Chapitre VI : Luc 23:34

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Je me retourne alors vers Elisa, et lui fait signe de ne pas m’attendre. Je m’approche du bureau et Mme.Maurice ferme la porte et me dit en s'asseyant sur le coin de son bureau.

— Bien, comme tu le sais la semaine dernière nous avons élu les délégués de classe, et tu as perdu face à Henri.

— Euh, oui, et ?

— Et bien je voulais savoir si cela a eu des conséquences le temps du week-end, ou plutôt des répercussions, morales ou physiques.

Je réfléchis le temps d’une seconde le temps de me demander si elle est vraiment en train de me question sur le fait que j’ai hypothétiquement menacé physiquement ou verbalement Henri ce week-end parce qu’il m’a battu aux élections.

— Vous me demandez si je l’ai menacé ?

— Je ne dirais pas ça comme ça, mais oui.

— Absolument pas ! Oui ça m’a embêté qu’il gagne, mais c’est pas pour ça que je vais aller le menacer ou autre !

— Oui je te crois, nul besoin de t'énerver, je te demandais juste par précaution étant donné que je vous ai vu vous parler de façon légèrement virulente vendredi, et qu’il est venu me voir juste après pour me dire qu’il ne souhaitait plus représenter la classe et te laisser la place.

— Il a fait ça ?

— Oui, mais si il n’y a pas de problème entre vous, c’est bien alors tu peux y aller.

Je la salue, et m’en vais. Alors que je marche vers la sortie j'aperçois Henri au coin du couloir comme si il m’attendait, dès que j’arrive à son niveau celui-ci m’interpelle d’une voix timide et me demande ce que voulais la professeure. Je lui explique rapidement, et lui demande au passage pourquoi il a renoncé alors qu’il a été élu. Henri m’explique alors qu’il se sentait mal au vu de ma réaction, et qu’il ne voulait vraiment pas qu’un “détail futile” casse la sorte d’amitié entre nous. Malgré la conversation avec mon père, le fait qu’il voit encore ça comme un “détail futile” alors que ça m’avait vraiment contrarié et qu’il pense que le simple fait de gommer les choses annule les conséquences, a fait monté en moins une colère progressive au fil de ses mots. Il finit ses excuses et face à mon mutisme et mon visage fermé, il reprend en me demandant si je vais bien. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase et je libère toute la colère réprimée en moi depuis quatre jours. Alors que ma voix se fait de plus en plus entendre, je vois une silhouette débarquer derrière Henri et se mettre entre nous. Je me rends compte que c’est Elisa qui me dit de me calmer et d’aller autre l’attendre en dehors du bâtiment le temps qu’elle parle un peu à Henri qui je dois le dire semble assez retourné par mon énervement soudain. Je m’exécute sans trop savoir pourquoi et sors du lycée pour aller m’asseoir sur un banc dans le parc en face de celui-ci. Après cinq à six minutes d’attente, je vois les deux sortir du lycée à leur tour et se saluer plutôt amicalement.

Elisa s’approche alors de moi et me dit :

— Je t’ai entendu alors que j’étais en bas quand même, tu as abusé cette fois tu ne trouve pas.

— Oh ça va ! C’est pas parce que le petit Henri à peur et pleure qu’il est innocent, y’a des nazis qui ont pleuré à Nuremberg aussi !

— Vas-y molo sur les comparaisons douteuses s’te plait. De plus, c’est plutôt toi qui est en tort je trouve, il fait ce qu’il peut pour réparer une erreur involontaire de sa part et tu le brûles sur la place publique. Et je te fait noter qu’il n’a pas pleurer, par contre toi, dit-elle en essayant la seule et unique larme ayant coulée le long de ma joue.

Face à son calme et ses arguments qui tiennent la route, je me calme doucement et continue :

— Ouais, t’as peut-être raison, il est pire que les nazis….

— MARIUS ! crie-t-elle en me tapant l’épaule.

— Oui, je rigole, nan sérieusement, tu as raison j’ai eu tort de s'énerver ainsi, mais je ne pardonne pas pour autant ses actes, même si j’ai parlé de tout ça avec mon père ce qui m’a permis de relativiser, tu sais ce que je dis : l’importance d’une action ne réside pas dans sa finalité…

— … mais dans son intention, bla bla bla, reprit-elle, c’est ce que tu ne comprends pas, il n’a jamais voulu te faire du mal, il voulait juste… s’amuser. J’ai parlé avec lui, il a vraiment l’air de regretter le fait d’avoir entaché à ce point votre relation, mais je ne peux te forcer à rien, c’est à toi de le pardonner.

Nous avons encore discuté quelques minutes avant de nous mettre en route et de parler d’autres choses. Au fond, je sais qu’elle a en parti raison, mais pas totalement, c’est pourquoi je ne compte pas rester en colère contre lui, mais ne pas être proche pour autant, après une soirée de réflexion c’est ce qui m’a paru être le mieux.

Mais au moins dans tout ça, j'ai récupéré mon poste de délégué et je vais pouvoir continuer ma "carrière" dans tous les conseils de ce foutu lycée. Même si je sais que ce n'est pas forcément important pour mes parents, du moins mon père, il faut dire que j'en dégage aussi une certaine fierté et qu'au repas de famille ça fait un point où Paul-Etienne n'est pas meilleur que moi.

Le lendemain, alors que je suis au foyer devant la machine à café, je sens quelque chose me tirer par le bas de la veste. Je me retourne intrigué et voit une fille aux cheveux blonds, la tête légèrement baissée et visiblement très gênée par la situation qu'elle vient de créer.

— Oui ? dis-je.

Elle hésita un instant et dit :

— Y'a mon amie qui voudrait ton instagram, ou ce que tu veux.

Je relève la tête et vois en effet environ cinq mètres plus loin un groupe de trois quatre filles regardant attentivement ce qu'il se passe.

— J'ai un myspace si tu veux.

Il releva la tête et me regarda d'un air dubitatif. Ce qui m'a permis de voir ses yeux bruns et la forme de son visage plutôt agréable.

— Je rigole repris-je, file ton téléphone je te le donne.

— Mais c'est pas pour moi, dit-elle en rougissant.

— Ah bon, j'aurais peut-être préféré, dis-je avec un grand sourire mais ne sachant si je n'ai pas poussé la chose trop loin.

Elle poussa un petit rire et me donna son téléphone. J'ai fait une demande de suivie sur mon instagram et elle est partie rejoindre ses copines qui pleine de discrétion ont poussé un cri de joie presque cliché.

Thibaut arriva alors vers moi et me demanda ce qu'il venait de se passer, ce à quoi j'ai répondu que je ne savais pas moi-même. Il est vrai qu'on ne m'a jamais réellement dragué, et que je n'ai jamais réellement dragué non plus, j'ai eu des attirances pour certaines de mes camarades mais je n'étais jamais passé à l'action. Et je ne sais d'où j'ai sorti une telle répartie. Une aisance orale sûrement acquise dans ces fameux conseils lycéens, mais certainement pas au club d'échecs. La journée passa agréablement, je n'ai vu Henri de la journée, enfin si mais pas dans mon espace vital. Une fois rentré chez moi et mes devoirs faits, je me suis installé sur mon lit et j'ai ouvert instagram pour voir la demande de suivie que j'ai moi même faite avec le téléphone de cette fille ce matin. J'accepte la demande et la petite voix dans ma tête s'exclama :

— À nous deux Madelaine.

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