LXXV. Message personnel

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LXXV. Message personnel*

- « Ingrid, je les ai entendus. On avait passé toute la journée ensemble, on avait fait l’amour très fort, il avait été charmant et câlin et puis le soir, paf, il s’en est tapé une autre ! Si tu savais comme ça m’a fait mal…

- Mouais ; vous passez une bonne journée, rien que tous les deux, vous faites l’amour…

- Trois fois !

- Trois fois ? Et le soir il aurait remis le couvert avec une autre ? Il a la santé, au moins !

- L’entraînement, j’imagine.

- C’est étrange… D’accord, c’est un dragueur en série, pas très farouche avec les jolies filles, mais il est assez franc sur le sujet. Je ne vois pas pourquoi il te mentirait… En fait, Romy, je trouve que ça ne colle pas. A force d’être la femme de son meilleur ami, je commence à le cerner. Ce n’est pas un connard, loin de là ! Il y a quelque chose qui cloche dans cette histoire.

- Je te dis que je les ai entendus.

- Quand ça ? Et tu as entendu quoi, exactement ?

- Je l’ai entendu rentrer avec cette fille en pleine nuit et monter dans sa chambre avec elle. C’était le soir où tu nous avais tous invités à boire un verre à Cargèse.

- Attends voir ; tu parles de la veille de mon départ ?

- Oui ; j’étais coincée chez les Battisti parce que je gardais Mila, et lui…

- Romy, ça ne colle vraiment pas. Louka est venu nous rejoindre au bar ce soir-là, il a bu un verre ou deux, il est arrivé avec une des monitrices, j’ai oublié son nom, une fausse blonde un peu pétasse ?

- Cinderella… Ça ne s’invente pas un nom pareil !

- Oui, c’est ça… Il est arrivé avec elle, c’est vrai, mais il est reparti tout seul, et pas très tard… A pied, si ma mémoire est bonne.

- Alors il en aura croisé une autre sur la route, elle lui aura proposé de le raccompagner, et hop ! Je te dis que je les ai entendus rentrer. La fille gloussait comme une dinde, lui chuchotait dans le noir, il sont arrivés en voiture et ils ont monté l’escalier jusqu’à sa chambre.

- Ohlala… Il était quelle heure ?

- Je ne sais pas… Quatre ou cinq heures du matin.

- Aïe… Bon, je commence à comprendre.

- Comment ça ?

- Romy, je pense que ce n’est pas Louka que tu as entendu rentrer cette nuit-là : c’est Pietro… Pietro et moi.

- What ???

- Oui. On avait bu, d’ailleurs je prends note au passage de ton image probablement très juste de la “dinde qui gloussait”... On se tournait autour depuis des jours, enfin, surtout moi ! Tu le sais bien, d’ailleurs, puisque j’avais passé la semaine à te parler de lui sans arrêt. Ce soir-là, il m’a emmenée chez lui, on a couché ensemble, on a dormi tard et après je suis partie en douce… On n’en a parlé à personne, parce que Pietro n’était pas célibataire, à mon grand regret, et qu’à peine dessaoulé il m’a dit qu’il ne pouvait pas être avec moi, à cause de son Italienne… Et voilà.

- Ce n’est pas possible, j’aurais reconnu ta voix ? Ou bien ton accent, ou celui de Pietro...

- Tu parles… On chuchotait ; et puis tu avais sûrement tellement la rage en imaginant que c’était Louka avec cette blondasse que tu n’aurais reconnu personne, à mon avis.

- Tu es sûre que Louka est reparti seul ?

- Absolument sûre.

- Oh fuck…

- Mais dis, tu as vraiment quitté la maison comme ça, sans en parler avec lui ?

- Oui… J’étais furieuse ! Et complètement incapable de réfléchir. Are you… Are you sure ? Je veux dire, tu es sûre que c’est vous que j’ai entendus ?

- Je suis sûre que nous sommes rentrés en ricanant bêtement dans le noir, que nous étions trop ivres pour être discrets et que nous sommes montés dans la chambre de Pietro… Je suis sûre aussi que Louka a quitté le bar tout seul comme un grand, bien sagement, en disant qu’il rentrait.

- Merde alors… Et moi qui ai cru… Quelle conne ! Alors il ne ment pas ?

- ... »

Je passai la nuit à rembobiner cette information en boucle dans ma tête. Je ne réussis à m'endormir qu’à 4h du matin, vaincue par la fatigue et les points d’interrogation.

*Message personnel, de Françoise Hardy ; in Message personnel, 1973.

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