Chapitre 1

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A peine trois heures qu’elle avait atterri et elle était déjà coincée dans ses putains de bouchons. Ah la France ! Non, elle ne lui avait pas manqué. Elle regarda avec pitié ses pauvres âmes tristes et grises qui déambulaient sur les trottoirs. Rien de très attrayant.

Elle était en colère contre elle. Pourquoi revenir dans cette ville triste et sale ? Elle n’y avait que des souvenirs à enfermer à double tour. Elle était loin de ça, loin de tout. Sa vie c’était tout sauf cette morosité. Elle s’était offert du soleil et des plaisirs à volonté. De la solitude aussi.

Les voitures ne bougeaient plus depuis dix minutes. Elle plongea la main dans son sac qui reposait sur le siège passager. Elle farfouilla au hasard dans le bazar de sa vie. Comme toujours, elle dû vider l'amas inutile de son existence avant de trouver l’étui à cigarette. Elle ouvrit la fenêtre de son côté en grand et tira une bouffée nerveuse.

La tête tournée vers la file sur sa gauche, elle se surpris à observer l’homme au téléphone qui tapait sur son volant. Les embouteillages avaient cet effet sur les nerfs. Ils vous les mettaient à bloc. Une corde tirée prête à craquer. Ce monde avançait dans une course contre le temps, reléguant la patience au fond d'un tiroir, misérable qualité usagée. Tout s'accélérait, beaucoup trop. L'humanité devenait folle, prise dans une spirale infernale que personne ne pouvait arrêter. ça aussi, elle l'avait fui.

Revenir paraissait une torture. Les revoir tous, aussi. Que dire après tout ce temps. Seraient-ils seulement heureux de la retrouver ? Sa sœur ? Elle n'y pensait même pas. Elle ne lui avait jamais pardonné. Même elle, ne s’était pas excusée. Fuir n’enlevait pas la culpabilité. Elle jeta son mégot dans un geste rageur et remonta la vitre. Elle mis ses doigts gelés par l'air froid de l'hiver près des grilles du chauffage.

Les voitures n’avançaient toujours pas. Trente minutes maintenant. Un besoin pressant se fit sentir. La tuile. Elle essaya de ne pas y penser. Elle laissa son esprit divagué sur ses souvenirs. Le jour du concert. Celui où elle avait trop bu. Une autre époque. La file interminable des toilettes. Il était là, ils avaient ri. Elle avait du se cacher dans un buisson. Ce soir là, ils avaient franchis une limite interdite.

Des coups sur la vitre et la voix étouffée d'un homme, la firent sursauter.

- Vous compter dormir là ?

Elle regarda autour d'elle, le bouchon semblait s'être évaporé. La magie des embouteillages lyonnais. Aussi vite apparut que disparut. De l'homme, elle ne voyait que ses yeux, vert. Son bonnet descendu aux oreilles et son écharpe assortie sur le nez, l'empêchait de discerner le reste. Elle leva la main en signe d'excuse et appuya sur l'accélérateur. Dans le rétroviseur, elle le vit remonter dans son 5008. Une voiture de bon père de famille.

Elle s'engagea dans le tunnel de Fourvière. Plus elle se rapprochait, plus son coeur battait. En entrant sur la commune de Lissieu, elle préféra s'arrêter un instant au café de la mairie. Lorsqu'elle était ado, le bar était leur fief à ses amis et elle. Elle descendit de la Fiat 500 qu'elle avait loué à l'aéroport. Ses pieds s'enfoncèrent dans la flaque boueuse sur laquelle elle s'était garée. Elle pensa à sa mère et à la tête qu'elle ferait lorsqu'elle verrait l'état de ses chaussures. Pas sûre qu'elle l'accueille à bras ouvert.

Tout avait changé ici, même le propriétaire. Elle ne reconnaissait rien, ni personne. Elle s'installa sur la terrasse et commanda un café. Elle alluma une cigarette, tira des bouffées nerveuses, l'écrasa à moitié consummée. Elle demanda un deuxième café, ralluma une cigarette et lui fit le même sort. Elle laissait le temps s'étioler avec son humeur. Enfin, elle se décida à reprendre la route.

Elle arriva enfin au domaine. Pourquoi avait-elle accepté de venir passer les fêtes en famille ? Après dix ans d'absence ? Cette fois c'était sûr, elle était complètement dérangée. Elle gara sa voiture et se dirigea vers l'entrée. Des voix d'enfants traversaient les vantaux dU bois massif. Ses neveux. Ceux qu'elle ne connaissait pas. Elle voulut frapper mais stoppa son geste en pleine course alors que la porte s'ouvrait. Paul, son beau-frère, la cueillit de son plus impeccable sourire. Pourquoi fallait-il qu'il soit le premier ? Un petit garçon d'à peine six ans vint s'accrocher à sa jambe.

- Qui c'est ?

- Ta tante, Solange, la soeur de ta maman.

Elle tapa ses pieds sur le paillasson de fer tout en regardant le petit Antoine. Tout le portrait de son père. Elle entra, fit la bise à Paul qui récupéra son manteau et caressa, timide, la tête du petit garçon aux boucles brunes. Le brouhaha des conversations du salon lui parvinrent aux oreilles. Sa mère fit son apparition dans le couloir.

-Ah Solange, tu es là.

Sa mère la toisa des pieds à la tête. Bien sûr, elle remarqua ses bottes boueuses mais tiqua aussi sur le reste. En jean , gros pull gris et cheveux peignés en un chignon désordonné, elle n'avait pas fait l'effort réglementaire de Noel. En même temps elle venait d'atterir. Sa mère frôla ses deux joues dans un baiser imaginaire, faisant bien attention à ne pas abîmer son précieux maquillage.

Elle pénétra dans le salon, ils étaient tous là, sauf mamie Lou. Elle n'avait pas pu lui dire au-revoir. Elle avait organisé son voyage en pensant qu'elle pourrait la revoir une dernière fois, mais mamie Lou était imprévisible, son dernier souffle elle l'avait soupiré un soir de novembre.

Sa soeur, quelques rides en plus au coin des yeux, semblait être restée la même. Cette beauté blonde et froide. Non, elle ne lui avait pas pardonné. Son sourire surfait ne montait pas dans ses yeux. Seul son père eut ce geste spontané d'affection de la serrer dans ses bras. L'envie de pleurer la prit, elle refoula les larmes amères. Elle ne montrerait pas qu'ils pouvaient encore la toucher. Louise sa nièce, neuf ans, l'embrassa poliement.

Elle prit la coupe de champagne que Paul lui tendit. Elle recula et sentit sous son talon une résistance en même temps que le cri de douleur. Elle se retourna en renversant la moitié de son verre par terre. L'homme parut surpris et lui sourit. Il était plutôt bel homme. 

- On se connaît. 

Elle était sûre du contraire et secoua ses mèches brunes et désordonnées en signe de dénégation. Paul intervint.

- Lucas, voici ma belle-soeur Solange. Solange, Lucas mon associé.

- Le monde est décidemment très petit. J'ai croisé ta belle-soeur sur la route. Une belle au volant, dormant.

Ainsi donc, il était l'homme au 5008. Son sourire l'agaça. Pourtant, elle ne voulut pas se faire remarquer par une réflexion sanglante dès son arrivée.

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