiques et les dirigeants s'occuperaient des arrangements et tiendraient d'autres conférences. Les détails techniques furent réglés dans les entrepôts avec les vaisseaux par les techniciens. Tout le monde semblait avoir une tâche précise et un grand rôle à jouer dans ces préparatifs. Moi, je me sentais seul, je n'avais rien à faire, je n'étais convié nulle part. Je me concentrais encore et encore à l'étude de langues primaires et technologiques en rassemblant mes notes avec mes recherches sur de possibles formes de vies. Il s'était finalement avéré qu'il y ait une infime possibilité de vie déjà existante sur Opkal, ainsi que nous l'avions baptisée en l'honneur du plus grand ingénieur du siècle dernier. Je n'avais pas envie d'abandonner Fabrice sur Terre, et lui n'avait pas envie de laisser partir les deux seules personne à qui il tenait ici. Son grand âge ne lui permettait pas de nous suivre, surtout qu'il avait des problèmes de santé. Chloé et moi allions partir, sachant que le plus grand rêve de notre ami était de voyager dans l'espace et qu'au moment où l'opportunité était là, il ne pouvait pas y participer. Cela nous brisait le coeur, surtout que nous ne reviendrons pas sur terre et si ça arrivait, Fabrice serait déjà mort, à cause du temps de voyage...

La seule chose que l'on me demanda fut de donner un sac marqué à mon nom contenant toutes mes affaires personnelles et servant au voyage. J'intégrais un vaisseau frappé du drapeau français, en compagnie d'une bonne partie du bloc G et je vis Chloé y rentrer aussi. Je rentrais dans ma cabine et sortit du dessous de ma couchette mon bloc d'hibernation. Je m'étais renseigné sur ces compartiments, ayant peur d'une disfonctionnalité. Le système de conservation des corps est au point, quoi que nous avont tout de même observé un vieillisement de quelques années suites à un trop long séjour en hibernation. Ce qu'il s'est passé une fois enfermé, je n'en ai aucune idée, c'est le trou noir. A mon réveil, j'estimais mon âge à vingt-deux ou vingt-trois ans. Là, on m'annonça qu'on avait le moyen de racourcir le voyage avec la découverte radar d'une autre planète proche et habitable. Les vaisseaux ont établit une intercommunication pour décider. Et l'on est descendus ici.

C'est ainsi que j'ai quitté cette Terre soi-disant nourricère, plus polluée qu'autre chose, surpeuplée, pratiquement invivable, et si les riches avaient eu autrefois des privilèges par rapport à des ressources et des voyages dans l'espace, ce temps était bel et bien révolu... Je me souviens encore de tous ces immeubles reliés de passerelles occuper la moindre parcelle de terre, les animaux seulement présents dans les livres d'histoire et de science... Cela fait deux fois en peu de temps que je me remémore tout ceci... Mon coeur se serre en songeant que la dernière personne à qui j'en ai parlé est Enokiera... Je ne sais ni où elle est, ni ce qu'ils lui font, mais j'espère qu'elle va bien... ou du moins qu'elle est en vie.



A suivre...

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