Où je l’ai perdue à jamais…

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C’est le bruit des gens qui quittent leur place qui me réveille, j’ouvre les yeux, enfile rapidement mes chaussures, et descend du bus. Je récupère mes affaires dans la soute, et m’installe sur un banc dans le froid sec et mordant de cette fin d’année, même couvert je tremble de froid. Nous avons rendez-vous à la gare routière et devons rejoindre des amis à elle pour préparer le réveillon, je profite donc de ces quelques minutes à attendre pour relire notre morceau, essayer de corriger les quelques erreurs qui s’y trouvent, trouver de nouvelles paroles à ajouter au texte déjà écrit.

Cela fait maintenant plus de vingt minutes que je l’attends mais pas de nouvelles, elle ne répond pas à mes appels et le froid commence à se faire vraiment sentir, je lui envoie un texto, lui disant que je file vers chez son père, qu’elle n’a qu’à me rejoindre là-bas mais qu’elle m’appelle rapidement.
Je suis empli d’inquiétude, ça ne lui ressemble pas de ne pas répondre, de ne pas me donner de nouvelles, j’ai un mauvais pressentiment, mais essaye de me résonner tant bien que mal, me disant qu’elle a eu un léger contretemps, qu’elle est en route et qu’on se retrouvera sur le chemin…

Mon inquiétude continue à grandir malgré mes efforts pour me rassurer, son père habite de l’autre côté de la ville mais je connais l’itinéraire qu’elle préfère pour s’y rendre, je l’emprunte donc dévisageant tous les gens que je croise pour être sûr de ne pas la rater si elle vines passer devant moi. Certains me répondent par un sourire, voire même un bonjour timide, d’autres font mine de ne pas me voir et je file à travers les rues, glacé par cet hiver qui commence vraiment à s’affirmer en tant que tel.

Je ne quitte pas mon téléphone et commence vraiment à être anxieux de l’absence de réponse de sa part. Je suis maintenant persuadé qu’il lui est arrivé quelque chose de grave. Comme un mauvais pressentiment qui grandit au fur et à mesure que je me rapproche de…

Et c’est au bord de ce grand boulevard que je l’ai enfin retrouvée…
Pas comme je l’aurais souhaité…
Comme personne ne souhaite retrouver l’amour de sa vie…
Comme aucun d’entre nous ne souhaiterait retrouver une simple connaissance…

Lorsque je passe l’angle de cette rue et du boulevard, il y règne une agitation hors du commun, mais le silence ne laisse présager rien de bon. Je n’ai pas encore vu l’ambulance, cherchant trop à comprendre ce qu’il se passe même si au fond de moi…

‘Oui je l’ai compris immédiatement, à l’instant même où j’ai passé l’angle de ce maudit boulevard. J’ai compris qu’un drame venait de se produire, que quelque chose était parti en c**ille.’

Et lorsque je m’approche, lentement, au ralenti, déjà choqué alors que je ne sais même pas ce qui se passe vraiment à quelques mètres de moi, je comprends en voyant les regards atterrés des témoins de la scène que c’est grave.
Pris d’un énorme doute, je repousse les gens, pour essayer de voir, essayer de comprendre.

Et je tombe subitement à genoux à côté du corps d’une jeune fille, ses cheveux noirs éparpillés autour de son visage de profil, les yeux clos, le visage tuméfié, du sang, elle ne bouge plus, ne respire plus. Les pompiers ont déjà commencé leur travail, mais je me dis au fond de moi que c’est trop tard, un des hommes du feu continue un massage cardiaque, un autre s’approche de moi, pose une main sur mon épaule pour tenter de m’écarter, mais je ne bouge pas je tourne la tête vers lui et mon regard en dit long, il n’insiste pas.

Les larmes se mettent à couler sans que je ne m’en rende compte, je l’ai reconnue au premier coup d’œil.
Je sais qu’il est trop tard…
Mon corps tremble…
Et j’hurle son nom…
Encore et encore…

Je ne veux pas y croire…
Je ne peux pas y croire…
Pas elle…
Pas maintenant…

Je suis au bord de m’évanouir lorsque quatre bras s’emparent de mon corps et m'entraînent à l’écart du drame, je ne résiste pas, comprenant que je ne ferais rien de plus…
J’entends soudain une voix qui crie « ça repart !!! » et je me sens à peine soulagé…
Ils m’ont entraîné à l’arrière de l’ambulance et me proposent de m’allonger, mais je ne peux pas, je m’assois sur la marche devant la porte, surveillant les faits et gestes des sauveteurs auprès du corps désarticulé qui jonche le sol du trottoir.

La suite des évènements reste floue pour moi, je me souviens du médecin qui m’a posé quelques questions sur elle, des gendarmes qui ont souhaité avoir un numéro de téléphone pour prévenir la famille, du trajet en ambulance jusqu’à l’hôpital, des longues heures à attendre là bas, à quémander de bonnes nouvelles auprès du personnel soignant qui préfère rester silencieux.

Le retour à la réalité a lieu plus de quatre heures après l’accident, lorsque le médecin nous informe de la nécessité d’un transport vers un centre hospitalier mieux équipé.
Départ en voiture avec sa mère vers l’etablissement choisi, nouvelles heures d’attente sans savoir quelles sont exactement ses blessures, quel est son état de santé…
Je déteste les hôpitaux, mais alors s’il y a bien un service ou je ne souhaite jamais remettre les pieds c’est bien celui des soins intensifs.
Je m’endors quelques heures, blotti dans les bras de sa meilleure amie Thaïs qui nous a rejoint, et le lendemain vers quinze heures nous pouvons la voir quelques minutes, d’abord sa mère, puis sa meilleure amie et enfin moi.
Lorsque j’entre dans la chambre, je ne la reconnais pas au premier coup d’œil, son visage est tuméfié, gonflé, un énorme bandage entoure le reste de sa tête, maintenue par une énorme minerve. Des tuyaux entrent et sortent de son corps, reliés à plusieurs appareils, le bruit est assourdissant.
La voir dans cet état me choque au plus profond de mon être, elle si joyeuse, si souriante, si belle, semble si triste. Les larmes montent et je ne peux les retenir, je m’approche lentement d’elle, tire une chaise et m’installe à ses côtés.

« - Ma belle, je ne sais toujours pas ce qui s’est passé mais je te promets que tout va rentrer dans l’ordre, bientôt tout ira mieux, et je te retrouverai comme avant, alors je t’en prie, ne lâche pas, ne me lâche pas, ce serait trop dur pour m’en remettre. Je t’aime plus que tout, je ne supporterais pas de te perdre, Tu as changé tellement de chose en moi depuis qu’on s’est rencontré, tu m’as rendu meilleur, et tellement heureux…
Je t’aime Cécilia et jamais je ne cesserai de t’aimer alors je t’en supplie, bats-toi, pour moi, pour ta famille, pour tes amis…
Pour nous deux… »

Je me rends compte de la situation dramatique que je vis à ce moment-là, que rien ne sera jamais plus pareil, même si elle se réveille, mais je ne veux pas y penser, j’essaye juste de me persuader que tout va aller mieux d’ici quelques temps, qu’elle va ouvrir les yeux dans quelques jours, et que nous allons pouvoir nous retrouver et poursuivre notre vie à deux.
Je me lève à contre cœur, caresse son visage et l’embrasse, une dernière fois…

C’est au moment où mes lèvres quittent les siennes que tout se met en branle, les appareils hurlent, maintenant, et j’entends les infirmières entrer en trombe dans la chambre, on m’attrape une nouvelle fois par les épaules, et en moins d’une seconde je me retrouve dans le couloir, avec sa mère et Thaïs apeurées. D'autres personnes arrivent en courant, entrent dans la chambre, avec un affolement et un empressement qui ne laissent rien présager de bon.

Au bout de quelques minutes qui m’ont paru des heures, un médecin sort de la chambre et à sa mine je comprends immédiatement que tout est fini… Que nous ne nous retrouverons plus jamais… Que ses lèvres ne frôleront plus les miennes… Que mon corps ne réchauffera plus jamais le sien…
La sentence tombe comme la lame d’une guillotine, elle nous a quittés pour rejoindre le monde des anges…

Et bizarrement je ne ressens rien, pas de tristesse, pas de peine, pas de douleur, juste un énorme vide en moi, les deux femmes tombent dans mes bras, et je ne peux que les serrer contre moi, ne trouvant pas de mots pour les réconforter…

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