Chapitre 9 : Respect

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C'était donc un dimanche, un dimanche de week-end festif. C'est ce jour là que ma vie, sans que je le sache encore, allait basculer.

C'est ce jour là que je l'ai rencontré.

Christophe, alias Shérif, était donc atablé avec Manu.

Il était grand, les cheveux rasés, des yeux et un sourire incroyables. Ses traits généreux donnaient l'impression d'une personne gentille et drôle. Nous avons bien discuté ce jour-là, sous avons beaucoup rit, je me sentais à l'aise avec lui. Christophe était engagé dans l'armée de Terre depuis trois ans, il était à la caserne de Toul près de Nancy. Il conduisait des porte-chars, du convoi exceptionnel et semblait beaucoup se plaire dans son travail. Il m'a dit qu'il revenait pratiquement chaque week-end à Dieppe chez sa mère qui avait un duplex en centre-ville. Les militaires ne paient que dix pour cent du prix des billets de train. Il lui était arrivé quelques fois d'être bloqué à Saint Lazare à cause du retard de son premier train. En discutant avec lui, j'avais l'impression de le connaitre depuis toujours, je ne sais par pourquoi, dans le cours de la conversation, je lui ai alors dit que j'habitais en région parisienne et que si vraiment il se retrouvait sans solution, je pourrais le dépanner.

Ce garçon semblait vraiment gentil mais il parlait très fort et d'une manière très abrupte, sa façon d'être ne correspondait pas à ce qu'il semblait être au fond de lui. Au fil de la conversation, j'appris des choses qui me laissaient dubitative.

J'ai toujours détesté toute forme de discrimination. Je hais l'homophobie, le racisme, le capacitisme... Je pars du principe que chaque personne sur cette terre a le droit de vivre en paix tant qu'elle respecte les autres.

"Respect", pour moi, est le mot le plus important de notre langue, bien avant l'humanité, la liberté, la vie, le bonheur... Si tu ne respectes pas chaque être tel qu'il est, tel qu'il veut paraitre, alors tu ne peux pas te dire "humain, libre ou heureux" parce que tu es dans le jugement, et si tu juges les autres sans connaitre leur passé, leur vie, leurs blessures, leurs joies alors c'est que tu ne les respectes pas. Je n'aime pas les autres, c'est vrai, mais je ne les juge pas. Je pratique donc moi aussi une forme de discrimination, la misanthropie... Effectivement, je n'aime pas les autres parce que je ne me sens pas bien avec les autres, ils me mettent mal à l'aise. J'aime passer des moments sans enjeux avec les autres, rire, boire, chanter, danser... J'aime bien les entendre parler d'eux pour pouvoir comprendre qui ils sont. En revanche je n'aime pas leur parler du vrai moi. Je ne parle que de la surface, rien de ce que je suis réellement, je ne vais pas dans les détails.

Toute ma jeunesse, enfant comme adolescente, on m'appelait la rebelle. Je me suis toujours battue contre les jugements hatifs, et toute forme de discrimination. Avec le temps, je me suis rendue compte que la cause était perdue. Chaque personne que j'ai rencontrée dans ce monde a sa part de jugement, quoi qu'on y fasse, quoiqu'on en dise et aucun argument ne pourra changer ça. Ca me rend triste et malheureuse, ça me fait mal à en mourir, mais c'est ainsi, j'en ai pris mon parti et je vis avec. Je n'essaie plus de convaincre, je ne m'énerve plus, j'ai compris que le jugement faisait parti de l'être humain, de son vécu. Je le respecte car chaque personne qui juge a ses raisons mais je n'aime pas ça.

Quand j'ai connu Christophe, j'ai ressenti sa grande fragilité. J'ai vite compris que ses idées ne correspondaient pas aux miennes, mais j'ai aussi vite compris que ce qu'il disait ne venait pas vraiment de lui. On lui a tellement répété qu'il n'était pas assez intellgent pour réfléchir de lui-même, qu'il ne le faisait plus, il avait tellement peur qu'on le maltraite s'il ne pense pas comme son interlocuteur, qu'il ne savait plus lui-même en quoi il croyait vraiement. Il était très mal entouré. Les gens qui avaient de l'inflence sur lui étaient pour une partie homophobe, pour une autre raciste et pour le reste les deux. Il était donc devenu homophobe et raciste. Mais je ne l'ai pas jugé, je sentais qu'au fond de lui ce n'était pas ses pensées réelles. J'ai voulu mieux le connaitre.

La semaine qui suivit notre rencontre, nous nous sommes appelés quotidiennement, le soir. Nous restions des heures au téléphone, nous parlions de tout et de rien, je l'écoutais parler de lui, de sa vie, de ses blessures. Je le faisais réfléchir sur la vie, sur les gens, j'essayais de lui faire comprendre que la discrimination était une forme d'irrespect. Vous allez me dire que c'était essayer de l'influencer. C'est vrai. Maintenant avec le recul, je comprends que j'ai voulu croire qu'il était enfin libéré de ses travers mais qu'en fait je l'ai sûrement moi-même fais adhérer à mes pensées...

Nous nous sommes donnés rendez-vous le vendredi suivant au pub de notre rencontre. Lorsque je suis arrivée il n'était pas là. Je l'ai attendu en discutant avec le gérant qui était aussi un copain. Puis au bout d'une demi-heure, un garçon d'une vingtaine d'année est entré dans le bar, est venu me voir.

- Je suis le petit frère de Christophe, Paul, il est retenu chez mon père mais il va arriver.

- Ok, je vais l'attendre.

Nous avons un peu discuté. Paul semblait très différent de Christophe. Il semblait tout aussi blessé mais avec un optimisme et une vraie gaieté qui faisait défaut à son frère. Il n'était pas du tout influençable, ni dans le jugement. Paradoxalement, j'ai compris sa fragilité en voyant sa soit-disant confiance en lui. Au bout de quelques dizaines de minutes, je reçu un message de Christophe, me disant d'aller sur le parking en face du bar.

Nous avons alors échangé notre premier baiser.

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