Chapitre 19

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Face à Loïc, un doigt sur la bouche, Olympe le somma de rester discret.

— Une patrouille du MLF se trouve juste devant la grille du bâtiment, murmura-t-elle.

L'onde de choc sidéra son binôme. L'avaient-ils vu ouvrir la porte ? Les avaient-ils entendu travailler ? Pour y discerner quelque chose, il aurait fallu ouvrir en grand la porte et se pencher sur la droite. 

La porte du fond comme unique échappatoire verrouillée, tout espoir de se retrouver à l'abri des miliciens ne tenait qu’à ces fenêtres consolidées d’où rien ne passait. Les voilà faits comme des rats. Après quelques minutes où tous deux demeurèrent interdits, Olympe, une idée précise en tête, se rua soudain vers les toilettes du rez-de-chaussée, suivie de près par son acolyte. 

Veste déboutonnée à la hâte, la jeune femme se déshabilla et intima à Loïc d'en faire de même. Une sur le miroir, la seconde sur le lavabo, l'homme comprit. Il agrippa la perceuse et percuta la crosse de toutes ses forces plusieurs fois contre la glace sans qu'un seul bruit ne s'échappe de la pièce. Pourvu qu'il ne glisse pas, pria la jeune femme dont les mains se tenaient à quelques petits centimètres de la cible. Miroir ainsi fendu, aucun morceau néanmoins ne tomba. La minutie ? Très peu pour Olympe. Impatiente et terrorisée de savoir son ennemi si près, elle tremblait, peinant à en récupérer un morceau. Loïc l'interrompit. Se révélant d'une plus grande patience, et surtout, d'un plus grand sang-froid, l'éclat en main, il se tourna vers la jeune femme : que souhaitait-elle en faire ?

À nouveau près de la porte principale, Olympe l'ouvrit avec prudence pour y glisser le miroir en direction de la grille. La patrouille était toujours là, tournée vers le collège.

— On dirait qu'ils réfléchissent à quelque chose à propos du bâtiment, souffla-t-elle.

— Et le dortoir, qu'est-ce que tu vois ?

— Rien. C'est comme si le collège était inhabité.

Tout en fermant leur unique rempart face à l'ennemi, les pensées d'Olympe fusèrent. Le MLF était en pleine prospection et cette patrouille pourrait, en moins de temps qu'il ne faudrait pour le dire, prendre d'assaut l'établissement. Les voilà pris au piège dans le premier et le plus imposant bâtiment du collège par lequel l'unité commencerait forcément...

Une idée, vite... Le temps jouait contre eux. Les deux jeunes étaient vulnérables dans ce bâtiment et seul le préfabriqué délabré et visiblement à l'abandon derrière les arbres pouvaient leur apporter la sécurité tant convoitée où des soldats les protégeraient. Pour le rejoindre, ils n'avaient d'autres choix que d'attendre une entière pénombre. 

Tandis qu'ils patientaient, l'ennemi chantait, riait, fanfaronnait arrachant une grimace incrédule à Olympe. Loïc, quant à lui, peinait à retenir sa colère. Aujourd'hui ils avaient détruit la vie de dizaines ou de centaines de personnes et les voilà ce soir qui célébraient leur victoire. Hors de question de leur laisser une chance de les appréhender. L'heure était venue de rejoindre le reste du groupe. Dehors, la nuit enveloppait enfin la cour. Loïc, qui fulminait toujours, proposa de se lancer le premier.

Avec prudence, il s'extirperait du bâtiment, longerait le mur et sortirait ainsi du champ de vision d'Olympe pour ne réapparaître qu'une fois devant la porte de leur QG. Ne rien contrôler, ne rien savoir accentuait l'angoisse. Le palpitant de la jeune femme bondissait avec une force incroyable. Les secondes s'étiraient. L'éclat de miroir glissait sous la moiteur des doigts d'Olympe. Pourvu qu'elle ne le lâche pas ! Soudain, enfin ! L'ombre de Loïc apparut de l'autre côté de la cour. Un mirage ? Non, c'était bel et bien lui mais pourquoi traînait-il tant à rentrer ? La porte semblait verrouillée. Allaient-ils les abandonner à leur sort ici, devant cette patrouille ? Le temps était suspendu. La nuit, autrefois salvatrice, commençait à présent à engloutir ses espoirs. Hurlements, fracas de bouteilles, au loin, la patrouille n'en avait pas terminé... Soudain, Loïc disparut, avalé par la porte qui s'était ouverte avec douceur. Le soulagement l'envahit. À son tour... Avec la plus grande prudence, elle emprunta la même stratégie.

— Les gars ! j'ai cru voir quelque chose bouger dans le collège.

La jeune femme s'immobilisa. D'un geste réflexe, comme s'ils pouvaient la rendre invisible, elle ferma les yeux. Son amateurisme secoua sa folie et c’est dos au mur, étirée de toute sa hauteur et en apnée, qu’elle scruta la grille. Cinq miliciens.

— Tu as trop bu Stéphane, on l'a observé pendant près d'une heure et on n'y a rien vu. Ça doit être un animal, il y a des champs à perte de vue derrière ces bâtiments.

— Je vous dis que j'ai vu quelque chose, c'est sûr.

Un homme ne quittait pas la cour des yeux. La voyait-il ? S'ils intervenaient, la RF viendrait-elle à son secours ? Risquerait-elle de mettre en danger tous les rescapés accueillis et toute leur stratégie reposant sur leur discrétion ? Elle se rappela l'attitude de Guillaume, la veille. Sa respiration calme, profonde et maitrisée... Pas question de céder à la panique ! Il faisait noir. Comment pouvait-il la voir ? Au bout de longues minutes, le milicien détacha son regard du collège et retourna près de ses coéquipiers. C'était sa chance. Certaine que la voie était libre, elle s'élança à toute allure en direction de la porte, les yeux toujours rivés sur les grilles. Par chance, personne ne remarqua la panthère qui bondissait dans la cour. Elle se plaqua contre le mur, tout à côté de l'entrée et patienta. Ses jambes tremblaient. Allaient-ils ouvrir cette foutue porte ? 

Une main chaude se glissa dans la sienne. Enfin ! Une fois à l'intérieur, accroupie, essoufflée voire presque sonnée, Olympe reprit ses esprits lorsqu'un raclement de gorge du lieutenant desserra l'emprise qu'elle maintenait toujours sur ses doigts salutaires.


— C'était moins une, n'est-ce pas ?

Loïc, penché vers elle, à l'expression presque joviale, lui sembla soudain bien moins lisse que plus tôt. Avait-il trouvé ça excitant ?

— Et bien, soldats, votre gestion de cette situation délicate a été impressionnante. Bien joué.

L'inconnu armé jusqu’aux dents comme tous les autres militaires présents termina sa phrase par un signe militaire, que Loïc mima immédiatement et qu'Olympe, encore hébétée fit tant bien que mal avant de s'éclipser vers le bureau des renseignements. Le lieutenant Bela toujours à leurs côtés, Loïc osa une question.

— Dites-moi, lieutenant, c'était qui cet homme ?

— C'est le capitaine Dinter. Il dirige notre section sous le commandement du Commandant Plantain.

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