Chapitre 2

5 minutes de lecture

 L'annonce du jeune garçon eu un énorme effet, toutes les personnes aux alentours semblaient choquées, perdues et confuses. Elles se regardaient, chuchotaient entre elles et observaient le jeune homme d'un mauvais œil, comme s'il était responsable de la mort du reclus qui veillait sur la ville.

 La confusion commençait à leur monter à la tête, certains perdant le contrôle de leurs émotions, pendant que d'autres essayaient de se calmer. Les habitants commençaient à courir dans tous les sens, à crier, à se bousculer faisant tomber les plus faibles. Les animaux ne furent pas enchantés par cette cacophonie, si bien qu'ils se mirent à leur tour à faire n'importe quoi, comme si Satan en personne venait de s'immiscer dans la tête de tous les êtres vivants présent dans le bourg.

 Le reclus était mort, triste nouvelle pour un village qui venait de subir une attaque, elle ne pouvait pas moins bien tomber. Althéïs regardait tout ce désordre d'un œil extérieur, elle aussi était choquée, mais pleins de questions brouillaient son esprit. Comprendre, c'était ce qu'elle voulait, savoir pourquoi et comment leur ange-gardien avait dépéri. Était-ce dû aux conditions climatiques ? L'hiver arrivant à grand pas, rendant l'air glacial durant la nuit. Ou les pluies diluviennes, augmentant le taux d'humidité dans la petite cabane en bois ? Pourtant, le reclus disposait d'une petite cheminée, si ses souvenirs ne se jouaient pas d'elle, quelque chose de rudimentaire, mais qui pouvait lui permettre d'un peu se réchauffer.

 Un bruit sourd vint sortir soudainement la boulangère de ses réflexions, la ramenant immédiatement à la vraie vie. Le consul venait de grimper sur un étale, faisant voler tous les légumes qui s'y trouvaient. Un enfant, d'une dizaine d'années, le regardait d'un air furieux, le maudissant d'avoir réduit son dur labeur à néant. Mais pouvait-on réellement en vouloir à Barthélémy ? Lui qui faisait tout pour faire régner l'ordre et la paix dans le bourg ?

 Althéïs le regardait faire, il essayait, en vain, d'attirer l'attention de ses disciples pour faire retomber toute cette pression. Son visage virait au rouge, impuissant devant cette anarchie. L'énervement prenait le dessus sur sa bonté et sa gentillesse, faisant ressortir l'ours qui se cachait au fin fond de son être. Il claqua fort dans ses mains, suivit un râle fracassant et assourdissant. Ses actions eurent l'effet escompté, les villageois se calmèrent instantanément et, petit à petit, se mirent en face du consul pour écouter ce qu'il avait à dire. Barthélémy se racla la gorge et leva les bras vers les habitants.

 — Chers villageois, nous avons tous vécu une nuit effroyable, j'entends. Les dégâts sont considérables, j'entends. Le reclus est mort, j'entends. Il n'était pas là cette nuit, pour nous protéger, et nous nous en somme rendu compte trop tard...

 — Comment allons-nous faire ? beugla un vieillard dans la foule, levant le poing. Il faut y remettre quelqu'un, maintenant !

 — Calmez-vous, je vous pris, repris le consul, vous connaissez la marche à suivre. Je vous demanderez donc de remettre la place en ordre. La cérémonie d'inhumation aura lieu dans l'après-midi. Vous y serez tous conviés. Tous ensemble pour l'accompagner dans sa dernière demeure. Pour toute question, toute requête, vous me retrouverez au consulat. Paix à son âme.

 — Paix à son âme, répétèrent les villageois, en cœur.

 Les paysans le saluèrent avant de rejoindre la place afin d'effacer toute trace d'agitation. Les enfants ramassaient les quelques fruits et légumes qui jonchaient le sol, alors que leurs parents entreprenaient de balayer pour enlever les quelques débris qui s'étaient éparpillés. Barthélémy s'approchait de la boulangère, prenant un morceau de pain qu'il porta instantanément à sa bouche. Sa respiration était rapide et saccadée, tout comme son rythme cardiaque, il essayait de recouvrer son calme, chose difficile dans ces conditions.

 Althéïs posa une main réconfortante sur l'épaule du vieil homme, la pressant légèrement. Il lui sourit, reconnaissant de l'attitude maternelle qu'elle avait envers lui. Les deux se connaissaient depuis la naissance de la boulangère, il avait été un ami proche de la famille. Il avait suivi son évolution depuis sa tendre enfance. Présent à tous les moments clé de sa vie de jeune femme, de son mariage avec Harald à la naissance de ses enfants. À la mort de ses parents, il avait été d'un très grand soutient moral.

 — Nous nous retrouverons à la cérémonie de départ, très chère ?

 — Bien entendu, je ne manquerai cela pour rien au monde.

 Il la salua et partit rejoindre le consulat. Ils auraient beaucoup de choses à préparer en si peu de temps : l'inhumation du reclus, et choisir son remplaçant. Une tâche qui s'avérait parfois compliquée, en effet, presque la moitié du village se portait volontaire, ils avaient donc l'embarras du choix.

 La foule s'était dispersée, restaurant le calme et la tranquillité propre au bourg. Les enfants étaient assis les uns à côtés des autres, rigolant et jetant des cailloux sur les animaux qui passaient devant eux, les énervants encore plus. Les habitants vendaient, achetaient, échangeaient : la vie reprenait son cours.

 Althéïs profita de ce renouveau pour faire le tour des étales de ses collègues, observant et admirant leurs ressources et leurs productions. Une vieille dame, adossée au mur de sa maison où des déclinaisons de vert et de rouge couraient le long des pierres, vendait de petits articles fait mains, qu'elle avait certainement passé des heures et des heures à tisser. La boulangère repéra un petit tapis aux motifs fleuris, il était entouré de plusieurs autres broderies et tissages. Elle le prit entre les mains et regarda la vieille dame.

 — C'est prodigieux, dit-elle, émerveillée. Vous avez des doigts de fée, si je peux me permettre !

 — Un héritage qui me vient de ma défunte grand-mère, passionnée par le tissage, elle m'a appris à broder dès mon plus jeune âge, lui répondit la vieille dame d'une voix douce et tremblotante.

 — Quelle est sa valeur ?

 — Il est à vous, merci de vous préoccuper de la vieille dame que je suis.

 Althéïs la regardait avec compassion et reconnaissance, elle la salua et la remercia de tout son cœur pour le présent qu'elle venait de lui faire. Néanmoins, elle lui glissa un petit sachet de poivre noir dont elle n'aurait plus l'utilité, ne souhaitant pas partir comme une voleuse et remercier cette âme charitable comme elle le méritait. Elle quitta son étale et partit à la découverte des autres.

 La jeune femme vendit énormément de pain, ce jour-là, il ne lui en restait plus une miette pour qu'elle puisse se sustenter le soir. Elle profitait de chaque instant, de chaque seconde et de chaque visage qu'elle croisait. Tous les bruits, toutes les odeurs, même les choses les plus anodines, elle les avala et les stocka dans sa mémoire, parce qu'elle savait, au plus profond d'elle, que ce serait certainement une des dernières fois où elle pourrait en profiter.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Nymphangie ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0