Chapitre 29 : La relève

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Voilà déjà plusieurs mois qu’Arch et les garçons étaient partis rallier la Liste Noire dans leur bataille contre le Majestic 13. Pendant ce temps, le reste de la famille continuait d’agir aussi normalement que possible pour éviter d’attirer l’attention, surtout avec l’état d’urgence. Qui plus est, leur domicile demeurait sous une surveillance accrue. Aniah venait d’entamer sa deuxième année de thèse. Elle l’effectuait au sein des laboratoires de l’Université de Zenfei. De temps à autre, elle donnait des cours et elle semblait apprécier cela. Elle envisageait même de devenir professeure, comme sa mère avait pu l’être naguère avant de changer pour exercer en tant que consultante interne à la Chambre de l’Enseignement.

Seth fréquentait l’école maternelle située à proximité du Temple de Mwirda, proche de l’établissement où travaillait sa mère. Ainsi, elle pouvait le déposer le matin et le récupérer le soir. Il ne s’y plaisait pas vraiment. Il avait tendance à s’isoler aux récréations. Sa maîtresse en avait discuté avec elle. Le départ de son père semblait l’affecter profondément. Il ne comptait aucun camarade de classe et pourtant, les autres enfants avaient l’air de beaucoup l’apprécier. De plus, les activités paraissaient avoir mis en avant chez lui un certain génie. S’ennuyait-il alors à l’école ? Vraisemblablement.

Quant au père d’Aniah, il s’était investi d’une mission capitale : prévenir Arch du moment opportun pour frapper le Majestic 13. Grâce aux informations recueillies par Seneth, il avait établi un plan. Profitant de son statut de chef de service à la Polyclinique de Zenfei, il allait se déclarer comme le nouveau médecin traitant de Wain, un des techniciens qui travaillaient sur le projet de résurrection de Mwrida. Le Majestic 13 s’avérait extrêmement malin, il avait fait en sorte que les opérations controversées s’appuient sur des individus suffisamment stupides pour ne pas comprendre la situation et surtout ne pas poser de questions. Wain demeurait donc la clef qui donnerait le lieu et l’endroit de l’affrontement.

La mère d’Aniah assistait son époux en jouant de ses relations afin d’obtenir des détails concernant ce fameux Wain. Hélas, elle ne disposait pas de son nom de famille ce qui ralentissait considérablement le processus de recherche. Elle aurait également aimé connaître l’identité du second technicien, mais Seneth n’avait pas eu l’occasion de collecter des informations à son sujet. Cela revenait presque à commencer à partir de rien. Son mari avait bien tenté de le suivre, mais c’était comme s’il ne quittait jamais son poste de travail, terré au fin fond des laboratoires du Majestic 13.

Voyant que ses parents se trouvaient au point mort sur l’enquête, Aniah décida de leur prêter assistance. Doctorante depuis déjà un an et demi au sein de l’Université de Zenfei, cela lui conférait un certain nombre d’avantages dont la possibilité d’établir un partenariat avec un autre institut de recherches. Ces travaux portaient sur l’étude des propriétés intrinsèques des rémanences. Son compagnon Seneth quant à lui s’affairait à l’exploration des caractéristiques physiques liées à la magénierie. Mais comme ce dernier avait disparu, elle proposa de modifier son sujet de thèse en un intermédiaire entre le sien et celui de Seneth. Cela lui permettrait ainsi de poursuivre une part des tâches de celui-ci et donc d’avoir accès aux laboratoires de l’Y. L’idée d’Aniah avait séduit l’école doctorale de Zenfei, mais qu’en pensait le Majestic 13 ? Il n’était pas du genre à laisser n’importe qui entrer dans leur univers. La procédure de négociation entre les deux entités durait déjà depuis deux semaines. Étrangement, pendant ce même laps de temps, de plus en plus d’individus semblaient rôder autour de la maison de famille d’Aniah.

— Je crois que le M13 a intensifié sa surveillance, commenta Aniah en regardant par la fenêtre. En tout cas, c’est bon signe, cela signifie qu’il considère ma requête.

Quelques jours plus tard, l’école doctorale de Zenfei valida définitivement le nouveau sujet de thèse d’Aniah sur les propriétés intrinsèques des rémanences influant sur les caractéristiques physiques et magiques des artéfacts. Elle venait de décrocher son entrée au cœur du Majestic 13 à l’instar de Seneth auparavant. Elle se souvint de tout ce qu’il avait pu lui dire à propos de son expérience là-bas. Elle ne voulait pas commettre d’erreurs. C’était leur seule occasion de prendre contact avec Wain. Hélas, celui-ci se trouvait dans une zone confidentielle, où bien évidemment, l’accès était plus que réglementé. Néanmoins, Seneth avait découvert, malgré lui, un moyen de court-circuiter ce dernier. Elle prit soin d’analyser les plans de l’Y que son compagnon avait dessinés. Elle se préparait au mieux afin d’augmenter les chances de réussite de la mission.

Avant de véritablement entrer en action, elle devait s’intégrer dans le paysage scientifique de l’Y. Tout comme à l’Université de Zenfei, elle donnait quelques cours aux étudiants de l’école. Elle avait, à son insu, aussi droit à l’observation dont Seneth avait fait l’objet pour déterminer sa loyauté, car le Majestic 13 ne voulait pas risquer de s’exposer inutilement. Pour le moment, elle n’avait accès qu’à une infime partie de l’infrastructure, celle connue du public. Les résultats de son examen serviraient à décider si elle pourrait bénéficier ou non d’une autorisation plus importante. Le Majestic 13 voyait en elle beaucoup de potentiel. Ses travaux de recherches pourraient permettre de trouver un moyen de ressusciter irrévocablement le grand-père de Seysus, Jeysus Peymour dit Monseigneur Peymour Ier.

Elle agissait comme Seneth avait pu lui raconter, paraître obligeante, ne pas poser trop de questions et s’appliquer beaucoup sans trop attirer l’attention afin d’éviter toutes sources de suspicions. Et surtout, elle devait se rendre indispensable, car si le Majestic 13 l’avait choisie c’était pour une raison simple, il avait besoin d’elle. Elle étalait ses connaissances avec ostentation à qui voulait l’entendre dans l’intention d’être sollicitée au maximum, et donc devenir essentielle. Elle qui se pensait prétentieuse, on la trouvait, au contraire, plutôt sympathique, prévenante et rayonnante. Le profil de jeune femme ne paraissait pas très courant au sein de cette organisation. Autre détail, elle devait montrer un caractère un peu naïf pour faire croire à ses collègues qu’elle demeurait facilement manipulable, qualité qu’appréciait beaucoup le Majestic 13.

Aniah semblait de loin le sujet qui présentait les meilleurs résultats à leur test d’admission. Dès la fin de sa première semaine de travail, le Majestic 13 avait décidé de l’incorporer.

— Excusez-moi de vous déranger, madame, vous devez être Aniah, la nouvelle collaboratrice ? demanda un individu vêtu entièrement de noir.

Aniah reconnut parfaitement son interlocuteur, il ressemblait à ceux qui rôdaient autour de sa maison. Il ne faisait aucun doute pour elle qu’il était un sbire du Majestic 13.

— Oui, c’est bien moi, en quoi puis-je me montrer utile ? répondit Aniah innocemment.

— Je vous prierai de bien vouloir m’accompagner, nous allons procéder à votre entrée officielle au sein de notre effectif, ajouta-t-il.

Aniah s’exécuta sans poser de question. Au fond d’elle, elle explosait de joie. Elle avait accompli la première étape de sa mission sans la moindre difficulté, et plus vite que prévu.

Une seconde, peut-être était-ce un piège ? se demanda-t-elle tout en suivant cette étrange personne. Ça m’a l’air beaucoup trop facile. Ai-je été démasquée ? Oh non, ça y est, je panique. Faut que je reste calme à tout prix. Rien n’est encore perdu.

Elle continuait de talonner son hypothétique bourreau. Elle constatait qu’il se dirigeait vers les escaliers qui donnaient vers le niveau inférieur. En les descendant, un comité d’accueil l’attendait.

— Aniah, je vous présente votre nouvelle équipe ! tenta de déclarer l’individu en noir devant le vacarme produit par les acclamations des scientifiques.

— Je… je… je ne sais pas quoi dire, bégaya-t-elle.

— Vous en avez déjà assez dit. Profitez de la fête en votre honneur, lui suggéra un de ses collègues.

L’euphorie prit le pas sur sa paranoïa. Sa mission s’était réellement bien déroulée. Elle pouvait passer à l’étape suivante, aller à la rencontre de Wain. Mais pour l’heure, place aux festivités.

À la fin de la journée, alors qu’elle s’apprêtait à préparer ses affaires pour rentrer chez elle, un collaborateur qui semblait un de ses supérieurs l’approcha.

— Cela vous dérange-t-il si je vous raccompagne ?

— Eh bien, écoutez, ce n’est pas de refus, répondit-elle.

— Très bien, je vais en profiter pour vous faire découvrir les environs et vous racontez un peu l’histoire de notre laboratoire.

— C’est très aimable de votre part.

Le savant commença à lui présenter les différents locaux et équipes qui se trouvaient au sein de cette grande infrastructure, évidemment, rien qu’elle ignorait grâce aux informations collectées par Seneth. Il l’introduisait petit à petit dans le monde du Majestic 13. La visite se termina devant une double porte fermée, gardée par deux colosses.

— Voilà, nous arrivons à la fin de notre tour, déclara son guide improvisé.

— C’était absolument passionnant. Sans paraître trop curieuse, qu’est-ce qui se cache derrière ses portes ? interrogea prudemment Aniah.

— Je commençais par croire que vous n’oseriez pas me le demander, ajouta-t-il en rigolant. De l’autre côté se trouve votre prochain sujet d’étude.

— Ah oui ! Vraiment ? Comment expliquez-vous la présence de ces deux impressionnants cerbères ?

— Disons que c’est une mesure de précaution.

— Contre quel type de menace ? s’enquit-elle.

— C’est la question que tout le monde se pose. Et aussi la raison pour laquelle nous avons choisi de prendre des dispositions draconiennes afin de faire face à toutes les éventualités qui peuvent provenir de l’extérieur comme de l’intérieur.

— Mais je ne cours aucun risque à travailler ici ? se demanda-t-elle inquiète.

— Nous mettrons tout en œuvre pour que vous vous sentiez à l’aise, soyez-en assurée. À présent, avançons.

La double porte s’ouvrit lentement, tellement que l’angoisse d’Aniah augmentait de pair avec l’interstice de l’entrée. D’après les données de Seneth, cet emplacement ne comportait rien, ou tout du moins, pas d’accès. Que pouvait-il bien se cacher derrière pour que même le Majestic 13 en vienne à se méfier ? Elle n’allait pas tarder à obtenir sa réponse.

— Aniah, permettez-moi de vous présenter sa grandeur : Monseigneur Peymour Ier.

— Comment cela est-il possible ? demanda-t-elle en feignant d’être surprise.

— C’est grâce à votre compagnon s’il n’est toujours pas passé de l’autre côté. Il ne vous en a certainement pas parlé pour des raisons de… confidentialité.

Le Majestic 13 aurait donc poursuivi les travaux de Seneth, même en son absence. D’après les résultats que le confrère d’Aniah lui présentait, ils auraient réussi à ramener à la vie l’ancien Monseigneur durant environ quatre secondes. L’ossature de ce dernier avait subi de très lourdes opérations. Elle était désormais composée d’un tiers de rémanences. Ils avaient résolu le souci de stabilité d’hyloplasme. Son âme ne risquait pas de quitter son corps et rejoindre l’autre monde.

— Alors voilà madame, le principal problème auquel nous faisons face à présent est lié à la cohésion rémanobiologique. La tâche première des rémanences consistait à équilibrer, voire restaurer, localement le taux d’hyloplasme. Malheureusement, cela a engendré une nouvelle complication, la diversité de la nature des chaînons. Comme chacun des greffons semble a priori unique, ils génèrent leurs propres radicaux. Et on constate qu’ils entrent tous en concurrence et provoquent une instabilité causant un arrêt des fonctions vitales au bout de quelques secondes seulement, expliqua le chef du projet.

— Mais comment parvenez-vous à maintenir son corps en vie s’il ne peut se suffire à lui-même ? questionna Aniah.

— Pour faire simple, vous n’avez pas besoin de connaître le procédé de régulation artificiel d’existence, répondit-il autoritairement.

Un peu déconcerté, le savant prit ses affaires et s’en alla. Le guide improvisé indiqua à Aniah que sa journée était officiellement terminée et qu’elle demeurait libre de rentrer chez elle. Il se proposa de la raccompagner jusqu’au bourg. Comme la balade allait durer un certain moment, Aniah en profita pour discuter avec son étrange compagnon de marche.

— Excusez mon indiscrétion, mais j’ai l’impression que nous n’avons pas été présentés, vous et moi ? fit-elle remarquer.

— Ah oui, veuillez me pardonner, quand je me trouve au travail, je ne pense à rien d’autre. Je m’appelle Wain, mais mes amis m’appellent Wain.

Incroyable, Aniah avait le sentiment que sa mission demeurait un jeu d’enfant. Elle n’aurait jamais imaginé mettre la main aussi vite sur sa cible.

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