Dans cinq ans..........

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Dans cinq ans je partirai. Je retournerai vers les couleurs, la mer, mon passé, mes origines. J’ai pris la décision le cœur gros, mais avec l’espoir d’être enfin en paix avec moi-même et mettre un terme à une vie qui ne correspond en rien à ce que l’on attend de moi ; une femme mariée, mère de famille, jeune grand-mère, fille, tante, belle-fille, disponible pour les autres, honnête et franche. Personne ne doute de mon intégrité, sauf moi.

Le carcan qui m’enserre depuis des années me pousse toujours et sans fin, à continuer, avec courage et sans grand espoir. Les sentiments trop forts sont souvent néfastes, ils obligent à s’oublier soi-même. La vision de la vie ne repose plus alors que sur un seul but, cet amour inaccessible. Je me réfugie dans le bonheur de mes proches, des enfants, de la musique, des amitiés, même mon chien me semble un pilier plus solide sur lequel m’appuyer, lorsque tout s’écroule au fond moi. Mais rien n’y fait.

Aimer, sans espoir, par crainte de faire du mal à mon entourage et des dictats de la société. Mon cerveau se fixe uniquement sur cette cassure, plus elle fait mal, plus je m’y attache. Ce sentiment si fort peut-être cependant si fragile. Une rencontre, un voyage, un projet, de nouveaux amis et tout peut se renverser. J’ai attendu longtemps qu’un petit rouage se casse dans ma tête, j’ai prié pour que l’inattendu se produise, que je m’éloigne, que l’indifférence pointe son nez, qu’il ne soit plus rien, un point à l’horizon de mon cœur, juste un homme comme tant d’autres.

Et cette attente, toujours, pour le voir, le sentir, le frôler, elle emplit mon temps, me laisse dans le flou, plus rien ne compte, le temps passe, les secondes continuent de s’écouler, les minutes sont englouties dans ce vide, cet espace du temps qui ne compte pas, qui est tourné totalement vers une seule personne. Lui, ne s’en rend pas compte, il vit chaque instant conformément à ses décisions, pour ne pas se poser de question et ne pas se créer de problèmes. Ou alors, peut-être se cache-t-il derrière cet air sévère ?

Je maudis ce sentiment supérieur à ma clarté d’esprit, à mon intelligence, cette perception de moi qui ne m’aime pas. Ils me montrent que je suis faible, que j’ai raté un destin plus envieux et puis je me dis qu’une force spirituelle a choisi pour moi. Je suis guidée par un ange gardien obtus, qui ne veut pas que je sois heureuse.

Je voudrais connaitre cet ange, qui m’interdit d’oublier, de rejeter cette sensation encombrante. Pour quelle raison dois-je supporter cet état de rejet perpétuel, m’effacer derrière des chimères, des apparences, mentir, ne pas choisir les moments tant désirés, rester invisible, être la proie des commérages et des jalousies. Car il faut bien le dire, lorsque deux êtres s’attirent, même s’ils ne le savent pas encore eux-mêmes, les autres sentent le fluide intense qui passe de l’un à l’autre, en dépit de tout et sans aucune preuve. C’est interdit. La femme, aux yeux de la société primaire en est la responsable. Un homme n’est que désir physique, il n’y peut rien, la femme est dangereuse, elle intellectualise, elle planifie, se met en valeur, tourne autour de sa victime comme une mante religieuse, pour le bouffer tout cru. Rumeurs, mensonges, agressivité désignent déjà le procès qui se met en route. L’amour n’est pas cartésien, il n’est pas unique, il choisit ses victimes et les poussent l’une vers l’autre par le désir indifférent à toute sorte de loi dictée par la société.

Son ange gardien n’est pas copain avec le mien, il ne veut pas que son protégé fasse un faux pas, qu’il prenne des risques pour un petit moment où le temps aura une réelle signification. Une parenthèse qui devient l’essentiel, car nous sommes faits comme ça, l’amour est le seul lien positif entre les Hommes, l’humanité est si vile.

Je ne culpabilise pas, car lorsque nous nous permettons un petit moment en symbiose, je me sens en accord avec les miens, je suis heureuse et je leur donne toute ma joie de vivre. Je ne peux pas me contenter d’un seul amour, mon cœur est trop grand et peut en contenir plusieurs, sans limites. Malheureusement, ce sont de minuscules instants qui prennent en otage ma vie entière, sans espoir.

Pendant ces dernières années, nous pourrions vivre encore d’innombrables petits moments de douceur, si son ange gardien conventionnel pouvait regarder ailleurs !

Dans cinq ans, je partirai. Je retournerai vers mes racines, loin des brumes du lac, mais je ne pourrai jamais l’oublier.

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