Chapitre 10 - Epilogue

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30 Juin 2020, Metz, dix jours plus tard

Nous occupons l'appartement de ma mère depuis près d'une semaine. Après un séjour de trois jours à l’hôpital de Thionville, elle a bien récupéré et enfin pu sortir. Je ne me voyais pas la laisser seule et j'ai donc décidé de rester quelques temps à Metz. Mais mon responsable de rayon m’a appelé plusieurs fois pour savoir si je comptais reprendre un jour mon travail. Cela fait bientôt un mois que je n'ai pas mis les pieds dans mon magasin, au lieu des deux semaines initialement prévues pour l'enterrement. Il s'est tout de même montré compréhensif lorsque que j'ai fait mention de l'enlèvement de ma mère, m'autorisant finalement à prendre "le temps qu'il faut". Mais comment évaluer ce fameux "temps qu'il faut" après avoir vécu des choses pareilles. Des artefacts surnaturels, des meurtres, et des voyages impromptus qui ont bousculé mon quotidien, m'ont fait rencontrer une fille formidable et changé à jamais l'image que j'avais de mon père. J'ai passé quelques nuits à feuilleter son journal. Ca m'a fait du bien, j'avais l'impression qu'une part de lui était avec moi. J'ai passé le reste de mon temps avec ma mère et surtout Helena, entre câlins et tentatives de réconfort mutuel. Nous n'avons pas encore... Enfin vous comprenez, quoi. La situation ne s'y prêtait pas.

Depuis son retour, ma mère est hyperactive. Comme si elle essayait, en s’agitant sans cesse, d'éviter de trop réfléchir. Elle a déjà dû faire trois fois le ménage, passe son temps à nous préparer à manger et parle sans interruption. Helena aime beaucoup ma mère. Céline lui a raconté quelques anecdotes à propos de sa mère Marina. J'ai l'impression que cela facilite un peu son deuil et la distrait de ses pulsions de vengeance contre Frédéric. Elle continue cependant à se réveiller plusieurs fois par nuit en hurlant. Il m'est difficile d'imaginer ce qu'elle a vécu, et je me contente donc de la rassurer autant que possible. Malgré mon apparent stoïcisme, la vision du corps de Dimitri revient parfois me hanter aussi.

En parlant de Frédéric, je reçois justement aujourd'hui un appel masqué.

  • Salut Jean, comment ça se passe de votre côté ? Comment va ta mère ?
  • Encore un peu déboussolée, mais elle va bien mieux.
  • Bon, ça me rassure un peu. Est-ce que je peux te parler en privé, là ? Tu es seul ?
  • Oui. Enfin je veux dire, je suis isolé dans une pièce, quoi.
  • J'ai pas mal réfléchi cette semaine, et j'ai besoin de toi pour régler quelque chose.
  • D'accord, dis-moi comment je peux t'aider.

Cet homme m'a quand même sauvé la vie, la moindre des choses c'est de répondre présent quand il demande mon aide. Sans m'avoir vraiment expliqué pourquoi, il me donne rendez-vous le lendemain à l'adresse où était détenue ma mère. Il me demande simplement d'amener les cinq sceaux que je détiens encore. Après toutes nos histoires, je les ai bouclés dans une boîte à chaussure que j'ai planquée hors de notre vue. J'avais besoin d'un retour à la normale. C'était trop pour moi en si peu de temps. Helena n'en a pas fait mention non plus jusqu'ici, je crois que ces maudits objets ne lui manquent pas, et ne lui laisseront pas de bons souvenirs. Je vais donc chercher le carton en préparation de demain.

***

1er Juillet 2020, Metz

Je parque la vieille voiture de la famille non loin de l'adresse convenue, Impasse de Linières. J'ai du mal à me dire que c'est ici que la police a retrouvé ma mère. Il n'y a pas grand chose dans les environs. Quelques maisons de campagne coincées entre un golf et un petit canal, et de longs chemins peu éclairés. Le bâtiment du rendez-vous est une espèce d'entrepôt tout ce qu'il y a de plus banal. Puis j'aperçois Frédéric qui se fait déposer par un taxi  devant le portail. Il a l'air aussi grave que content de me voir, me tend ses bras et m'enserre dans une brusque accolade complètement inattendue, presque gênante.

  • Merci d'être venu, me dit-il.
  • C'est normal ! Je te dois bien ça.
  • Cet endroit ne te dit rien, mais c'est ici que tout à commencé. Thomas ne manquait pas d'ironie en séquestrant ta mère ici.
  • C'est à dire ?
  • C'est ici que nous avons passé le pacte.
  • Quoi ? Dans cet entrepôt lugubre ?
  • Il y avait une petite maison abandonnée avant. Nous y avons passé de bons moments. Elle a été rasée depuis, et remplacée par ce bâtiment.

Il me tend une enveloppe matelassée, assez volumineuse et lourde. Elle a l'air pleine de papiers. De plus en plus intrigant.

  • Tu pourras l'ouvrir quand nous aurons fini. Mais pas avant. Viens avec moi, j'ai quelque chose à te montrer.

Je fourre l’enveloppe dans la boîte à gants, et le suis dans le bâtiment presque vide, avec la boîte à chaussures sous le bras. Les mouvements de mes pas font tinter la chaîne du Siegel contre la flasque, je me prends à repenser à tout ce que ces objets nous ont fait vivre. Sous le soleil de Juillet, il fait une chaleur moite pas très plaisante dans l'entrepôt. Frédéric consulte nerveusement sa montre depuis son arrivée, il semble attendre quelqu'un. Dans son autre main, il tient ce que j'identifie comme le grimoire des sceaux, le livre dont Polyphème avait volé les pages photocopiées à Francesca. Le sinistre ouvrage à l'origine de tout.

  • Laisse-moi parler, et surtout quoi qu'il arrive, ne montre pas que tu as peur.

Là, je suis franchement intrigué. Nous nous postons plus ou moins au milieu de l'espace dégagé de l'entrepôt. Une porte claque sur la façade opposée à celle par laquelle nous sommes entrés. Quelqu'un est entré, des pas se raprochent.

  • Frédéric, mon cher Frédéric ! Voilà, une éternité qu'on ne s'est pas vus !

L'homme qui vient d'entrer est difficilement descriptible. Il porte un costume blanc immaculé très près du corps, et arbore un faciès qui me rappelle Jafar dans Aladdin. Je ne peux pas m'empêcher d'esquisser un sourire face à l'apparence complètement décalée, presque ridicule, du personnage. L'inconnu perçoit immédiatement mon rictus moqueur.

  • Qu'y a t-il, Jean? Cette apparence te met mal à l'aise ? Je peux changer ça si tu veux !

Comment connaît-il mon nom ? Je n'ai pas le temps de m'attarder sur cette question. Il se dissout dans un nuage opaque qui se reforme peu après, exactement là où il se tenait. Mais c’est la vieille alcoolique qui nous a accueillis en Russie qui se tient maintenant devant nous. Quelques secondes plus tard, il se transforme à nouveau et prend l’apparence du gérant de l'auberge de Corrèze. Il enchaîne avec l'aspect du mari de Francesca, puis prend l'apparence de ma mère. Cette petite valse des visages m'a perturbé plus que de raison.  

  • Alors, que préférez-vous ? demande-t-il en revenant au gigolo à costume blanc.
  • Arrêtez-ça ! lui crie-je.

Il se tourne vers Frédéric.

  • Je me suis bien amusé avec vous. Et je dois dire que vous vous êtes surpassés. Une seule mort naturelle sur six, très beau score. Vos performances ont été impressionnantes ! Surtout toi Frédéric. Combien de meurtres ? Deux cent soixante trois ? Non ! Deux cent soixante quatre en comptant Thomas. Je suis épaté ! Même avec le sceau de rage, tu as surpassé mes espérances.
  • Vous nous avez menti ! Absolument rien de tout ce que vous avez dit n'était vrai ! s'insurge le tueur à gages. Ces sceaux devaient nous apporter le bonheur, ils n'ont fait que détruire nos vies.
  • A quel mensonge fais-tu référence ? Je ne me souviens pas avoir parlé de bonheur, seulement de vous donner ce que vous désiriez au plus profond de vous. Et dans son étroitesse, l'esprit humain confond souvent les deux.
  • Vous nous avez menacés de mort si nous parlions des sceaux, ou si nous les perdions ! Ramassis de connerie, encore ! continue Frédéric avec un geste de mépris vers l'inconnu.
  • Disons une légère exagération de la vérité ! Regarde autour de toi, qu'est-il advenu de ceux qui ont parlé des sceaux ou s'en sont séparés ? répond-il avec un étonnement feint.
  • Tu n'es qu'une pourriture ! crie Frédéric en dégainant Faucheuse.

Il fait feu par trois fois sur l'homme, l'entité, ou peu importe de quoi il s'agit. Les projectiles semblent le traverser sans résistance. Il soupire d'un air satisfait.

  • Crois-tu vraiment qu'un objet comme celui là peut m'atteindre ? C'est moi qui ai créé les sceaux, il serait mal avisé de causer ma propre perte.

L'odieux personnage se tourne vers moi.

  • Quant à toi jeune Mercier, cinq sceaux ! J'ose à peine imaginer comme ce doit être grisant ! Tout ce pouvoir entre tes mains ! Je regrette simplement que tu ne les aies pas reçus dans les règles. Nous pouvons toujours passer un petit marché entre nous si tu veux, sussure-t-il en s'approchant à quelques centimètres de mon visage.

Un phénomène étrange se produit. Plus il se rapproche de moi, plus les sceaux se mettent à vibrer dans le carton. Un peu à la façon d'un portable, mais plus faiblement. Il me fixe de si près que je commence à loucher. Je suis extrêmement mal à l'aise. Son regard est un mélange de vice et de perfidie à l'état pur. Je recule d'un pas, mon coeur tape dans ma poitrine. J'essaie de ne pas le montrer, mais je suis terrorisé.

  • Je vous propose plutôt de reprendre toute votre camelote, et de remplir votre part du marché, crie Frédéric en rengainant son arme.

Avec une légèreté et une souplesse quasi surnaturelle, il se poste face au porteur de Faucheuse. Son expression change instantanément.

  • Et qui crois-tu être pour pouvoir me dire ce que je dois faire ? répond-t-il sur un ton qui me glace le sang.

Frédéric brandit le grimoire des sceaux.

  • Terme soixante-six du pacte, Monsieur B., je viens réclamer ma part du marché. Et vous devez écouter mes conditions.

Je sens une tension brûlante envahir l'entrepôt. Une étrange pression pèse sur mes épaules. L'inconnu planté face à Frédéric me paraît grandir imperceptiblement, leurs fronts sont prêts à se toucher. Les quelques graviers qui constellent le sol bétonné s'agitent, vibrent, et rebondissent de quelques millimètres, comme du popcorn. Les plaques en plexiglas opaque qui font office de fenêtres se mettent à trembler dans un boucan de tous les diables. Son costume blanc se teinte peu à peu de rouge, ce qui ressemble à du sang remonte comme par capillarité par le bas de ses jambes. L'air lui même semble s'emplir d'un gaz carmin qui le consume. Tout ça n'a rien de rationnel, et dépasse mon entendement. A ce stade, il n'est pas suffisant de dire que je n'en mène pas large. Je suis à deux doigts de souiller mes vêtements.

Frédéric, imperturbable, se penche et murmure à l'homme quelque chose que je n'arrive pas à saisir au milieu du bruit ambiant. Il y est question de sceaux, de vie, mais je n’en saisis pas plus. Au bout de quelques secondes qui me paraissent interminables, les tremblements se calment. Tout revient instantanément à la normale, comme si rien n'était arrivé. Mais je n'ai pas rêvé, j'en suis certain. D'ailleurs un gravier a atterri sur ma chaussure.

L'homme, encore planté devant Frédéric, se retourne et glisse rapidement vers moi. J'interpose instinctivement le carton que j'ai toujours en main. Je reste un instant dans cette posture ridicule, et rien ne se passe. Lorsque je l'abaisse enfin, il me dévisage, l'air contratrié, puis grommelle "Hum". Il recule d'un pas et sort de je ne sais où un coffret en bois sculpté, qu’il tend vers moi. Le coffret s'ouvre de lui même.

  • Mets les sceaux là dedans, m'ordonne-t-il d'un ton qui ne laisse aucune place à l'hésitation.

J'ouvre la boîte à chaussure, et en sors les artefacts un à un pour les mettre dans le coffret. Je dépose la flasque de Dimitri en premier. Viennent ensuite le portefeuille de mon père et l'anneau de Francesca. J'ai un instant d'hésitation au moment d'y laisser le Siegel. Quel objet incroyable ! Je m'apprête à y mettre les lunettes fendues de Thomas quand l'homme laisse échapper un commentaire.

  • Ah, le sceau d'ambition. Ca a toujours été mon préféré, quel dommage que tu n'aies pas pu l'essayer, peut-être que tu aurais hésité à le rendre aussi facilement. Tant pis ! conclut-il en fermant le coffret d'un coup sec.

L'homme glisse alors vers Frédéric et réouvre le coffret devant lui. Frédéric sort de sa poche le pendentif de Johana. La nostalgie et le soulagement se lisent sur son visage. Le poing encore serré dessus, il y dépose un baiser avant de lâcher le bijou dans l'ouverture béante. Il passe ensuite sa main derrière son dos pour récupérer Faucheuse à sa ceinture. Au moment de se séparer de l'arme, l'assassin marque une pause. Il hésite un instant. Puis il relève la tête et son regard se plante dans le mien. Je lui adresse un signe d'acquiescement, persuadé que cette issue est la meilleure pour tous.

Au moment où l'homme rabat le couvercle du coffret sur les sept sceaux, l'air se met en mouvement. Un tourbillon naît et envahit l'entrepôt, agitant tout ce qui s'y trouve. Des bâches en plastique claquent, soulevées par les rafales, les fenêtres de plexiglas se remettent à battre. De la poussière se soulève, je plisse les yeux pour me protéger. Le souffle s'intensifie. Je dois mettre mes mains devant mon visage tant la pression est forte. Une intense lumière envahit l'espace, me forçant à clore mes paupières. Je sens sur mes bras découverts des alternances d'une chaleur de fournaise et d'un froid glacial. Soudain, une violente bourrasque me projette contre terre. Un sifflement strident monte, si fort que je me bouche les oreilles. Je suis étendu sur le côté, les vibrations de la dalle de béton secouent tout mon corps. Je reste ainsi prostré pendant plusieurs minutes interminables, aveugle et sourd à tout ce qui se déroule devant moi.

Peu à peu les vibrations s'affaiblissent, les tourbillons ralentissent, le bruit se tait. Lorsque j'ouvre les yeux, j’ai l’impression d’être seul. Frédéric, l'homme et le livre ont disparu. Rassemblant peu à peu mes esprits, je découvre là où se tenait mon ami une femme blonde recroquevillée sur le côté. Elle est inconsciente, mais respire. Devant elle est posé une sorte de vase. A mesure que je me rapproche, hésitant, il est de plus en plus clair que ce vase est une urne funéraire, qui porte le nom de Frédéric. J'ai peur de ce que je vais découvrir dedans.

La femme reprend péniblement connaissance. Elle semble perdue et encore dans le brouillard. Je m'accroupis face à elle. Elle pousse sur ses bras affaiblis pour redresser son torse. Sa ressemblance avec Helena est troublante.

  • Bonjour, je suis Jean Mercier. Comment vous appelez-vous ?
  • Je m'appelle Marina, Marina Mahler, repond-elle avec un fort accent allemand. Qu'est-ce que je fais ici ? Que s'est-il passé ?

***

Mon cher Jean,

J'espère que tu auras attendu comme je te l'ai demandé pour ouvrir cette enveloppe. Je ne connais pas la tournure que prendront les événements d'aujourd'hui, mais j'espère que tout se déroulera selon mon plan.

Je remercie les sceaux pour vous avoir rencontrés, Helena et toi. Vous avez été un rayon de soleil dans mes années de solitude. Je regrette à chaque instant d'avoir coupé les ponts avec ce groupe d'amis formidables que nous étions, mais il est trop tard et ces instants perdus ne reviendront jamais. Il y a tant de Philippe en toi, et tant de Marina en elle, que j'ai eu l'impression pendant quelques jours de revenir trente ans en arrière. Et pour cela je vous suis reconnaissant.

Les documents joints à cette lettre sont les actes de propriété de mes différentes résidences un peu partout dans le monde. Tu y trouveras aussi les accès à divers comptes bancaires qui devraient vous mettre à l'abri pour toujours. Tout est réglé devant notaire : la moitié est pour toi, l'autre moitié pour Helena. Je sais que ça n'expiera pas tout le mal que je lui ai fait, mais j'espère que cette dernière journée lui permettra de me pardonner.

En échange, j'ai une demande à t'adresser. Dans l'hypothèse où tout se passerait comme prévu, j'aimerais que tu m'emmènes auprès de Johana. Elle repose dans son village natal en Angleterre, je t'ai joint l'adresse de la concession que j'ai pris la liberté de réserver. Tu m'offriras ainsi auprès d'elle la paix que j'ai toujours souhaité.

Je saluerai ton père pour toi.

Ton ami,

Frédéric

***


Epilogue, Septembre 2020, Cimetière de Banham, Angleterre

Nous restons longtemps silencieux devant la dernière demeure de Johana et Frédéric.

Je ne sais pas exactement ce que promettait la réunion des sept sceaux, mais lui l’avait compris. Septs sceaux contre une vie ? C’est probablement ce qui poussa Thomas à poursuivre sa quête après la mort d'Emilie. Mais pourquoi Frédéric n'a-t-il pas sauvé Johana ? A-t-il voulu se racheter ? Et dans ce cas, pourquoi a-t-il sacrifié sa vie ? Peut-être son existence n'avait-elle plus de sens sans sa bien-aimée. Peut-être les remords étaient-ils trop forts. Quelles qu'aient été ses raisons, la moindre des choses était que nous honorions sa dernière volonté.

Helena se blottit contre mon bras. Je tiens la photo que j'ai trouvée dans le coffre de mon père. Sept amis souriants et heureux. Sept prénoms, une seule histoire, une seule tragédie. Sept anonymes dont la destinée fut bouleversée par sept objets dont je ne sais finalement presque rien. Sept sceaux qui ont pourtant changé à jamais ma perception du monde et ma vie.

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