Autour d'un chocolat

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Un garçon d'environ seize s'assoit à une table pour deux. Le bistrot est presque vide aujourd'hui car ce n'est pas une heure de pointe et le temps est bien trop maussade pour donner envie de sortir. Nous ne sommes que cinq : le barman, un couple semblant fêter un évènement important, le jeune garçon et moi. 


Le barman vient lui prendre sa commande et je l'entend demander deux chocolats chauds. Attend-il quelqu'un ? Chouette ! Je sens les bons ragots !

J'attends. J'attends. Personne. Il reste seul. Il a placé sa boisson en face de lui et l'autre en face de l'autre siège vide qu'il fixe d'un regard triste. Il boit une gorgée de son chocolat, s'essuye le début de moustache :

«Tu me manques Papi. Le fauteuil dans lequel je suis assis me rappelle celui dans lequel tu te trouvais à chaque fois que je venais. Tu devrais être encore là, aujourd'hui avec moi, à discuter de tout et de rien autour d'un bon chocolat. Le chocolat des souvenirs. Souvenirs presque effacés aujourd'hui tellement ils ont été ternis par le temps. En réalité, je n'en garde qu'un en mémoire : un homme fatigué par l'âge, immobile, droit et silencieux, toujours assis dans un grand fauteuil en osier. Ce souvenir est tellement loin maintenant, et j'ai tellement voulu le garder que je commence à croire qu'il n'a jamais été réel tellement il me reste si net. Heureusement que Papa est là pour me rappeler que ce n'est pas qu'un rêve. A l'époque je n'avais que 5 ans et tu me faisais peur, alors je ne faisais que te regarder de l'autre bout du salon avant de partir jouer dans la pièce d'à côté. Je ne garde aucun souvenir de t'avoir parlé. J'ai peur de ne l'avoir jamais fait. Et aujourd'hui je regrette. Alors, pour tenter de me racheter, je t'invite à boire un chocolat avec moi sur un fauteuil semblable au tien. La boisson va refroidir comme le fait mon cœur quand il sait que tous les souvenirs que je voudrais avoir de toi ne pourront plus jamais exister. Tu me manques Papi. Je t'aime Papi. Mais malheureusement je ne te l'ai jamais dit.»


Il se lève et part sans payer. Il a laissé là les deux boissons : l'une pleine, l'autre vide. Il a reposé la sienne comme le serveur le lui avait apporté. Elles restent immobiles, à la même place, comme le souvenir de son grand-père doit être figé dans sa mémoire et dans son cœur. 


Un chocolat pour la mémoire, un autre pour le coeur. Un chocolat pour le souvenir, un autre pour les songes. Un chocolat pour Papi, un autre pour Lui. Un chocolat pour l'amour, un autre pour les regrets. Un chocolat pour la mort, un autre pour la vie...

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