Chapitre 3: survivre parmi les morts

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Lorsque Yanz se fut remis de ce qu'il avait fait, involontairement, il commença à réfléchir à la situation. Dans ce monde condamné à disparaître, s'il se fiait à Marianna, il était déjà perdu. Comment pouvait-il compter sur une créature don la beauté, et le comportement enfantin caché un redoutable démon capable d'enivrer ses sens? Comment finir ses jours de la meilleure façon avec un tel danger dans son dos? D'ailleurs combien de temps pouvait-il bien lui rester? Tout cela il l'ignorait, mais dans les questions qu'ils s'étaient posées, un détail l'avait interpellé: se fier à Marianna? Elle qui se moquait de lui depuis le début, il n'avait aucune raison de lui faire confiance, car si elle s'était à nouveau jouée de lui, alors il pensait qu'il avait peut être un espoir de survie. Il se décida à ne pas rester dans ce manoir désormais désert de toute vie, à l'exception de Marianna.


De son côté, la diablesse était toujours dégoûtée d'avoir était abandonnée par sa propre faction, dans ce contrat où elle avait été vendue comme une simple marchandise, et par lequel elle était liée au funeste destin de ce monde. Ce pacte l'obligeait à suivre le jeune noble, mais aussi à lui rester fidèle, car il l'avait payé de son âme. Qu'il meurt de vieillesse ou de la main d'un ennemi. En tant que succube, elle avait des besoins charnels qu'elle ressentait comme vitaux. Il lui fallait désormais aller le chercher uniquement chez Yanz, qu'elle estimait comme responsable d'elle, et devait donc selon la démone, s’occuper d'elle. Alors que le jeune noble ne souhaitait que quitter les lieux, Marianna tentait de le tirer vers la chambre :


- Allez ! Viens avec moi, tu dois accomplir ton devoir d'homme envers ta mignonne Marianna.

- Mais t'es folle ! Faut partir d'ici pendant qu'on le peut !

- Tu dois prendre ta Marianna avant, et tous de suite ! Moi j'ai plus que toi pour les câlins, et je peux peut me montrer horrible si tu ne fais rien !

- Ha ! Au prix que j'ai payé, t’empêcher de nuire et d'avoir ce que tu veux, cela est une fierté pour ! Je t'ai vaincu démone !


Depuis son pacte, Yanz se sentait un grand héros. Il avait piégé la diablesse, et la voyait comme sa prisonnière, le prix de son sacrifice. Sa captivité était sa preuve, celle de sa victoire contre le mal. Quand Yanz se décida enfin à partir du manoir, Marianna le suivit de façon forcée, toute distance lointaine la brûlait au niveau de sa marque sur la poitrine. Le jeune homme se contenta de l'ignorer et de poursuivre son chemin, tout en décapitant les quelques zombies encore présents dans le bâtiment, et qui lui bloquaient l'accès à la sortie.


Il quitta le manoir la vue légèrement brouillée, et se rappelant qu'il était resté éveillé toute la nuit. Il comptait déjà les heures tardives où il s'était endormi, puis réveille peu de temps après par Marianna. Et en y ajoutant l'épisode des morts-vivants, il se retrouva dans les jardins au lever du soleil. Les bâtiments autour du manoir avaient brûlé dans des incendies, et se propageant, avaient ravagé les lieux extérieurs, mais au moins avaient incinéré tous les zombies présents sur place.


Traversant ce qu'il restait de la cour de son domaine, Yanz décida de prendre la direction de la ville de Viennes. C'était l'une des plus grandes villes d'Autriche et il pensait y trouver facilement de l'aide. Surtout qu'en se fiant à la vue des corps calcinés des zombies, la ville semblait être à l'opposé de la direction d'où ils provenaient. Un détail le dérangea de plus en plus. Marianna le talonnait toujours alors qu'il pensait qu'elle serait partie loin de lui, sans comprendre les conséquences de son souhait d’origine :


- Je pourrais savoir où tu comptes aller en me suivant ainsi?

- Je respecte simplement le pacte auquel je suis soumise.

- En quoi me coller fait-il partit de l'accord?

- Mais justement c'est ce que tu as demandé. Je suis ta Marianna, je dois obéir à tous tes désirs même les plus pervers. Toi devoir t'amuser avec moi, sinon tu auras vendu ton âme pour rien, et ça serait dommage. Ta jolie Marianna a très envie de jouer.

- C'est une plaisanterie? Je vais vraiment devoir te supporter en plus de devoir échapper à tous ces zombies? Moi qui pensais que ça ne pouvait pas être pire, ça l'est finalement.

- Tu ne peux t'en prendre qu'à toi! Cela t'apprendra à ne pas chercher la vengeance sans réfléchir avant aux conséquences. Maintenant, oublie les trucs tout moches et viens me déshabiller.

- Il serait mieux de faire l'inverse.


Yanz en observait la succube de la tête au pied. Dans une telle tenue, comment voyager avec elle sans être remarqué, et éviter les ennuis ? Et puis, cela ne l'aider pas à punir la diablesse, s'il avait envie de la satisfaire? Dès que l'occasion se présenterait, il lui faudrait trouver une robe pour Marianna. Mais la démone ne l'acceptait pas, car elle se sentait déjà trop couverte :


- Mais je le suis, ce que tu vois est ma tenue habituelle. Je n'ai pas d'autre vêtement à mettre, et j'ai très très froid. Tu ne voudrais pas réchauffer ta Marianna avec tes gros muscles ?


Yanz ignora ses avances, refusant de lui céder, et insista pour qu'elle soit la plus chaste possible :


- Si tu dois vraiment me suivre, on va devoir te trouver une tenue plus correcte en chemin. Moi cette tenue me dérange, elle trop voyante. Elle ne couvre presque rien, et trop légère pour voyager.

- Ça ne te gênerait pas, si tu m'avais touché ! répliqua Marianna en se moquant de lui.

- Ce n'est pas le problème! Si tu attires trop l'attention, on risque d'avoir des ennuis en plus des zombies.

- On? Tu seras le seul à en avoir à mon avis. Moi je ne suis pas aussi fragile que tu ne le penses.


Marianna n'insista pas, car elle ne voulait pas non plus révéler au jeune homme ses vraies capacités. Mais lui ne s'y laissait pas prendre. Il trouvait la diablesse bien trop gentille et jolie pour ne pas cacher de danger. Après avoir marché toute la journée, ils arrivèrent dans un village se situant sur la route de Viennes. Il était désert de toute vie, mais était infesté d'une poignée de zombies errants. La nuit étant proche, Yanz était poussé par la faim et la fatigue. Il décida de nettoyer la zone, plutôt que de marcher plus loin pour trouver un endroit sûr pour dormir. Les morts-vivants éliminés, ils partirent quête de nourriture et d'un lieu pour se reposer avant la tombée de la nuit. Ils finirent par avoir ce qu'ils voulaient au centre du village, dans une épicerie abandonnée. Les propriétaires étant décédés ils n'eurent aucun scrupule à se servir, et à occuper leur chambre après s'être barricadés dans le bâtiment.


Yanz décida de s'enfermer seul dans la pièce par prudence vis-à-vis de la démone, dont il se méfiait bien plus que des zombies. Ce soir-là, la diablesse se mit à bouder, faisant un caprice d'enfant pour qu'il lui ouvre :


- Je m’ennuie ! Marianna très très froid ! Besoin câlin pour survivre ! Laisse-moi entrer mon bon maître. Marianna bien te remercier et te récompenser !

- Tu resteras dehors ! J'ai envie de me reposer !


Marianna gratta la porte comme un animal pendant plusieurs minutes. Sans le pacte, elle aurait dans doute attiré les zombies sur place. Mais elle décida d'aller dormir au rez-de-chaussée. Elle savait qu'elle était devenue dépendante de Yanz, mais aussi qu'elle pouvait tout de même essayer de l'influencer. Pour cela, elle devait se montrer la plus coopérative possible, afin de lui faire baisser sa garde pour pouvoir tenter quelques choses. Le lendemain matin, ils continuèrent leur route en direction de Viennes. Il n'y avait sur la carte que Yanz possédait, aucun autre village dans lequel s'arrêter pour la nuit, ils prirent ce qui leur était nécessaire en provision pour les deux jours à venir, puisqu'ils pouvaient se servir à volonté dans l'épicerie.


Le soir venu, ils eurent la chance de trouver une grotte pour s’abriter le temps d'une nuit, leur offrant une sécurité. Pourtant, le jeune homme était persuadé que le plus gros danger pour lui n'était pas les zombies, mais plutôt de passer les heures qui suivraient avec une démone en chaleur sans pouvoir s'en isoler. C'est pour ça, qu'au grand désespoir de Yanz, elle en profita pour dormir collée à la lui. Bien que la question des morts-vivants le perturbait, c'était aussi à cause de la présence de Marianna qu'il ne trouvait pas le sommeil. Celle-ci ne cessait de ronronner, et se frottait à lui en prétextant l'influence de son manque d'activité charnelle. Plutôt que d'adapter son comportement à Yanz, elle allait tout simplement tenter d'habituer le jeune homme à ses charmes de succube :


- Tu comptes vraiment être pénible toute la nuit ?

- C'est pas la faute à Marianna. C'est sa nature qui s'exprime. Estime-toi déjà heureux que je n'en réclame pas plus.

- Je n’ai pas demandé à subir ça. Tu ne pourrais pas te satisfaire autrement ?

- Marianna très très vilaine. Si elle pouvait éviter, elle serait le plus jolie des anges. Si tu m'aidais en me donnant du plaisir, tu dormirais plus vite et bien mieux.

- Je préfère encore ta première idée d'en rester là.


Yanz n'osait plus la repousser pour ne pas empirer la situation, et il passa une très mauvaise nuit-là. Le lendemain matin, c'est inquiet qu'ilreprît son chemin, tout en faisant comme s'il n'avait pas remarqué la présence de la diablesse collée à lui au réveil, sa main féminine, mais griffue posée sur son entre jambes. Si Marianna ne se préoccupait pas de ce qui les entourait, Yanz lui était toujours obsédé à l'idée de comprendre où avaient disparu tous les zombies qui les devançaient. Il ignorait naturellement la succube accrochée à son bras, qui tentait de l'embrasser et de lui lécher l'oreille dès qu'il ne faisait plus attention à elle. Tandis qu'ils avançaient en direction de Viennes, et quand tous deux arrivèrent enfin à destination, ce qu'ils purent voir annonçait le pire scénario possible. Un grand nombre de zombies entouraient la cité, et beaucoup d'entre eux avaient franchi les remparts. Les deux voyageurs entendaient déjà leur cries de souffrances et de terreurs des habitants d'une ville plongée dans le chaos, mais surtout: Viennes tout entière était en flamme!

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