Chapitre 1

10 minutes de lecture

“I gotta tell you a story

And the story we start right at the scene of the crime

Another murder and tonight he's left in time

Another victim had gone

Another inhuman slaughter on the lane of a park

And still the chief inspector tumbling in the dark”

Murder at Midnight - Powerwolf


Le jeune homme était allongé de tout son long sur son lit, dormant à moitié. Casque sur les oreilles, il écoutait du métal à s’en faire exploser les tympans.


  • VELORY !!!!

Ce cri rempli d’agacement ne lui parvint que sous la forme d’un murmure. Malheureusement la femme qui venait de lui crier dessus ne s’arrêta pas là. Elle entra dans sa chambre à vive allure pour lui arracher son casque des oreilles. Cela fit gémir Vel. Il attrapa son coussin pour cacher son visage lorsqu’elle ouvrit les rideaux qui dissimulaient le soleil jusque-là.

  • Arrête de faire l’enfant ! C’est un grand jour pour toi, tu ne peux pas te permettre d’arriver en retard à la cérémonie.

Face au silence de la marmotte, la femme aux longs cheveux bruns vint lui retirer sa couverture pour l'envoyer au fond du lit. Vel se recroquevilla sur lui-même tout resserrant ses doigts autour du coussin.

  • Debout !

Au vu des nombreuses différences physiques et comportementales entre eux deux, elle ne devait pas être sa mère biologique, Vel ne lui ressemblait même pas un petit peu. Ses yeux en amande arboraient une couleur entre le bleu et le gris. Elle devait avoir un peu plus de 50 ans et une taille normale pour son âge. Physiquement, elle n’avait rien d’extraordinaire, c’était bien son caractère qui la faisait sortir du lot : munie d’un grand instinct maternel, elle était très douce mais parfois particulièrement sévère. Ce matin, Velory avait droit à une petite crise.

Douloureusement, le jeune homme finit par ouvrir ses yeux émeraudes en retirant le coussin de son visage malgré les rayons du soleil qui en profitèrent alors pour lui agresser la vue.

  • J’ai préparé tes vêtements, dépêche toi de les enfiler et viens manger !
  • Oui oui…

Il grimaça brièvement mais se redressa en position assise lorsque la dame sortit de sa chambre. Le comateux baladait lentement son regard dans sa chambre très sobre. Il y possédait un lit, probablement son meuble préféré, au cadran noir ébène, qui était accolé sur sa longueur au mur du fond, en face de la porte. Juste à côté, il y avait une petite table de nuit juste assez grande pour y poser son radio-réveil qui servait aussi de lampe de chevet.

Sur le mur de gauche se trouvait accroché un superbe écran plat. Juste en dessous, un petit meuble blanc portait une console et quelques autres babioles en lien avec la télévision. Décentrée vers l'entrée, était positionné une autre porte qui menait à sa salle de bain personnelle.

Sur le mur de droite, il y avait une large et haute garde-robe. Mais Vel n'eut pas besoin de s'y rendre, se levant lentement en attrapant les vêtements que sa tutrice lui avait préparés et déposés sur le pouf qu'il utilisait pour s'installer devant son écran.

Il se dirigea jusqu'à la porte de sa salle de bain, le sol en vinyle gris foncé produisait un petit son à chaque pas las du jeune homme.

Sa chambre était vraiment très sobre, on y trouvait très peu de fantaisie, même les draps de son lit restaient monochromes. Malgré ce manque d'originalité dans la décoration, il aimait ce petit coin à lui.


Sa salle de bain était adéquate pour une seule personne, juste assez grande et parfaitement arrangée. Velory s’y aventura, les yeux encore mi-clos et l’air endormi. Il laissa simplement tomber son pyjama au sol après l’avoir retiré pour se traîner jusqu’à la douche qui lui permettait de correctement se réveiller. L’exterminateur de zombie n’était pas du matin.

L’eau commença à couler sur lui, humidifiant d’abord ses cheveux couleur neige légèrement ondulés pour les plaquer contre sa peau presque aussi blanche. Le liquide continua son chemin en suivant les courbes nettement définies du frêle mais solide corps du jeune homme. Là où on aurait pu attendre un homme grand et aux muscles surdéveloppés pour un rôle aussi violent que le sien, Vel était tout le contraire. Il ne devait pas dépasser le mètre soixante et il était particulièrement fin. En réalité, il avait plus un corps de danseur, malgré le fait qu’il ne serait certainement pas reproduire quelconque chorégraphie.

Ses mains finirent par suivre le mouvement du jet d’eau pour venir frotter le savon contre sa peau.


Il ne prit pas énormément de temps sous la douche, pas plus de cinq minutes. Vel ne faisait pas partie de ces personnes qui trouvaient du plaisir à gaspiller ce précieux liquide. À peine sorti de la cabine, fumante à cause de la chaleur qui en sortait, qu’il attrapa une serviette pour l’enrouler autour de lui et commencer à s’essuyer.

Son regard finit par se poser sur le miroir, assez long que pour lui envoyer un reflet complet de sa personne. Oui, Velory était un jeune homme séduisant, son corps avait tout pour plaire, il pourrait même se faire passer pour une fille s’il le voulait. Mais… Son regard était tout autre, quelque chose de malsain se cachait derrière ses iris émeraude. Son âme était déjà souillée par le sang.


Une fois qu’il trouva ses cheveux assez secs, il se tourna vers les vêtements qu’on lui avait choisis tout en soupirant: trop formels pour lui plaire. Malgré tout, il n’essaya pas de choisir une autre tenue, Vel avait tout de même une certaine rigueur et suivait les règles, presque toutes en tout cas. Il commença par enfiler son caleçon avant de passer le pantalon noir par dessus. Ce dernier le serrait au niveau des hanches et des fesses mais se détachait de ses formes en descendant. Vint ensuite la chemise qu’il enfila, une manche après l’autre. Elle était aussi noire que son pantalon, et faite sur mesure pour Velory, dans un tissu de qualité supérieure, elle devait valoir une véritable petite fortune.

Attrapant un peigne, il se dépêcha de démêler ses cheveux. Ces derniers, légèrement ondulés, entouraient le visage de Velory, contrastant fortement la couleur de sa peau, il paraissait ainsi moins pâle. Ils descendaient jusqu'à la base de son cou, un peu trop courts pour faire quelconque coiffure particulière.

Pour accompagner cet ensemble très sombre, il n'avait pas de cravate mais sa cape rouge sang qu'il attrapa avant de sortir de la salle de bain ; il la mettrait en sortant.

D’un pas rythmé, il descendit jusqu’à la salle à manger.

  • Tu crois que Driss sera là ?

La femme, qui finissait de préparer le déjeuner de Velory, leva son regard vers ce dernier à cette question. Ça l'avait surprise, elle réfléchit donc un instant avant de secouer la tête.

  • Tu le connais mieux que moi, trésor… Cet isolant ne viendra sûrement pas.
  • Mh. Merci pour le repas, Anna.

Vel avait cependant pris un air renfrogné, ne préférant pas continuer de parler de ce Driss qui le mettait de mauvaise humeur. Il se contenta donc de venir s’asseoir et manger ce qu’il y avait de prévu pour lui.

La décoration intérieure de la maison était dans un style bien différent que celle de la chambre de Velory. Cette dernière était d'un genre presque futuriste avec cet excès de sobriété et ses formes simples presque parfaites. Les autres pièces et les couloirs n'étaient pas du tout dans ce genre-là : murs en pierre, sol en bois craquant, portes grinçantes et charpentes apparentes, la maison semblait en réalité très vieille.


Dès qu’il eut fini son assiette, il se leva pour aller glisser ses pieds dans une paire de chaussures parfaitement cirée et adaptée à sa tenue sombre. Il attrapa ensuite la poignée de la porte d’entrée pour mettre un pied dehors. Tout en entremêlant ses doigts pour réussir à refermer la broche de sa cape qu’il venait de mettre sur ses épaules, le jeune homme regarda autour de lui. La rue qui s’offrait à lui était large car il se trouvait sur une des avenues principales qui reliaient le centre-ville aux portes de la citée. Cette dernière était d’ailleurs proche de la mégapole, immense. Beaucoup de monde passait dans la rue, pour la plupart à pied, et se dirigeait vers la place. Certains souriaient à Velory, le félicitaient. Ce dernier eut un bref rictus amusé, il suivit le mouvement d’un pas rapide pour arriver au plus vite près de la place où avait été installée une gigantesque scène en bois. Sans hésitation, il se faufila à travers la foule, qui s’installait face à cette scène, pour aller jusqu’à cette dernière et monter dessus pour aller rejoindre les coulisses. S’y trouvaient bon nombre de capuches rouges et noires qui, à leur tour, félicitèrent leur camarade. Parmi eux, il y avait celui qui avait mené la dernière mission à laquelle avait participé Velory, quelques semaines auparavant.

Bien plus grand et musclé que le jeune aux cheveux blancs, il semblait aussi beaucoup plus sympathique. Sa peau légèrement était légèrement basanée, ses yeux étaient marron et ses cheveux légèrement bouclés d’un brun presque noir.

  • Je n’ai jamais douté que tu aurais ce titre. Avec ton pouvoir et ton talent, c’est juste normal.
  • Ouais, merci Gros-Bras, m...
  • Appelle-moi par mon prénom, s’aggassa l'homme.
  • Merci Mooo’sieur Shirai !

Shirai eut un soupir amusé tout en se frottant un peu le front face à l’air moqueur qu’avait pris son cadet. Ce dernier reprit tout de même la parole.

  • Mais je trouve que, pour une certitude, ils en ont mis du temps, à rendre leur foutu verdict ! Je m’emmerdais comme un rat mort, moi !! Aucune chasse pendant leur phase de décision, c’est cruel !

Son ami acquiesça en venant lui frotter la tête, mais leur discussion se termina là lorsqu’on leur donna le signal de se mettre en place. Alors, tous sortirent pour s'aligner au fond de la scène, faisant dos au majestueux bâtiment, appartenant au style architectural gothique, qui servait de mairie.

Depuis que les encapuchonnés étaient en position, plus personne dans l’immense foule ne parlait, on pourrait presque entendre une mouche voler. Ainsi, plusieurs minutes s'écoulèrent, Velory attendait. Malgré son impatience, il restait bien en place entre Shirai et un autre de ses amis, tout en observant la foule et le micro solitaire au-devant de la scène.


Ce silence religieux fut brisé par de légers clappements de métal sur le bois. Ils étaient rythmés mais peu rapides. L'homme, qui venait de monter sur scène, s'appuyait sur une canne au pommeau très joliment taillé. C'était sa jambe droite qui suivait plus difficilement le mouvement, mais au vu de sa démarche, on pouvait en déduire que le problème venait de plus haut.

Il était plutôt grand et d'âge mûr, la quarantaine certainement, ses cheveux noirs parfaitement coiffés grisonnaient déjà. Son visage était aussi marqué par les années mais surtout par le métier : trois énormes cicatrices traversaient de part en part son visage. Or, sur ses épaules, ce n'était pas une cape noire, ni une rouge, mais bien une blanche qu'il portait.

Il finit par s'arrêter près du micro, un sourire éclairait son visage alors que deux drones s'étaient mis à voler autour de lui pour renvoyer des images à d'énormes écrans de part et d'autre de la scène, ainsi tout le monde présent pouvait le voir comme il se devait. Il fit taire la foule qui applaudissait sa venue d'un simple mouvement de la main.

  • Mes chers amis, nous voici réunis pour un grand et heureux évènement.

Sa voix douce était empreinte d'une lourde prestance. Il avait l'âme d'un meneur.

  • Cela fait maintenant plus de 200 ans que nous nous battons pour survivre ! Mais cela fait aussi 200 ans que nous avons trouvé notre place en ce monde ! Une place que nous méritons après ces millénaires de peur d’être découverts. Maintenant, mes camarades sorciers, marchons main dans la main avec nos cousins humains, continuons de prendre soin de l’humanité à genoux. Ne laissons aucun être extérieur menacer notre paix !

Le silence restait proche de la perfection. Pourtant, il n’y avait aucun doute que beaucoup de sorciers, même si encore moins nombreux que les humains dans la foule de cette cité, souhaitaient la mort de ces derniers pour le traitement qu’ils leur avaient réservé si longtemps. Or, peu étaient ceux prêts à contredire le Chaperon Blanc.

  • Aujourd’hui, nous fêtons la montée en grade d’un de nos chers camarades ! Bleckingham, notre chère citée, reine de la nouvelle humanité, peut accueillir dans ses bras un deuxième combattant d’élite ! Du haut de ses 21 ans, il est bien meilleur que nous tous au combat grâce à son pouvoir aussi exceptionnel que rare !

Il se retourna alors vers le jeune homme aux cheveux couleur neige, tendant un bras vers lui pour l’inviter à approcher.

  • Velory ! Notre tout nouveau Petit Chaperon Rouge ! Applaudissez-le !

Alors que la foule s’était mise à tonner des louanges pour Vel lorsqu’il s’avança, le chef des sorciers les encourageaient à faire encore plus de bruit. L’exterminateur regarda un instant son supérieur et son sourire sincère avant de tourner son regard profond sur la foule immense qui l’acclamait. Pendant un instant, il resta ainsi, l’air ailleurs, avant qu’un sourire quelque peu étrange ne se dessine sur son visage, puis il leva les bras au ciel, remontant à nouveau les cris du peuple qu’il devait protéger des morts-vivants. Il était maintenant certain que Driss n’était pas là, mais qu’importe.

Suite à cela, alors que le calme commençait à se rétablir, on amena au Chaperon Blanc une nouvelle cape rouge sang. Velory laissa tomber la sienne au sol et se courba légèrement face à son supérieur pour que ce dernier lui mette le nouveau vêtement sur les épaules. Elle était en tout semblable à l’ancienne, la seule chose qui différait était le symbole qui y était incrusté, montrant son appartenance à l'Élite de l'Élite.

  • Bleckingham est désormais l’unique citée à être sous la protection de deux Petits Chaperons Rouges. Velory, puisses-tu à jamais protéger notre ville contre les menaces extérieures.

Sur cette dernière déclaration, Velory serra la main à son supérieur et la cérémonie put se clôturer pour laisser place aux festivités.

Le tout nouvellement nommé ne resta cependant pas. Il savait que, pour lui, la journée ne faisait que commencer, et qu’il n’avait pas fini de devoir répondre à ses devoirs, mais il préférait éviter ce qu’il pouvait. N’aimant pas spécialement ce genre de fête où toute la ville était conviée, il préféra plutôt partir à la recherche de Driss, sachant parfaitement où le trouver.

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