5. La légende de la volière

14 minutes de lecture

Endrick

Depuis leur escapade nocturne, Ariane, Endrick et Philéas s'étaient liés d’amitié jusqu’à devenir inséparables. Le temps de retrouver leur chemin dans la forêt, de traverser le champ et de se rendre vers la volière pour y laisser le phoenix, l’aube s’était déjà levée. L’expression à la fois soulagée et irritée d’Osmond qui les attendait au grillage leur avait aussitôt donné l’envie de disparaître sous terre.

- Vous deux, je peux comprendre pourquoi votre oiseau vous a choisi, avait-il maugréé en fixant l’Alsacien et la rousse. Vous êtes trop téméraires, votre fougue causera bien des troubles au groupe, faites bien attention à vous, les jeunes. Mais toi… avait-il ajouté en direction de Philéas, l’air déçu. Je ne te comprends pas.

- Non, Osmond, il n’a rien à voir là dedans, l’avait défendu Ariane, c’est moi qui l’ai forcé à…

- Laisse, l’avait coupé Philéas, las. Il a raison.

- Mais…

- Je t’ai suivie, Ariane, il n’y a rien de justifiable.

Endrick n’avait pas su comment intervenir dans cette conversation. Au lieu de se préoccuper de son ami dépité, il réfléchissait. La mise en garde d’Osmond avait envahi son esprit. Lors d’une après-midi ensoleillée, le jeune garçon s’était longuement demandé si le point commun entre son oiseau et celui d’Ariane était la cause éventuelle de leur amitié. La fougue n’était certainement pas une qualité ; il eut peur pendant l’espace d’un instant d’entraîner son groupe dans de beaux draps comme il l’avait fait avec Ariane la nuit de leur escapade. Avant qu’il ne sombrât un peu plus dans l’inquiétude, la jolie rousse le tira de ses pensées alors qu’ils s’entraînaient à faire venir leurs oiseaux jusqu’à eux.

- Pourquoi tu ne me réponds pas ? ronchonna-t-elle, boudeuse. Moi aussi, je peux t’ignorer, tu sais.

L’adolescent éclata de rire :

- Si tu crois me prendre par les sentiments avec cette tête, c’est raté.

La jeune fille déposa ses mains gantées sur ses hanches, amusée.

- Excuse-moi, finit par marmonner Endrick en félicitant son oiseau avec une caresse. Je pense trop, en ce moment. Tu disais ?

- Philéas m’a l’air un peu déprimé. J’ai l’impression qu’il tente constamment de faire ses preuves.

Endrick fronça les sourcils.

- Tu crois que c’est à cause de la remarque d’Osmond ?

- Tu le connais, soupira-t-elle en appâtant son phoenix avec des graines sur le bras. Le jugement d’Osmond compte plus que tout pour lui.

- Mais pourquoi ? s’étonna-t-il.

Ariane se pencha vers lui et lui expliqua à voix basse :

- Hier soir, Constance m’a dit qu’Osmond détenait un fenghuang, dans le passé. Comme Philéas… ça veut probablement dire qu’ils ont des caractères similaires.

- Tu veux dire… ce même caractère honnête et droit ? chuchota Endrick.

Ariane hocha la tête, puis murmura :

- Dans la vallée des plumes, celui qui est choisi par le fenghuang joue peut-être un rôle très important.

- Oui, mais quoi ?

Les deux amis fixèrent l’Asiatique s’accroupir pour jouer avec son volatile. Il était difficile pour eux de le voir se renfermer un peu plus dans sa peine ; Endrick le voyait à sa façon de divertir son fenghuang d’un geste lent et peu assuré. Osmond, qui élevait joyeusement la voie, interrompit le beau brun alors qu'il observait son ami :

- La journée touche à sa fin ! Je suis content de voir que vous créez des liens avec vos oiseaux. Mais le faire venir avec de la nourriture et le combler de caresses ne suffit pas. Il a besoin d’un nom pour se reconnaître lorsque vous l’appelez.

- On peut le choisir ? s’enquit Ariane, enthousiaste.

- Vous avez toute la nuit devant vous pour y réfléchir, oui.

- Ne pourrions-nous pas avoir plus de renseignements sur son espèce, ou ses capacités ? demanda Justine de sa petite voix.

- Non, je ne peux pas, lui sourit Osmond. Constance a découvert par elle-même que son caladrius trouvait facilement des plantes médicinales, et le seul que je pourrais guider serait Philéas, à la rigueur, mais ce serait injuste pour vous.

- Chanceux, va, le taquina Ariane dans l’espoir de le rendre de meilleure humeur.

- Je suis désolé… tout ce que je peux faire, c’est vous préparer à découvrir la vallée sans que votre oiseau ne vous quitte, leur informa Osmond. Je préférerais largement que l’on vous apprenne toutes leurs capacités là bas, je ne suis pas doué pour l’enseignement.

- Dommage, souffla la jeune fille blonde.

Osmond la rassura :

- Ta soif d’apprendre est honorable, Justine, mais la patience l’est encore plus. Maintenant, filez ! Vous avez assez travaillé comme ça.

Endrick observa quelques secondes son ethon qui tentait de picorer son gant, les sourcils froncés. Le volatile était lourd, cherchait constamment à se remplir l’estomac et devenait chaque jour un peu plus énorme. Il n’avait pas une taille normale pour un oiseau de quelques mois. Voyant que tous les autres sortaient déjà de la volière, il ôta rapidement les gants de jardinage qu’Augustine lui avait prêtés, chassa l’oisillon qui fourrait vainement son bec dans sa poche pour y trouver des graines et rejoignit les autres en laissant Osmond refermer la grille derrière lui. Le vieil homme jeta un coup d’œil vers eux avant de disparaître dans la forêt pour faire sa promenade habituelle.

- J’ai bien regardé, grimaça Ariane, c’est un mâle.

- Pas la mienne, marmonna Philéas. Je n’ai aucune idée de comment l’appeler…

- On est deux, le rassura Endrick tandis qu’ils passaient la porte de la maison.

- Ton gros balourd, c’est un mâle ou une femelle ? s’enquit la rousse.

Endrick se frappa le front en grondant une injure, puis dit à voix basse :

- Vous réagissez comment si je vous dis que je n’ai pas pensé à vérifier ?

Ariane et Philéas se regardèrent avant d’exploser de rire.

- Ce n’est pas drôle, fit Endrick, vexé.

- N’oublie pas notre escapade, Osmond va te tuer si tu y retournes tout seul, lui rappela Philéas.

- Tu vas lui donner un prénom mixte ? pouffa Ariane, les larmes aux yeux.

Endrick secoua la tête tout en la regardant d’un air assassin pour la faire taire :

- Je peux tout simplement le demander à Osmond !

- Tu crois vraiment qu’il s’est amusé à aller les regarder un par un ?

- Il les connaît depuis des mois, c’est probable. Et arrête de te marrer !

- Osmond tirera une de ces têtes quand tu lui diras que tu n’as pas su comment appeler ton oiseau parce que tu as oublié de déterminer son genre ! s’esclaffa-t-elle.

- Ariane ! siffla Endrick entre ses dents.

Augustine, qui venait de les croiser dans les escaliers, les regarda avec étonnement lorsqu’elle arriva à leur hauteur avant de se hâter de descendre. Philéas manqua de tomber contre la jeune fille rousse tant il se retenait de rire.

- Plus fort, surtout, je crois qu’Augustine ne t’a pas bien entendue, s’énerva Endrick, les poings serrés. Je passe pour l’idiot de service à cause de toi.

- On te fait marcher, souffla Ariane, les mains sur les côtes.

- Personne ne sait le genre de son oiseau, ils n’ont pas de parties génitales externes, et puis, ils sont encore trop petits pour qu'on puisse le deviner à leur plumage. Osmond nous l’a dit dans l’après-midi, sauf que tu étais trop occupé à te perdre dans tes pensées pour l’écouter, lui apprit Philéas en le tapant dans le dos.

À deux doigts de se jeter sur eux pour se venger, l’Alsacien marmonna :

- C’est une blague ?

- Tu aurais vu ta tête, sourit Philéas, c’était incroyable. Le roi du sarcasme qui se fait avoir, ça n’arrive pas tous les jours !

- Mais je…

Il s’arrêta, comprenant à l’expression enthousiaste d’Ariane qu’ils avaient réussi à redonner le sourire à leur ami. Un rictus aux lèvres, il soupira :

- Je vous hais, vraiment.

- On peut choisir n’importe quoi pour le nommer, son genre n’a pas d’importance, lui expliqua la rousse alors qu’ils se dirigeaient vers le couloir.

Endrick haussa les épaules.

- Très bien. Dans ce cas, j’ai déjà mon idée.

- Déjà ? Moi, je n’ai aucune inspiration, soupira Ariane. Je vous préviens, ce ne sera pas original du tout.

- Si Endrick l’a trouvé en une seconde, je doute qu’il le soit plus que le tien, pouffa Philéas.

- J’te permets pas, gronda le beau brun en le bousculant.

Ils rirent à nouveau avant de se retrouver devant la porte de leur chambre. Ariane leur annonça qu’elle les retrouverait pour mettre le couvert, leur fit un signe de main puis fila dans la sienne, les laissant seuls dans le couloir.

- Tu veux que je t’aide à trouver le nom de ton oiseau ? demanda Endrick à son ami.

- Ça ira, j’y ai déjà réfléchi, répondit-il, fier.

En entrant dans la pièce, ils tombèrent sur Colin, qui triait calmement ses affaires dans sa valise, comme à son habitude. Son pull-over bleu-marine contrastait avec ses cheveux platine ainsi qu’avec sa peau blême, et son regard ne se posa pas une seule fois sur les deux garçons qui venaient d’arriver. Peut-être était-ce par embarras de n’avoir rien à dire, ou par manque de courage de les affronter à nouveau. Endrick se jeta sur son lit pour s’y asseoir et, sans gêne, il déclara :

- Encore seul, gringalet ?

- Endrick, souffla Philéas pour l’arrêter dans son élan.

Celui-ci lui lança un coup d’œil avant de s’avancer vers Colin, les manches retroussées.

- Quoi ? Je n’y peux rien s'il fait bande à part.

Cette fois-ci, Philéas n’essaya plus de s’interposer ; il préféra s’intéresser à ses pieds plutôt que d’entrer dans le jeu de son ami, la tête baissée vers le parquet.

- Allez, avoue-le, en fait tu es muet. Tu parles la langue des signes ? se moqua Endrick.

Après avoir hésité, le jeune garçon blond tourna la tête dans sa direction, les mains sur les genoux et le menton haut. Son air placide sur son visage ne changea pas malgré ce qu’il venait d’entendre, et, lorsqu’il osa finalement regarder Endrick en face, ses yeux bleus le bouleversèrent instantanément de leur sincérité pure. Il se demanda l’espace d’une seconde à quoi jouait Colin en décidant de garder le silence, puis, n’obtenant toujours pas de réponse de sa part, il s’avança vers lui, de plus en plus irrité par son comportement.

- Tu ne réponds pas ?

Colin se tortilla sur ses genoux par frustration, comme s’il cherchait ses mots sans pouvoir les trouver.

- Pourquoi ? demanda-t-il simplement. Tu as envie qu’on discute alors qu’on ne s’aime pas, peut-être ?

À la fois mécontent et surpris de l’entendre parler ainsi, le concerné grimaça avant de hausser les épaules.

- Que faire face à autant de répartie ? Allez, Philéas, on descend. Laissons-le seul puisque ça lui plaît tant.

- Ce serait mieux, oui, grommela l’Asiatique en se levant péniblement de son lit.

En refermant la porte derrière eux brusquement, Endrick eut droit à un soupir de la part de son ami.

- Je n’aime pas ce petit soupir, marmonna-t-il. Qu’est-ce que tu as ?

- Je ne comprends pas ce que tu lui veux. Tu devrais le laisser tranquille.

- Mais on est censés former un groupe et il ne fait aucun effort…

- Et en quoi ça t’impacte ?

- Je…

Endrick hésita, les poings serrés.

- J’en sais rien, je… c’est sa façon d’agir, elle m’énerve. On dirait qu’il se fait désirer et je n’apprécie pas ça du tout. On devrait être unis, point final.

Philéas cilla.

- J’espère que tu te rends compte qu’on ne fait pas mieux que lui ? Parce-que moi, je ne le vois pas, ton groupe. Justine et Constance ne sont jamais avec nous.

- Laisse-tomber, tu ne comprends rien, marmonna Endrick en descendant les escaliers.

Avant que Philéas n'insistât, ils tombèrent sur Constance, les mains appuyées sur sa robe légère et élégante. Elle prenait toujours soin d’elle malgré le fait qu’ils passassent leurs journées à se salir dans la volière, conservant son maquillage et son allure chic en toutes circonstances. C’était presque inné chez elle.

- Vous voilà enfin, tous les deux. Augustine a besoin de nous pour faire la cuisine, c’est urgent.

- Elle va bien ? s’étonna Philéas.

Constance hocha la tête, sa longue queue de cheval allant et venant derrière son dos.

- Ses mains se sont mises à trembler d’un seul coup, il paraît que ça lui arrive souvent… Dépêchez-vous, ne restez pas plantés là, elle vous attend ! s’exclama-t-elle en voyant qu’ils ne réagissaient pas.

- Calme-toi, c’est juste de la cuisine… souffla Endrick en descendant les escaliers.

Constance lui lança un regard noir, les lèvres pincées.

- Elle aime quand c’est fait en temps et en heure. Ça te dérange ?

- Non non, mademoiselle l’autoritaire.

La jeune fille leva les yeux au ciel et se retourna aussi sec pour entrer dans la cuisine, les garçons sur ses talons. Endrick la trouvait bien susceptible, tandis que Philéas riait intérieurement de leurs multiples confrontations. Augustine les attendait sur une chaise, donnant des instructions à Justine qui, manches retroussées et mains à la pâte, désespérait de ne pas réussir.

- Ah, ils sont là ! Voudriez-vous aider Justine ? Elle ne s’en sort plus avec tout ce que je lui dis de faire.

Vive, l’adolescente se tourna vers elle avec un air fâché.

- Mais je suivais parfaitement vos instructions…

- Laisse quelqu’un t’aider, l’encouragea Augustine.

- Philéas est plus doué que moi, je vais mettre le couvert, déclara Endrick en donnant une tape dans le dos de son ami.

L’Asiatique rit nerveusement avant de se placer à côté de Justine qui, boudeuse, croisa ses bras couverts de farine sur sa poitrine.

- Vas-y, puisque je ne sers plus à rien.

- Mais non ! Regarde, on va faire ça ensemble. Coupe les tomates en rondelles, je m’occupe de la crème, lui indiqua Philéas.

Justine finit par obéir en lui souriant gentiment et, pressés l’un contre l’autre, ils se mirent au travail. Endrick les observait tout en déposant les assiettes sur la table, satisfait de ne pas être aux fourneaux ; il était une catastrophe ambulante en cuisine.

- Et moi, je fais quoi ? s’enquit Constance à travers les bruit de rires et de couteaux des deux adolescents à la tâche.

- Tu peux aider Philéas et Justine, si tu veux, lui proposa Augustine.

- Je ne préfère pas, non…

- Tu as peur de salir tes beaux ongles, princesse ? se moqua Endrick.

- Très amusant, marmonna-t-elle.

- Tu peux venir mettre les verres, si tu veux, c’est plus propre que de la farine, lui dit-il en les tendant avec un clin d’œil.

Constance les prit avec méfiance, prête à subir un sale coup de la part du beau brun. Seulement, il n’en fit rien. Concentré, il éparpillait les fleurs qu’avait cueilli Augustine dans la matinée pour les mettre dans un vase comme elle le faisait habituellement avant l’heure du repas. Alors que la brune disposait les verres sur la nappe, Ariane déboula dans la pièce en courant, sa chevelure épaisse vainement attachée s’échappant de son élastique en de longues boucles abondantes. Constance laissa la tempête rousse envahissante prendre sa place pour être aux côtés d’Endrick et, vexée, se dirigea seule dans le salon, jugeant qu’elle n’était plus utile dans la cuisine.

- Toujours de mauvais poil, celle là, constata Ariane.

- Tu trouves ? fit Endrick, l’air innocent.

- Toi, tu l’as encore cherchée, pouffa-t-elle.

- Elle était plutôt détendue avant que…

Il s’arrêta de justesse. Il ne voulait pas lui faire de peine en lui disant que Constance s’était sauvée à son arrivée.

- Que penses-tu de mon bouquet ? se rattrapa-t-il en se raclant la gorge.

La rousse plissa son nez tacheté, amusée. Elle lui fit comprendre qu’il n’avait pas le sens de la décoration, ce qui lui valut une bousculade amicale. Alors qu’elle s’avançait pour arranger le bouquet mal organisé, Philéas hurla le prénom de Justine pendant qu’elle riait aux éclats.

- Mon pull était neuf !

- Tu rigoles ? Ce pull tout abîmé à cause de ton oisillon ?

Ils rirent à nouveau, écroulés sur le bar sur lequel ils cuisinaient. Justine semblait plus décontractée, désormais ; elle reprit son souffle avant de mettre une main devant sa bouche.

- Je suis vraiment désolée.

Philéas prit une petite cuillère emplie de crème et visa sa joue sans hésiter. Justine ouvrit grand les yeux en la recevant sous la paupière inférieure, et tout le monde rit lorsqu’elle essuya la tache sur son visage à l’aide de son pouce pour l’étaler sur le nez de Philéas. Tout le monde était joyeux, ce qui faisait le bonheur d’Endrick, d’autant plus que l’ambiance chaleureuse dans la cuisine allumée et réchauffée par les fours n’échappa pas à Colin qui venait d’entrer.

- Allez, les enfants, vous pouvez mettre les quiches au four, s’exclama Augustine en se levant.

- On fait quoi, maintenant ? demandèrent Endrick et Ariane en chœur.

- Allons dans le salon, en attendant Osmond, proposa-t-elle.

Toute la bande pénétra la pièce d’à côté pour s’asseoir sur les canapés, retrouvant ainsi Constance installée confortablement dans un fauteuil, le nez rivé vers la cheminée éteinte.

- Bien, déclara Augustine en s’asseyant. Saviez-vous que je connais cette maison depuis toute petite?

Tous firent non de la tête.

- En fait, mes grands parents détenaient ce domaine. J’y allais durant les vacances d’été pour y retrouver mes cousins, nos retrouvailles familiales étaient, dans mes souvenirs, des moments chaleureux, qui me font d’ailleurs encore sourire en y repensant. Pas un seul instant je ne regrette d’habiter ici ; j’y ai vécu tant de choses...

Elle se perdit un court instant dans ses pensées, le regard dans le vague, puis elle reprit :

- Quand nous étions réunis, mon grand-père nous racontait toutes sortes d’histoire, mais celle qu’on préférait, c’était la légende de la volière.

- Elle a une légende ? s’étonna Ariane, appuyée sur son genou.

Augustine eut un léger rictus. Une lueur de nostalgie faisait briller son doux regard.

- Il nous racontait qu’elle était magique. Que tout au fond, une petite porte métallique - que vous connaissez certainement, n’avait jamais été ouverte et que, derrière, se cachait un monde inconnu de tous. Mes cousins et moi en étions fous, chaque fois qu’il nous la racontait, nous tentions de le persuader de nous laisser entrer dans la volière. Seulement, si nous voulions la voir depuis l’intérieur, il fallait obtenir les clefs qu’il possédait dans son bureau ; il nous assurait que nous étions encore trop petits. Alors nous nous contentions de la contempler, rêveurs, depuis le grillage en or.

- C’est adorable, sourit Justine.

- Vous pensez que votre grand-père connaissait l’existence de la vallée des plumes ? l’interrogea Constance avec intérêt.

- Connaissant son caractère mystérieux, ça ne serait pas impossible. Ma chère grand-mère le réprimandait toujours pour ce don qu’il avait à, selon elle, nous raconter de telles sottises.

- Alors tout est lié, murmura Ariane, le regard pétillant. Osmond ne nous ment pas.

- Bien-sûr que non, s’agaça Constance. Pourquoi nous mentirait-il ?

- Honnêtement, je ne sais pas, avoua-t-elle, passant outre à l’agressivité de la brune.

- Elle a le droit d’avoir des doutes, la défendit Philéas, compatissant.

- Ta foi infaillible en lui et en ce monde est remarquable, Constance, mais il se peut que le jour où tu te retrouves devant cette porte, tu faiblisses.

- Vraiment ? dit l’adolescente d’un ton cassant pour masquer son froissement d’amour propre. Qu’est-ce que vous en savez ?

- Parce-que ceux qui la proclament haut et fort ne sont pas forcément les plus confiants. Mais ce n’est pas à moi d’en juger, si tu en es convaincue au fond de toi, c’est le principal.

- Qu’est-ce qui est le principal ?

Osmond venait d’entrer, l’air requinqué par sa promenade.

- Rien, nous parlions de la légende que me racontait mon grand-père à propos de la volière. Je crois que ça leur a plu, ajouta-t-elle, les expressions ravies des adolescents le lui confirmant. Et si nous passions à table ?

Osmond lui tendit son bras tout en la gratifiant du regard.

- Madame ?

Augustine accepta son invitation et, sous les gloussements du petit groupe, ils passèrent la porte qui menait à la cuisine.

Annotations

Recommandations

Défi
tggtllgeea
Un message secret est caché entre ces lignes... Saurez-vous le trouver ?
3
1
0
1
jean-paul vialard


Terre, Terre donatrice de vie.
Terre matricielle aux douces faveurs.
Terre multiple don de soi.
Terre germinale qui fait lever la semence.
Terre utérine d’où tout se hisse,
tout croît et fructifie.
Terre de doux repos des corps.
Terre fondement de toute genèse.
Terre recueillant en sa plénitude
l’épiphanie de tout vivant.
Terre d’abondance que le coutre ouvre afin
qu’un destin se déploie à l’horizon du monde.
Terre, as-tu perdu tes prédicats si précieux, t’es-tu immolée pour d’aventureuses et irrémédiables noces funestes ? Comment pourrait-on reconnaître ton image, ta souple effervescence, l’offrande dont tu es la plus réelle des manifestations ? Terre tu t’es désertée. De toi, tu as ôté tout ce qui constituait ton essence : le malléable, le ductile, la mouvante disposition, la généreuse ressource inépuisable, ta capacité à être recueil et intarissable élan. Autrefois tu étais parcourue de lignes de faille, les clivages te déterminaient en tant que constant réaménagement, le tellurisme t’habitait comme ton langage le plus précieux, de lourdes et profondes racines s’invaginaient en ton sol et y traçaient le rythme de ton éternelle perdurance. Et aujourd’hui, et maintenant en cette ère de pesant nihilisme, que demeure-t-il de toi que cette surface plane de ciment têtu, que cette pente de bitume qui semble te conduire au lieu même de ton ultime perdition ? Terre, réponds donc, en ton sein même, fût-ce en mode de soliloque, à celle que tu es qui, jamais, ne pourra se réduire à n’être que poussière envolée par le premier vent. Nous les Egarés te voulons comme nous voulons notre propre Mère !
0
0
0
1
Défi
Orion

Depuis une demi-heure, j'arpente les rues de la métropole. Il y a de l'effervescence, ça vibre, ça chante, c'est vivant ! J'adresse un regard à la foule. Un petit garçon haut comme oui oui, redresse la tête en l'air puis un autre et encore une autre. Curieux, je suis le mouvement. Un grand Boeing survolait notre tête en fendant l'air. Un sentiment de panique s'empara de moi. Je craignais le pire ! Il fonca droit dans un gratte-ciel ! il allait s'encastrer de tout son poids dans la tour de verre ! Avec l'énergie du désespoir je hurlai de tout mon cœur :
- Non !!! Déguerpissez vite de là !!! La tour va s'effrondrer !!!
À mon plus grand désarroi, personne n'osait réagir comme s'ils n'y croyaient pas un traître mot. Pire, ils me regardaient de façon très étrange. Interloqué, de défiance et même moqueur.
Vite !!! Il en va de votre survie !!!
Étonnement, tout était calme. J'inspecte à nouveau d'un regard méfiant.
Rien de tout ça ne s'était produit. Je compris honteux de mon énormité. L'avion ne menaçait pas de s'écraser. Le point de vue d'en bas était faussé.
En train de culpabiliser, je sentis le poids des regards indiscrets sur moi. Je m'éloignais la tête baissée.
2
3
8
1

Vous aimez lire bbnice ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0