Tyrnformen

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TYRNFORMEN


Prologue : Une nouvelle ère


Dans les ruelles sombres et malfamées du sud de la ville d'Isendorn, une jeune femme avançait d'un pas assuré, presque félin, dans une direction connue d'elle seule. Dotée d'une silhouette fine et de taille moyenne, elle portait de longs cheveux noirs, aux reflets bleutés. La nuit était tombée sur la région depuis quelques heures maintenant, les hommes abandonnaient les échoppes pour rejoindre leurs familles ; les animaux nocturnes, jusque là terrés dans les coins inaccessibles à la population, quittaient leurs cachettes pour emprunter les rues habituellement fréquentées de jour par les humains. La haute-ville dormait depuis longtemps, les riches et les classes moyennes ne fréquentaient pas le peuple du soir. Ils le redoutaient, ils le craignaient, et pour cause. Ces personnes-là n'étaient pas comme eux. Depuis toujours, de nombreuses rumeurs et légendes couraient la ville à propos d'humains modifiés, déformés par le temps, la pauvreté et les mélanges entre espèces autrefois autorisés, dont les traces étaient encore visibles au niveau des caractéristiques physiques de certains spécimens. Des oreilles trop pointues, des canines trop allongées, une écaille qui n'aurait jamais dû exister, ces signes invisibles aux yeux des non-initiés mais représentant, pour un peuple rejeté et abandonné de tous, un héritage et un espoir pour le futur.


La jeune femme progressait dans les bas-fonds de la ville. Ici, les maisons n'étaient que des amoncellements de bois et de terre, rongés par les mites et l'humidité. Les riches avaient depuis longtemps déserté cet endroit sinistre, où de multiples personnes peu recommandables habitaient. Elle ne semblait cependant guère s'en soucier, avançant vers son objectif, sourire aux lèvres, arborant une allure qui se voulait confiante. Habillée d'une robe ample, couleur blanc-gris, elle évitait les flaques de boue en quelques bonds gracieux, que l'on pouvait apparenter à une danse. Son expression sereine, son teint pâle, sa démarche, tout semblait contraster avec l'ambiance sombre et sinistre régnant en ces lieux. Elle disparut à l'angle d'une épicerie pour arriver dans un cul de sac, dans lequel se trouvait un unique bâtiment, éloigné de tout, esseulé et négligé.


Sa façade semblait tordue, bancale. Les planches de bois désordonnées tenaient en place par un miracle quelconque. Accroché à une vieille poutre brisée en deux, un panneau de bois fin se balançait doucement de droite à gauche, poussé par le vent hivernal qui soufflait sur les terres de Tyrnformen depuis déjà quelques semaines. Un « Taverne des trois rosiers » pouvait être lu à sa surface, en plissant bien les yeux, l'humidité ayant rendu presque illisible l'écriteau. La jeune femme posa la main sur le bois rugueux et froid de la porte de la vieille bâtisse, apparemment toujours confiante. Elle semblait ravie de se trouver dans ce lieu pourtant effrayant et qui n'attirait aujourd'hui guère plus que les vieux ivrognes et les habitués. Elle poussa la porte et pénétra le bâtiment, dans un grincement qui attira immédiatement l'attention sur sa personne. Une poignée de tables illuminées par des bougies accueillaient encore quelques ivrognes, la plupart silencieux, en train de jouer aux cartes ou tout simplement endormis à même le sol, une chope à moitié pleine dans la main. La jeune femme s'approcha du bar à pas feutrés, évitant les divers obstacles sur sa route, tout en croisant les regards suspicieux, malveillants des personnes installées sur les chaises en bois.


Le tavernier était un vieil homme, qui en avait probablement vu plus tout au long de sa vie que l'ensemble des habitants de la capitale humaine. Il avait survécu à la guerre, il avait connu les bas-fonds lorsqu'ils étaient encore respectables. Certains donnaient pour explication à sa longévité exemplaire la présence de sang d'elfe dans ses veines. Bien qu'il se dît humain, l'homme avait plus d'une centaine d'années et était toujours au meilleur de sa forme. Seule sa vue avait baissé sensiblement, mais il n'en restait pas moins vif d'esprit et toujours prêt à rendre service aux personnes qu'il jugeait dignes d'intérêt. Alors qu'il astiquait tranquillement des verres, il releva la tête en entendant du bruit près du bar.


« On va fermer, dit-il d'une voix calme et grave. Revenez demain.

- Je suis attendue mon brave. Par Messire Panrion. Je m'appelle Indrala, il vous a sans aucun doute déjà prévenu de mon arrivée. »


Le vieil homme posa son verre, avant de mettre ses mains ridées et usées sur le bar, en plissant les yeux, pour essayer de mieux voir son interlocutrice. Elle avait une voix fluette, presque enfantine, très agréable à entendre pour tout homme s'y connaissant un minimum en matière de femmes. Elle était en effet très jeune, peut-être une vingtaine d'années pour les inconnus la croisant dans les rues bondées. Son nez et ses lèvres fines attiraient les regards sur elle, mais bien moins que ses yeux, d'une couleur brune orangée très particulière, foncée et profonde. Ses longs cheveux tombaient en cascade sur ses épaules et son visage, un peu désordonnés cela-dit, indiquant qu'elle n'avait pas eu beaucoup de temps pour s'occuper d'elle ces derniers temps. Elle avait effectué un long voyage et avait privilégié son confort personnel à sa tenue. Le tavernier passa devant le comptoir et se mit à tourner autour d'elle, tel un maître jugeant de la qualité de son disciple, qui ne bougea pas, un petit sourire aux lèvres. La personne qu'elle voulait voir avait omis quelques détails sur son physique, en conclut-elle.


« J'ai beaucoup entendu parler de toi. Adranar attend ta venue depuis plusieurs semaines.

- J'ai mis du temps à arriver, je le sais bien. J'ai été bien occupée ces derniers mois.

- Il est dans sa chambre, à l'étage. C'est la seule porte ouverte. Le connaissant, il doit encore être éveillé à cette heure-ci. Rejoins-le. »


Indrala s'inclina légèrement, par politesse, avant de prendre le chemin des escaliers. Elle lança un dernier regard à la salle. Plusieurs personnes détournèrent les yeux. Ils l'espionnaient, elle le savait. Les étrangers n'étaient pas les bienvenus dans les parages, dans toute la ville en général. Les humains étaient naturellement méfiants, ce qui pouvait être certes un avantage pour leur propre survie, mais un danger potentiel quand il s'agissait d'agissements envers d'autres individus comme elle, comme le tavernier. Elle monta les marches en bois sombre quatre à quatre, préférant les ignorer. L'étage était plus décoré et rassurant que le rez-de-chaussée. Un long couloir, dont les murs étaient peints en rouge violacé, donnait sur trois chambres. Seule l'une d'entre elle était éclairée. Les deux autres avaient été jugées trop insalubres pour être habitées et servaient désormais de débarras pour la nourriture des clients de la taverne. Un fauteuil abîmé avait été abandonné contre un mur, poussiéreux et tâché de diverses substances non-identifiables. Un tapis vert, troué et décousu par endroit menait directement à la chambre éclairée ; Indrala s'empressa de s'y rendre. Elle avait beaucoup tardé en route, il fallait en finir au plus vite. Elle tapa deux fois à la porte de la pièce. Un grognement lui répondit, lui disant d'entrer, ce qu'elle fit, avec le sourire.


Assis devant un bureau sur une chaise abîmée, à trois pieds, un homme semblait concentré sur un parchemin, une plume dans la main droite. Son visage hâlé était penché sur le texte, seulement éclairé par la lumière d'une bougie mourante devant lui, tandis qu'il tirait sur un long bouc noir jais, de sa main libre, de la même couleur que les longs cheveux lui tombant jusqu'en bas du dos. Sa robe de mage, autrefois blanche, était tâchée d'encre par endroit, froissée, sale. Elle avait sans aucun doute connu des jours meilleurs. À première vue très fatigué, d'immenses cernes entouraient ses yeux, eux aussi d'une couleur très inhabituelle, d'un brun très pâle, presque doré. Indrala resta à l'entrée. Elle s'appuya tranquillement contre la porte, un sourire attendri aux lèvres.


« Après toutes ces années, je vois que tu n'as pas beaucoup changé. Toujours perdu dans tes livres, Adranar ? »


L'homme se figea. Ses lèvres s'étirèrent pour former un demi-sourire, il pivota sur sa chaise, et releva les yeux vers la nouvelle venue. Son visage s'illumina, une petite étincelle s'était allumée dans son regard. Il se leva, s'approcha rapidement et la prit dans ses bras en riant.


« Indrala ! Je suis si content de te voir ! As-tu fait bon voyage ?

- Oui. Quoique long. Tu sais bien comment est Warazi en cette saison. Les Sanglants m'ont donné beaucoup de travail, c'est un miracle d'avoir réussi à me libérer pour venir te voir. »


Adranar Panrion relâcha son emprise autour de la taille de la jeune fille. Ses yeux dorés s'illuminèrent doucement et des écailles rouge sang commencèrent à recouvrir son visage et ses bras dénudés. Indrala capta le message, ses yeux se mirent eux aussi à luire, et le même phénomène se produisit sur sa propre peau. Elle reprit cependant bien vite son sérieux.


« Pourquoi m'avoir demandée ? J'ai cru comprendre que c'était important dans ton message.

- En effet. Assieds-toi, je vais t'expliquer. Nous sommes à l'aube d'une nouvelle ère chère amie. »


Il lui indiqua de la main ce qui semblait être un lit, maintenu en hauteur par une pile de gros livres. Indrala s'installa dessus, rejointe rapidement par Adranar, une petite fiole contenant un liquide rose fluorescent dans la main. L'homme était enchanté de la lui présenter. Il y avait dans ce flacon l'équivalent de centaines d'heures de travail, de recherches, d'expériences, d'insomnies. Indrala posa un doigt sur la surface du verre entourant le produit, méfiante, sourcils froncés.


« Qu'est-ce que c'est ?

- Ce qui va sauver notre espèce, clama fièrement le mage. Nous allons enfin pouvoir gagner les hauteurs, sortir sans cacher ce que nous sommes, vivre pleinement notre vie de dragon sans avoir à craindre les pulsions meurtrières des humains. Ils n'auront nul autre choix que de nous accepter après ce que nous allons faire.

- Je ne comprends pas, rétorqua Indrala. En quoi ça va nous aider ? C'est une potion. Même si elle tue quelqu'un d'important, ça va... Renforcer la haine des humains à notre égard. En aucun cas les encourager à nous apprécier. Tes rêves de vieil optimiste n'aboutiront jamais, les hommes ne changent pas. Ils empirent avec le temps. Ils se répandent à la surface de Tyrnformen comme un virus. »


Adranar sourit malicieusement à la jeune femme.


« Qui a parlé de meurtre ? Je sais que les Sanglants préfèrent habituellement mettre fin à ce qui les ennuient plutôt que de chercher des solutions. Mais ce n'a jamais été mon cas. J'ai travaillé sur cette potion pendant plusieurs mois, elle est faite à base de mon sang, elle n'a pas de goût, pas d'odeur... le liquide parfait. Il faut juste que l'on trouve un moyen de la faire avaler au prince héritier.

- Tu as perdu la tête ?! S'exclama Indrala. Tu crois vraiment qu'ils te laisseront approcher le prince sans rien dire ? Si jamais ils découvrent ce qui s'est passé, je ne donne pas cher de ta peau. Et comment comptes-tu lui faire ingérer ?

- Tu étais la meilleure en infiltration à l'académie, et j'ai pensé que tu pourrais m'aider. Le prince est curieux, il accorde volontiers son attention à qui la demande. Demain, il sera en visite en ville, comme toutes les semaines. Il faut trouver un moyen de lui vendre la potion. En lui disant que ça effacera ses boutons ou que ça adoucira sa peau, les nobles adorent ce genre d'âneries. »


La jeune femme pinça les lèvres, peu convaincue. Elle craignait pour sa vie autant que pour celle d'Adranar. Bien que les Sanglants s'entraînaient depuis leur jeunesse pour remplir ce genre de mission, cela restait un exercice difficile, dont l'issue était complètement imprévisible. Bon nombre d'entre eux étaient tombés sous la main des autorités humaines pour moins que ça. Ce qu'Adranar prévoyait pouvait être considéré comme une haute trahison vis-à-vis de la famille royale, qui les conduirait tous deux immédiatement au bûcher. Ou pire. Toutes les créatures non-humaines vivant dans les bas-fonds étaient au courant des expériences effectuées sur leurs confrères dans les prisons du château, et tous avaient redoublé de vigilance. Se faire attraper par les autorités signifiait connaître la misère et la torture, et dans ces cas, bien souvent, on oubliait la personne arrêtée dans l'heure, puisque les chances de la revoir un jour, vivante, étaient infimes, presque inexistantes.


« Que va faire cette potion ? Interrogea Indrala, toujours sur ses gardes, incapable de se décider sur si elle devait suivre ou non ce savant fou dans son plan impossible qui pourrait possiblement les conduire à une aube nouvelle et réjouissante... Ou à la mort.

- Elle va faire muter le sang du prince. Il va devenir comme nous.

- Un Sanglant ?

- Peut-être. Un dragon tout du moins. Je crains fort en revanche que les humains et les « autres » ne voient pas nos méthodes de travail d'un très bon œil. Ils vont essayer de stopper notre cobaye, peut être même de le tuer. Je suis prêt à parier que le Roi va l'envoyer dans les terres de l'Ouest pour le faire « soigner ». Nos troupes doivent se tenir prêtes pour le réceptionner dans la ville de Mornepierre.

- Combien de temps cela prendra-t-il ? »


Le vieux dragon se gratta le bouc, en pleine réflexion.


« Les premiers effets de la potion se manifesteront dans les trois mois à venir, mais la première vraie mutation n'aura lieu que l'année suivante. Nos troupes ont le temps de se préparer. La guerre est en marche Indrala.

- Dès que ce sera fait, je regagnerai Warazi pour en informer immédiatement le Haut Conseil.

- J'en conclus donc que tu acceptes de m'aider ? »


La dragonne passa une main dans ses cheveux désordonnés, en soupirant. Ce plan ne lui plaisait guère, mais les conséquences qui en découleraient, bonnes ou mauvaises, en seraient forcément intéressantes. Elle se mordit la lèvre inférieure. Sa décision était prise.


« Très bien. J'accepte. Mais je décide de la manière dont on va s'y prendre. Et je prends le lit cette nuit.

- Comme tu veux. On a une longue journée de prévue demain, et je n'ai pas encore fini de travailler. Fais comme chez toi. Mais avant... »


Il sortit deux chopes d'un des tiroirs du bureau et en tendit une à Indrala. Il versa un reste de bière que le tavernier lui avait apporté plus tôt dans chaque tasse.


« À notre future victoire, déclara calmement Adranar.

- À la race dragonne et à son ascension, conclut Indrala. »


Les chopes s'entrechoquèrent, concluant le pacte et la promesse d'une nouvelle ère. Les dragons avaient longtemps été la proie de la folie des hommes, ce temps était désormais révolu.

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Adrien de saint-Alban


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Adrien de saint-Alban
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