Chapitre 11 : Les sens éveillés.

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Les étranges évènements qui s'étaient produits il y a maintenant quelques jours de celà tracassaient encore les quatres alliés. Ils trouvèrent refuge dans un temple abandonné, où Nataku s'adonnait à de longues prières. Méfiants, Kyokushin et Mitsuyo s'étaient consultés pour monter la garde à tour de rôle durant la nuit, en cas d'embuscade.

  • Kyokushin : « Toujours aucune idée de qui ça pourrait être ? »

  • Mitsuyo : « Leur clan compte encore de nombreux membres, c'est compliqué à savoir. Le pouvoir de cet assassin ne m'est pas familié. »

  • Kyokushin : « Ce qui m'intrigue, c'est comment est-ce qu'ils savent que vous êtes les seuls rescapés de votre clan ? Comment nous ont-ils retrouvé ? »

  • Mitsuyo : « Ça ne m'étonnerait pas d'apprendre qu'ils ont eu ces informations auprès d'Atsuya ou de son bras droit. »

  • Kyokushin : « Je ne pense pas qu'ils les aient obtenu de la part d'Atsuya. »

  • Mitsuyo : « On verra. » Finit-il, bras croisés, appuyé contre le mur extérieur du temple.

Keita observait Nataku du coin de l'œil. Bien qu'il ne ressentait aucun affect particulier pour le jeune roi, il était hypnotisé, comme une sorte d'admiration refoulée envers la foi de Nataku.

  • Keita : « Tu vas prier comme ça encore longtemps ?! » Dit-il, agacé.

Nataku ne dit pas mot, faisant preuve d'une concentration et d'une dévotion inébranlable. Keita se leva et sortit du temple.

  • Mitsuyo : « Où est-ce que tu vas ? »

  • Keita : « Je vais vider ma vessie. » Répondit-il, s'enfonçant dans les bois alentours.

  • Mitsuyo : « Fais attention. »

De ces bois assombris par la nuit se dégageait une brume sirupeuse. La température extérieure fût basse. La buée exhalée par Keita, ses légers tremblements et sa chair de poule, étaient les conséquences directes du froid qui l'accablait. Étrangement, l'air se faisait plus frigide à mesure qu'il progressait. Après quelques minutes de marche, le jeune frileux s'arrêta devant une touffe d'arbrisseaux sauvages pour y soulager son envie pressante. En remontant sa braguette, Keita sentit un léger picotement au niveau de la nuque, l'œuvre d'un insecte, pensa-t-il. Il rebroussa chemin en direction du temple tandis qu'une sensation de chaleur se diffusait peu à peu depuis son cou, précisément où il s'était fait piqué. Le brouillard, plus épais, dissimulait complètement le temple au loin.

  • Keita : « Quand est-ce que je vais sortir de là ?! » Chuchota-t-il d'une voix légèrement tremblotante.

L'atmosphère fut hivernale à ce stade, un climat anormal pour la saison actuelle. Pris de tremblements trop intenses, le jeune perdit patience tant le simple fait de marcher devint difficile.

  • Keita : « Oi, Mitsuyo ! Kyokushin ! Je suis encore loin ?! »

Il n'obtenu aucune réponse. La panique s'emparait lentement de lui pendant qu'il scrutait les environs. Ce-dernier ressentit une goutte s'écouler à l'arrière de sa tête, qu'il essuya de son index et de son majeur. Lorsqu'il examina ses doigts, il y vit du sang. À peine quelques secondes après s'en être rendu compte, Keita reçut un couteau de lancer droit sur l'épaule.

  • Keita : « Argh... Merde ! » Cria-t-il en arrachant violemment le couteau de son bras.

Il prit immédiatement soin de se mettre à couvert, dos contre un arbre. Il fit apparaître une fine aura autour de lui.

  • Keita : « Mon Kihetai est censé réhausser ma température corporelle, pourquoi j'ai encore froid ?! » Pensa-t-il. « Arrête de te cacher ! » Lança l'ésseulé, dans le but de provoquer son assaillant.

Malgré qu'il fit usage de son Kihetai, ni le froid dont il était victime, ni la douleur d'un simple couteau semblait s'atténuer. Au contraire, la douleur fut bien plus dure à supporter. Sa première réflexion l'amenait à penser que ses symptômes étaient liés à la piqûre, qui, avec du recul, semblait similaire à celles des morts issus de la pluie de cadavre. Désormais à l'affût, Keita esquiva un second couteau de lancer de peu, lui arrachant une petite touffe de cheveux avant de se loger dans l'arbre auquel il était adossé. Dès lors, il se mit à courir, zigzaguant entre les arbres en espérant être perdu de vu dans la brume. Le sol devint mou, comme si la pluie s'était déversé sur la terre. Chaque pas supplémentaire qu'il fit l'enlisa durant sa course jusqu'à ce qu'il trébuche. La boue lui paraissait glaçée, elle avait pénétré sa plaie, ses vêtements poisseux lui collaient à la peau. Son aura disparut complètement et la température environnante commençait à l'endormir. Son bras fut soudainement empoigné par quelqu'un, traînant son corps faible dans la boue.

  • Mitsuyo : « Il en met du temps. »

  • Kyokushin : « Il ne doit pas être très loin, et il sait se défendre. »

  • Mitsuyo : « Sa réaction face à la pluie sanguine de la dernière fois me laisse penser que non. Je vais aller jeter un œil. »

Mitsuyo et Kyokushin entendirent au même moment un hurlement effroyable émanant des bois. Ils se précipitèrent sans réfléchir au sein du bosquet. De son côté, Nataku fut immédiatement interrompu dans ses prières au sein du lieu de culte abandonné, et sortit de celui-ci. Il aperçut ses deux compagnons s'engouffrer à travers le brouillard.

  • Nataku : « Attendez-moi ! » S'écria-t-il en les rejoignant.

  • Mitsuyo : « On y voit rien ici, séparons nous ! »

  • Kyokushin : « Hors de question, on ne sait pas ce qu'il se passe ici ! »

Les deux sauveteurs reçurent tous deux un couteau. Kyokushin à l'arrière de la cuisse, Mitsuyo sur son flanc gauche.

  • Mitsuyo : « En hauteur, derrière ! » Fit-il. Il glissa sur quelques mètres et fit volte-face. Son énergie enveloppa ses jambes, il bondit de quelques mètres vers les branches d'un arbre, en provenance de l'attaque.

D'un coup de genou bien placé, Mitsuyo délogea l'assaillant perché et masqué par le feuillage des arbres, qui chuta sur le sol. Seule sa silhouette était visible, mais l'individu à la carrure efflanquée portait un masque bien apparent. Après s'être relevé, il ne bougeait pas. Son air dégingandé perturbait Mitsuyo, qui avait sauté de l'arbre pour atterir devant lui. Malgré la faible luminosité qu'offrait la lune, Mitsuyo put voir la peau anormalement bleutée de l'assassin.

  • Mitsuyo : « Où est Keita ?! »

Son opposant ne dit rien et laissa régner un étrange silence.

  • Mitsuyo : « Répond avant que je te découpe ! »

Toujours rien. Il inclina légèrement la tête tandis que la brume devint rouge sang. Une faible pluie commença à tomber. Mitsuyo et Kyokushin sentirent tous deux un picotement à la nuque.

  • Kyokushin : « Hum ? La pluie de sang... Mitsuyo, ne reste pas là ! »

Du ciel se mit à tomber des cadavres mutilés et éviscérés, se fracassant sur le sol. Soudainement, Mitsuyo se mit à vomir.

  • Mitsuyo : « Cette... odeur... »

Kyokushin fut à son tour pris de vomissements à répétition. « Les cadavres viennent à peine de tomber et l'odeur est déjà insupportable, ce n'est pas normal... » Réfléchit-il.

La silhouette était à l'origine de celà, il disparut à nouveau dans la brume rouge. Nataku arriva sur les lieux quelques secondes après.

  • Nataku : « Qu'est-ce qu'il se passe ? Pourquoi est-ce que vous vomissez comme ça ?! »

  • Kyokushin : « Tu ne sens pas... cette odeur infecte ? » Dit-il entre deux vomissements.

  • Nataku : « Ça sent pas très bon, mais pas au point de vomir ! »

  • Kyokushin : « C'est bien ce que je pensais, l'odeur est anormale... »

  • Mitsuyo : « J'ai été piqué par quelque chose. »

  • Kyokushin : « Pareil. C'est un peu après que l'odeur s'est faite sentir. Il faut qu'on s'éloigne le plus possible des corps... »

  • Nataku : « Quelle piqûre ? Qu'est-ce qui vous a piqué ? »

  • Kyokushin : « Aucune idée, va chercher Keita... »

  • Mitsuyo : « C'est dangereux pour toi, reste ici. »

  • Nataku : « Ne vous inquiétez pas, j'y vais ! » Finit-il, déterminé.

Nataku s'enfonça davantage dans la forêt. Il entendit des hurlements à nouveau. C'était bel et bien de la voix de Keita dont il s'agissait. Il se rua à toute vitesse vers les cris avant d'arriver dans un champ de fleurs luminescentes, créant un contraste impressionnant avec la sombre forêt embrumée. Au milieu, se trouvait une femme, le visage et les vêtements tachetés de sang. Le roi s'avança lentement.

  • Nataku : « Vous allez bien... ? »

« Viens donc contempler mon œuvre mon enfant. »

  • Nataku : « Où est Keita ? »

  • « Ton ami en est la pièce maîtresse ! » Prononça-t-elle, en extase.

Nataku : « Qu'est-ce que vous racontez... ? » Il continua d'avancer prudemment.

Derrière elle s'étendait une marre de sang qui teintait les fleurs luminescentes en un rouge écarlate. L'étrange femme leva les bras au ciel, et le sang qui s'écoulait se mit à flotter dans les airs, prit du volume, et éclaboussa sur la totalité du champ de fleurs.

  • Nataku : « H...Hé... De qui est ce sang ? » Dit-il d'une voix tremblante. Il continua de s'approcher, une main sur son épée, lui aussi, recouvert de sang.

  • « N'ai pas peur mon enfant, sois donc témoin de cette beauté ! » Répondit-elle, bras ouverts.

Nataku contourna alors la mystérieuse femme et vit le corps de Keita gîsant dans une marre de sang, les bras et les jambes découpées. Une scène cauchemardesque pour Nataku qui fut paralysé par l'horreur que ses yeux vinrent. Il se mit à hurler de terreur.

  • « C'est magnifique, l'un des derniers membres du clan qui finit par être l'apogée de mes œuvres. C'est le seul encore en vie après ! »

Kyokushin et Mitsuyo arrivèrent sur les lieux.

  • Kyokushin : « Oi ! Nataku ! »

Sans une once d'hésitation, Mitsuyo chargea la femme et la transperça dans sa course. Elle tomba au sol, le sourire aux lèvres.

  • Kyokushin : « Elle ne s'est pas défendue... »

  • Mitsuyo : « C'est fini, relève toi Nata... » Il vit le corps de son petit frère, démembré.

Keita entrouvit légèrement les yeux et bougea ses lèvres, agonisant. Kyokushin les rejoignirent et vit Keita à son tour. Très rapidement, il empêcha l'hémorragie de continuer grâce à son Kihetai.

  • Kyokushin : « Il a déjà perdu énormément de sang... »

  • Nataku : « Tu peux le guérir ?! » Dit-il, larmoyant.

  • Kyokushin : « Je vais l'endormir et utiliser tout mon Kihetai pour le maintenir en vie. Nataku, reprends-toi et trouve cet assassin. »

Aucun son ne sortit de la bouche de Mitsuyo. Ni Kyokushin, ni Nataku, ne pûrent lire une quelconque expression de sentiments. Il se retourna vers la femme au sol.

  • « Comme ça, tu es le dernier survivant et tu portes la marque sombre ? C'est formidable... »

Mitsuyo planta son katana dans le bras droit de la femme qui se mit à hurler.

  • « Montre moi tes talents... Fais... moi subir la même chose qu'à ton frère... »

Il retira son katana du bras de la femme, avant de la planter au même endroit. Il recommença plusieurs fois jusqu'à ce que son bras se détache complètement.

  • Nataku : « Mitsu... » Prononça t-il d'une voix fluette.

  • Kyokushin : « Laisse-le. »

  • Nataku : « M-Mais... »

  • Kyokushin : « Laisse-le ! »

Mitsuyo infligea le même sort à celle qui avait mutilé son frère. Le sang giclait et s'écoulait en énorme quantité, rythmé par les hurlements du bourreau devenue victime.

  • « Nous... avons des... points communs au final... » Finit-elle avant de se faire trancher la gorge par Mitsuyo.

Mitsuyo fut d'un calme absolu malgré la barbarie dont il avait fait preuve.

  • Mitsuyo : « S'il est maintenu dans cet état, il y a possibilité de le soigner ? »

  • Kyokushin : « Je connais quelqu'un qui pourrait lui venir en aide, oui. »

  • Mitsuyo : « Reste près de lui, je vais chercher l'assassin. »

  • Kyokushin : « Je m'occupe de lui. Nataku, va avec Mitsuyo. »

Nataku ne pouvait s'empêcher de ressentir de la crainte envers Mitsuyo après ce qu'il venait de se passer. Il trouvait sa réaction et son contrôle irréel.

  • Kyokushin : « Il n'y aura pas juste l'assassin là-bas. J'ai réfléchi, et les piqûres ne sont pas anodines, c'est l'œuvre de quelqu'un d'autre. Je ne sais pas de quel pouvoir il s'agit mais faites attention à vous. »

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