Chapitre 7

10 minutes de lecture

Un doux air agréable remplaçait le froid d'habitude glacial de l'hiver. Mia aimait ce genre de climat, elle aimait le froid et le vent qui caressaient ses joues rosies par la brise. En temps normal elle aurait été heureuse et satisfaite, si ce n'est pour la mission que lui avait donnée son frère.

« Je sais pas, Pietro... » dit-elle la voix tremblante, « Je sais pas si c'est une bonne idée. Je sais pas comment faire et puis toi tu viens de sortir de prison et...

- Et quoi ? Je croyais que t'étais partante, ça sert à rien d'avoir peur maintenant. »

La détermination de Pietro faisait peur à Mia ; comme si elle venait de se rendre compte que Pietro n'avait rien fait à par la manipuler pour être sûr de ne rien risquer.

Mia commença à avoir des petites larmes lui monter à ses yeux embués. Elle se frotta le visage de ses gants mouillés et se leva de leur cachette tremblante de froid et de peur. Elle n'était pas encore debout que Pietro lui attrapa fermement le bras et tira dessus pour qu'elle s'assoit. Surprise, Mia manque de glisser et de tomber par terre mais il réussit à retrouver un équilibre à temps.

« Bon, écoute. Je comprends que t'ai peur mais il ne va rien se passer. T'es une petite toute malingre, s'il y a des policiers ils te remarqueront pas. Crois-moi.

- Oui mais... Pietro... »

Maintenant elle pleurait pour de bon. Elle hoqueta en s'essuyant maladroitement les yeux de ses moufles totalement mouillés. Le regard de Pietro changea en la voyant, mais pas des regards qu'un grand frère lance pour réconforter sa petite sœur ; plutôt un regard méprisant, presque méchant même. Mia n'osa pas le regarder, la tête cachée par sa grosse écharpe. Elle le sentit lui attraper fermement les épaules et il la secoua assez violemment. Mia poussa un petit bruit d'animal effrayé et elle cria avec une voix cassée

« Arrêtez Pietro, tu me fais mal ! »

Elle aperçu ses yeux mesquins pleine de méchanceté ; il continua de la tenir ainsi avant de la lâcher d'un coup, comme s'il se rendait soudainement compte de ce qu'il faisait. Il arbora un faux sourire amical, mais il ne trompait guère Mia. Il prit sa respiration et souffla d'un coup, comme s'il essayait de se calmer. Avec une voix reposée, il dit :

« Désolé, désolé. Écoute-moi. » il la prit par ses épaules, cette fois doucement. Il s'agenouilla pour arriver à sa hauteur et lui dit : « Tu ne risques rien. S'il y a des flics – et il n'y en aura pas – jamais ils te soupçonneront. Parce que tu comprends ce qu'ils voient ? Ils voient une petite fille malingre qui ne fait que se promener, sans but. Est-ce que tu m'entends bien ? »

Mia acquiesça, le nez coulant et gelé par le froid mordant. Alors qu'elle reprenait lentement ses esprits elle aperçu un groupe de deux personnes marchant lentement en regardant autour d'eux, comme s'ils cherchaient quelque chose. Mia sursauta en les voyant s'approcher de plus en plus. Elle eut de nouveau des sueurs froides et plus ils approchaient plus elle avait peur. Elle se tourna vers Pietro et demanda d'une voix faiblarde :

« Je... c'est eux ? Je crois que c'est eux. C'est eux alors ?

- Sûremet, va les voir. »

Pietro bouscula ferment Mia, l'obligeant à sortir de leur cachette pour aller rencontrer ces gens. Il lui donna leur petit sachet de « marchandise » que Mia tenait de ses mains moites et fébriles. Plus elle approchait et plus elle transpirait. Elle était morte de trouille mais elle faisait sonner les paroles de Pietro dans ses oreilles pour se rassurer elle-même.

« Pas de police... juste quelque secondes... pas attrapée... »

Elle allait lentement à leur rencontre et elle tenta de repousser la transaction le plus tard possible en marchant le plus lentement possible. Elle s'arrêta au milieu de la route, hagarde. Elle se tourna une dernière fois vers son frère et lui lança un appel au secours avec ses yeux embués. Pietro lui fit signe d'avancer en bougeant nerveusement les mains. Il commençait à en avoir marre. Mia déglutit et prit enfin son courage à deux mains. Elle n'allait pas se laisser faire par des futiles angoisses. Elle marcha avec plus d'aisance et arriva jusqu'aux gens.

« Salut » dit-elle, ne sachant pas vraiment comment se saluer dans ces circonstances.

La femme la regarda, son regard surprit caché sous ses lunettes. Elle ne dit rien alors Mia sortit le sachet de son manteau et l'agita devant ses yeux.

« Pour la livraison. »

La femme commença à froncer des sourcils, comme si Mia avait fait quelque chose de mal. Elle ouvrit d'abord la bouche timidement jusqu'à crier d'une voix forte, manifestement vers son compagnon. « Liebe ! » cria-t-elle

Mia sursauta par ces paroles soudaines. L'homme vint vers sa femme, ne comprenant pas ce qu'il venait de se passer. La femme lui parla d'un allemand que Mia ne comprenait absolument pas. Alors qu'elle avait réussi à se calmer voilà qu'elle sentait une crise d'angoisse monter à nouveau.

Le regard de l'homme se transforma en un regard méchant plutôt qu'un regard hésitant. Avec un fort accent, il s'adressa à Mia.

« Qu'est-ce que tu veux de ma femme ? Qu'est-ce qu'il y a dans ce sachet ?

- Je, euh... je... »

Mia prit la fuite directement. L'homme était un grand gaillard musclé avec un air grave qui faisait encore plus peur que Pietro. Elle se jeta dans le buisson où attendait son frère. Il souleva un sourcil et dit d'une voix perplexe :

« Alors ? C'est bon ? Ils t'ont payée ?

- Non, on s'est trompés. C'est des touristes. Allemands. »

Pietro souffla d'un air agacé. Mia s'attendait à ce qu'il l'engueule mais il ne dit rien malgré ses yeux énervés. Mia se croyait sauvée lorsqu'une voiture noire s'approcha de leur planque. Mia flippa totalement et bondit sur ses pieds.

« C'est les flics ! C'est la police ! Oh non, mon Dieu, oh... »

Pietro lui assena une petite claque derrière la tête pour ne pas alarmer les gens autour. Il lui boucha la bouge de sa main alors que Mia commençait à se débattre de son étreinte.

« Chut, chut... c'est pas la police. » Pietro lâcha enfin sa sœur pour regarder la voiture de plus près. « Oh, c'est eux, c'est sûr ! Allez tu sais ce que tu dois faire. »

Mia pensait qu'elle s'était remise de ses esprits mais une bouffée d'angoisse la reprit encore plus fort.

« Je peux pas... j'ai pas envie de le faire. »

Pietro lui assena une tape sur la joue. En fureur, il lui dit :

« Tu veux arrêter ? » Mia hocha du chef « On se fait 600 dollars, 600 dollars pour une transaction qui dure deux secondes. Alors ressaisi-toi sinon je t'en voudrai toute ma vie de m'avoir fait rater une occasion pareille. »

Pietro poussa Mia hors de leur cachette. Elle s'avança doucement en faisant attention à ce qui l'entourait. Elle sentait comme tous les yeux rivés sur elle, comme s'ils savaient tous et qu'ils la jugeaient méchamment. Elle voulait faire ça vite ; aller vers le camion, donner la drogue, prendre l'argent et profiter de ses profits. Elle prit une grande inspiration et marcha d'un air faussement serein.

Mia arriva au niveau de la fenêtre de la voiture. L'homme au volant baissa la vitre. Mia ne savait pas à quoi s'attendre mais elle avait imaginé un homme aux traits durs et méchants. Seulement, il avait l'air d'un garçon à peine sorti de l'adolescence. Mais même malgré ça, il lui foutait la trouille. De plus, l'obscurité du ciel lui donnait un vague air menaçant. Et puis, s'il prenait la came et qu'il tuait Mia pour garder l'argent ? Elle ne pouvait pas s'empêcher de trembler de stress et de peur à l'idée de ce qui pourrait lui arriver.

L'homme la regarda de haut en bas et dit en esquissant un sourire carnassier :

« Est-ce que tu as ce dont j'ai besoin ?

- Euh, oui, bien sûr... »

Mia sortit d'une main tremblante le sachet de sa poche. Elle regarda d'abord autour d'elle pour être sûre que personne ne la voyait. Impatient, l'homme sortit son bras de la vitre et fit signe à Mia de lui donner le paquet. L'homme le saisit, l'ouvrit et le sentit avant de lever sa tête vers Mia. Il lui sourit à nouveau d'une bouche qui effraya la jeune fille. Il sortit une enveloppe de son manteau et la donna à Mia.

« Merci, toujours un plaisir de travailler avec de bons hommes d'affaires. »

Il lui envoya un baiser de loin avant de redémarrer la voiture et partir.

Mia pouvait enfin respirer ; elle avait l'impression que cela avait duré des heures alors qu'en vérité il s'était à peine passer une minute. Elle était contente que tout ça soit terminé ; maintenant elle pouvait reprendre sa vie normalement. Enfin... s'il se faisait pas attraper, bien sûr. Mais Pietro lui a bien dit que jamais ils ne l'arrêteraient, pas vrai ?

D'un air soulagé elle retourna dans le buisson. Pietro avait de grands yeux et lui demanda directement :

« Alors ? C'est bon ?

- Oui, c'est bon... »

Mia montre l'enveloppe à Pietro qui la prit d'un geste brusque. Il l'ouvrit d'un mouvement précipité comme si sa vie en dépendait. Il tint les billets de ses grandes mains ; il les inspecta d'un œil minutieux et les renifla même. Mia ne comprenait pas pourquoi c'était si important et elle trouvait son frère ridicule de se comporter de la sorte face à de l'argent.

« Ah, ça c'est ma petite sœur ! Tu vois c'était pas compliqué. » Pietro attrapa Mia d'un bras et lui ébouriffa les cheveux de son poing fermé. Il renifla les billets comme s'ils avaient une douce odeur de parfum « Je suis si fier de toi, petite sœur. Allez, et comme t'as été très brave je te donne un petit extra ! »

Pietro sortit vingt dollars de l'enveloppe et rajouta cinq dollars. Mia les prit sans vraiment d'entrain ; elle pensait qu'elle aurait été plus contente mais finalement ça ne lui faisait ni chaud ni froid, mais elle se défendit tout de même.

« Eh c'est pas équitable ! C'est moi qui ai prit les risques. »

Le regard de Pietro s'assombrit aussi tôt. Du noir était revenu dans ses yeux et il répondit sèchement :

« Ecoute, je gagne plus parce que c'est moi le cerveau de l'opération. »

Son ton sec lui faisait de nouveau peur et elle plongea son nez dans sa grande écharpe. Elle avait l'impression que la prison l'avait rendu encore plus mauvais et méchant.

« Bon, j'ai des choses à faire. Rentre à la maison toi. »

Mia n'avait aucune envie de rentrer immédiatement ; pour une fois qu'elle avait de l'argent elle pouvait en profiter pour s'acheter quelque chose légalement. Elle enfonça ses mains froides dans les poches trouées de son manteau. Le centre ville n'était qu'à quelques minutes à pied.

Elle aimait toujours sortir dans le centre ville quand la nuit commençait à tomber. Elle aimait le vent frais qui embrassait doucement ses joues, elle aimait les quelques petits flocons qui venaient se poser timidement sur son visage.

Après quelques temps à vagabonder sans but, Mia aperçut du coin de l'œil une boulangerie. Elle adorait les gâteaux mais elle ne pouvait que rarement en manger. Maintenant, avec le peu d'argent que Pietro lui avait donné, elle pouvait enfin en déguster. Elle entra d'un air sûr, analysa toutes les pâtisseries et les pains en vitrine avant d'opter pour une simple brioche. Elle donna la monnaie avec fierté ; pour une fois qu'elle n'avait pas à voler.

Il n'était pas si tard mais l'hiver faisait que l'obscurité engouffrait tôt le ciel. Sans vraiment savoir pourquoi, la soudaine image d'Aïsha assagit les pensées de Mia. Elles ne s'étaient pas revues depuis le bar et Aïsha commençait à lui manquer. Elle regarda l'heure sur une grande horloge extérieure. Il commençait à faire tard. Si elle voulait la voir avant la fermeture de son magasin elle devait se dépêcher.

Mia courut presque jusqu'à la boutique, le souffle froid. Elle finit par y arriver ; elle voyait Aïsha prête à fermer les stores.

« Hé ! »

Aïsha leva la tête, surprise.

« Ah, Mia. » répondit Aïsha sans grande conviction. « C'est toi. »

Mia rentra sans demander la permission et sortit ses billets de sa poche.

« Mon père m'a donnée 20 dollars, tu veux aller au cinéma avec moi ? Y a un nouveau film Le parrain, ça peut être chouette, non ? »

Aïsha regarda en l'air, comme si elle était en train de réfléchir. Elle semblait surtout essayer d'éviter le regard de Mia. Elle marqua un blanc avant de répondre d'une voix monotone :

« Je peux pas, je vais traîner avec Emily.

- Emily Dixon ? La fille la plus chiante de tout New-York ? Elle sait même pas aligner trois mots. Où tu l'as vue de toute façon ?

- Elle vient ici parfois. Tout le monde est méchant avec elle et c'est quelque chose que je supporte pas. Du coup je veux devenir son amie. »

Mia la regarda d'un air bête, sans savoir quoi répondre. Elle ne s'attendait pas à ça, elle était profondément vexée et elle se sentit trahie.

« Bon, bah... un autre jour, hein ?

- Je sais pas. Je suis occupée. Je dois fermer boutique maintenant.

- Ah... »

Mia sortit de la boutique, suivie d'Aïsha. Elle la regarda fermer le store et ajuster son manteau. Elle partit finalement en esquissant un sourire forcé à Mia. Cette dernière ne comprenait pas cette soudaine distance et c'est dépitée et déprimée qu'elle resserra son écharpe autour de son cou et partit de son côté.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire QueenDichi ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0