Raylia

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Le regard posé sur celle qui dormait à ses côtés, Ashron laissa son esprit se remémorer cette présence. Son odeur, son regard et le son de sa voix étaient devenus des souvenirs inaccessibles depuis sa disparition d’Era. Mais elle était bien là, de nouveau à ses côtés, paisiblement endormie.

Préférant la laisser à son repos, Ashron sortit dégourdir ses jambes meurtries. A l’extérieur, le vent glacial fouetta son visage et lui brula les plaies encore apparentes. Fixant le ciel éclairci, il prit une grande inspiration pour gorger ses poumons d’air frais et accentua la sensation de bienêtre que la liberté lui offrait.

Ses pas le menèrent ensuite au centre du village des montagnes, et les Raeiens croisés le saluèrent avec respect. Son aide face au Magisterius peuplait encore les esprits des autochtones. Mais à Guoria Ket, l’entreprise fut bien moins victorieuse.

Soudain, un flash électrisa sa mémoire, comme un rappel à la réalité qu’ils allaient devoir affronter. Cinq secondes, ce fut le temps que dura la confrontation contre les deux Magisterius. Et durant cet intervalle, ses adversaires étaient intouchables et toute esquive était vaine.

Un secret se cachait derrière cette supériorité criante. Ashron en était persuadé, c’était des actes de prédiction qui leur avait permis d’agir ainsi face à lui. Mais comment ? pensa-t-il en s’immobilisant devant des amas de roches gelés.

Puis il pensa à Skyva, puis à sa sœur Ryva. La Communauté de cette dernière possédait des pouvoirs inconnus de son ancien adversaire, et étaient la raison de ses défaites fratricides sur Are. Ryva possédait une connaissance de la Via bien plus avancé que celle de Skyva, il en était persuadé.

« Franchement, tu ne peux pas rester un peu en place ?! fit une voix familière derrière lui.

— Tu sais bien que non, lui répondit-il en se retournant.

— Tu dois te reposer si tu veux récupérer !

— J’avais juste besoin de prendre un peu l’air. Où sont les autres?

— Partis à Iriam Lest pour rejoindre la Vaïncrus. »

La réponse de Vallia n’était pas au gout d’Ashron qui ne se força pas pour le cacher.

« Malax, un ami de Pavelox, est venu nous apporter de quoi manger. » reprit l’Eraienne.

— Combien de temps allons-nous rester ici ? demanda Ashron en suivant Vallia au cabanon de Pavelox.

— Le temps nécessaire à ton rétablissement, répondit Vallia sèchement. Autrement dit, dès que tu seras capable de me battre. »

Alors qu’elle pensa décrocher un sourire à son compagnon, Vallia fut surprise de voir le visage d’Ashron se durcir. Elle voulut lui faire comprendre que le repos était nécessaire à son rétablissement mais les mots n’eurent le temps de sortir de sa bouche.

« Vallia, nous ne pouvons pas rester ici ! »


Assis aux côté de son amie Isyliardienne, Guidomex tapotait du doigt sur l’un des accoudoirs de son siège. Autour de lui, Pavelox le regardait s’impatienter et Hasrabel envoyait quelques regards appuyéq à Hellie, qui l’ignorait.

« Mais que fait-il?! s’énerva l’Eraien.

— Patience, répondit Hasrabel.

— La patience ne semble pas être une vertu Eraienne, ironisa Pavelox en fixant les doigts rougis de Guidomex. »

Soudain, Illuel fit irruption dans la pièce, évitant ainsi à Hellie et Guidomex de provoquer un incident diplomatique inter cycle de la Via.

« Alors, avez-vous retrouvé Ashron ? leur demanda-t-il directement. Où est-il?

— Nous avons dû nous séparer et rentrer sans lui. Il était bien trop faible pour continuer avec nous, répondit Hasrabel. Comme je souhaitais te faire mon rapport au plus vite, nous l’avons laissé dans les montagnes de Drihurla Man Ran avec la jeune Eraienne. Ils nous rejoindrons plus tard.

— J’aurais préféré qu’il soit avec vous, rétorqua Illuel songeur. Nous avons reçu des informations de la Vaïncrus de Raylia.

— Raylia est une grande terre située à l’ura-ira, expliqua Pavelox qui avait remarqué l’incompréhension des deux Eraiens. Elle n’est pas très peuplée mais vraiment magnifique.

— Et son importance stratégique est primordiale ! s’exclama Hasrabel. C’est Raylia qui nous permet d’assurer notre ravitaillement.

— Nos dernières progressions sur Raylia étaient prometteuses. En surnombre grâce au rassemblement de la Communauté de Ryva sur Anayanei, j’espérais une victoire proche, continua Illuel.

— Anayanei ? Une autre terre j’imagine ? chercha à savoir Guidomex.

— Anayanei est la terre la plus importante et la plus peuplée. Elle entièrement contrôlée par Ryva, répondit Hasrabel.

— Nous n’avons pas le temps pour des explications géographiques, s’énerva Illuel en gesticulant. Depuis que nous avons envahi la quasi-totalité d’Akmmar, Ryva a décidé de s’attaquer à la Vaïncrus de Raylia pour nous isoler. Elle a renforcé la présence de son armée sur cette terre, Magisterius inclus !

— Pas la peine de s’énerver, tempéra Pavelox. Pourquoi ne pas en profiter pour aller sur Anayanei si les Axems y sont moins nombreux?

— Nous manquons de combattants. Nous avons donc choisis de nous concentrer sur Raylia et sur la défense d’Akmmar.

— Partons sur Raylia! s’exclama Hasrabel en fixant Illuel, comme pour lui donner un ordre.

— Mais je ne peux pas envoyer de soldats supplémentaires sur Raylia, c’est bien là le problème. Je dois assurer la sécurité d’Akmmar, répondit Illuel, résigné.

— Nous quatre, ça suffira !

— Que crois-tu que cela changera ?

— Fait-moi confiance mon ami. Cela suffira. »

Illuel fixa le regard d’Hasrabel et se résigna à l’écouter. Bizarrement, un sourire qu’il eut du mal à refréner se dessina sur ses lèvres.

« Otez moi d’un doute, les quatre en question, ça nous inclut ? coupa Guidomex qui n’appréciait pas que l’on prenne des décisions à sa place.

— Vous ne souhaitez pas nous aider ? demanda Illuel.

— Nous sommes venus pour Ashron et j’estime t’avoir suffisamment remercié en t’escortant jusqu’ici.

— Si nous perdons ici, Era sera la suivante, coupa Hasrabel. Et ne vous inquiétez pas, nous avons un plan.

— Avons-nous vraiment le choix. demanda Guidomex résigné. Si jamais Ashron et Vallia reviennent, dites leur où nous sommes partis. »

Même si la discussion ne lui plaisait guère, Guidomex suivit le mouvement et précéda les Raeiens, Hellie à ses côtés, vers la sortie de la pièce. Rapidement, leur chemin les mena hors du bâtiment où un stratorien les attendait.

« Où allons-nous ? demanda Hellie

— Donc un aérostate, répondit Hasrabel. Il va nous mener sur Raylia et nous pourrons rejoindre nos troupes déjà en place.

— Moi qui m’attendais à une bonne expédition à pied, avec des sabers et des ourdox à dépecer ! rétorqua Pavelox déçu. »

Le Raeien parvint à décrocher un sourire à Guidomex. Ce tempérament lui rappelait un Eraien qu’il connaissait bien, et qu’il aurait aimé avoir à ses côtés dans cette situation.

Les minutes à traverser Iriam s’écoulèrent lentement. Dès que les vibrations du véhicule ne furent plus, leurs occupants en sortirent et embarquèrent dans l’aérostate, un aéronef bien plus imposant que ceux qu’ils utilisaient sur Era.

A bords, le vaisseau grouillait de Raeiens qui s’affairaient à leurs tâches, dans un ballet ordonné et mécanique. Au moins trente d’entre eux assuraient le fonctionnement de l’engin et chacun savait exactement où il devait aller et ce qu’il devait faire, excepté Guidomex, Hellie et Pavelox.

Tandis que l’aérostate s’élevait dans les airs dans un vrombissement de moteur en chauffe et de métal hurlant, Guidomex profita de l’effervescence pour s’isoler avec Hellie.

« Tu as toujours des doutes ? lui demanda-t-elle.

— Je ne sais pas. J’ai beau chercher, je ne vois pas de raison valable pour que les Axems de Ryva nous laisse sauver Ashron. Ça n’a pas de sens. Mais je reste persuadé que quelque chose cloche. Tout va tellement vite.

— Que veux-tu dire par là?

— Ryva s’est emparée de cette planète et règne sur Rae depuis le début. Et d’un coup, avec l’arrivé d’Ashron, ils arrivent à reprendre les terres d’Akmmar en quelques temps ? commença Guidomex perplexe. Je connais bien la puissance d’Ashron mais il semble impuissant face à certains Magisterius. Donc j’ai peine à croire que sa présence inverse la tendance à ce point.

— Tu penses qu’il y a autre chose ?

— Oui mais je ne sais pas quoi, répondit l’Eraien sûr de lui. Et nous voilà maintenant impliqués dans la Vaïncrus de Rae, en route pour combattre un ennemi que nous ne connaissons pas. Je n’aime pas ça, pas du tout.

— Nous ne connaissons que la version d’Hasrabel, approuva Hellie. Nous sommes du côté de cette Vaïncrus et j’ai parfois l’impression que seuls les Axems la composent.

— De toute façon, nous n’aurons pas de réponses à nos questions pour le moment. Restons sur nos gardes, ne faisons confiance à personne et continuons comme prévu »

Guidomex laissa Hellie s’en aller vers une cabine pour profiter d’un repos salvateur, et prit la direction opposée afin d’arpenter les couloirs de l’immense aérostate. Composé d’un nombre impressionnant de pièces, elles-mêmes réparties sur quatre niveaux, y déambulait laissait entrevoir un labyrinthe tentaculaire. Le dernier niveau correspondait au centre de commandement du vaisseau, tandis que le premier abritait la salle des machines.

Les deux niveaux intermédiaires étaient utilisés par l’équipage. On y trouvait les cabines de repos, les salles de repas, les espaces communs et les pièces d’entrainement au combat.

Guidomex continua son périple dans les corridors de métal, sans but. Son esprit ne semblait pas capable de démêler les idées qui fusaient depuis sa discussion avec Hellie. Il chercha alors un endroit calme, s’allongea sur le premier matelas potable et s’endormit au bout de quelques minutes.

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