Rêve et Pestilence

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Au-delà de mes frontières, le vent se lève. Ces milles contrées que je m’apprête à traverser, j’en ai rêvé toute mon enfance. Je perçois déjà les lieux de mon arrivée, guidée par la mémoire de ma mère. Je garde le souvenir des épices en poudre, des herbes, de leur couleur, de leur odeur qu’elle me contait. Celui des champs cultivés sur des plateaux vertigineux, sur lesquels poussent des plantes dont je ne connais que le nom. Nous jouions ensemble aux explorateurs, aux marchands et aux cérémonies exotiques pour m’aider à mieux comprendre. Elle m’avait livré les meilleures armes possibles pour partir à la découverte de ces cultures. En restera-t-il des bribes ?

Au-delà de mes frontières, le vent se lève. Il ne parvient pas à passer au travers de mes cheveux attachés en un chignon serré. Les quais sont bondés et chaque « au revoir » résonne comme une promesse indécise. Tous les voyageurs sont contraints par la compagnie de monter sur ce navire, décoré des drapeaux de notre belle nation. Chacun porte un bagage qu’il s’apprête à alourdir. Notre unique espoir est de ne pas sombrer dans les profonds abîmes de notre voyage. Cet espoir, nous devons le défendre.

Au-delà de mes frontières, le vent se lève. Les odeurs qu’il porte ne sont en rien semblables à ses récits. De la poudre, il n’en reste que de la chair à canon. Des couleurs, une uniformité déprimante. Les ordres pleuvent et, sur les quais, courbent l’échine de ceux que je rêvais de connaître. La bourrasque a balayé les murs de mes croyances et, en elle, flottent la poisse et la misère. La froideur des armes que l’on nous a livrées pénètre mes gants et me glace le sang. Elles n’ont rien en commun avec celles qu’elle m’avait transmises. Je n’ose penser au moment où je devrai les utiliser lors de nos prochaines rencontres. Je n’avais pas d’autre choix que de me glisser dans cette campagne.

Car, parmi ce brouillard confus, j’espère pouvoir retrouver ma mère pour être, une ultime fois, à ses côtés.

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