Chapitre 4: Diamant (2/3)

4 minutes de lecture

Lorsque j'ai ouvert les yeux, j'ai immédiatement remarqué que Jason avait l'air très fatigué, et c'était bien la première fois que je le voyais avec une barbe aussi peu soignée. Je me demandais quel miracle l'avait conduit jusqu'à moi, alors que je le croyais en Inde, et pourquoi j'étais immobilisée sur un lit. J'ai essayé de bouger, mais j'avais la sensation que quelque chose clochait, d'être dans un étau, parce que j'avais beaucoup de difficultés à respirer, et je ne comprenais pas pourquoi j'étais là. Jason a pris mes mains dans les siennes, que j'ai trouvé très froides, et je me suis dit que j'avais peut être beaucoup de fièvre. Il m'a dit que je n'avais plus rien à craindre, qu'un policier était en faction devant la porte de ma chambre. Je devais avoir l'air complètement ahurie, parce qu'il s'est empressé de rajouter que ma mère avait disparue, et que je ne devais absolument pas rester seule. Sans trop savoir pourquoi j'ai soulevé les draps, pour m'assurer que mes jambes étaient bien là, et je me suis mise à pleurer. J'avais vraiment eu beaucoup de chance que Jason soit arrivé à temps.

J'ai très vite compris que j'étais dans une chambre d'hôpital, et j'ai eu très peur d'apprendre que je venais d'avoir un accident, mais je me suis souvenue que ma mère avait essayé de m'étrangler. Je m'étais débattue sur le sol, alors qu'elle serrait mon cou de toutes ses forces, et j'ai senti que ma tête avait heurté quelque chose de très dur. Il m'a semblé entendre des gens crier dehors, et j'ai eu envie d'ouvrir la porte, mais j'avais la sensation que quelqu'un, ou quelque chose, m'attirait dans la direction opposée, sans que je puisse contrôler quoi que ce soit. Ensuite J'ai fait des rêves étranges, et dans chacun d'eux Jason était présent, mais il était toujours différent, d'ailleurs moi aussi j'étais complètement différente. J'ai trouvé que le dernier rêve était magnifique, et j'ai essayé de le raconter à Jason, mais je n'avais pas la force de lui parler, alors je me suis contentée de l'écouter.

J'avais la sensation d'avoir vécu plusieurs vies à travers mes rêves, d'autant plus que je croyais que toutes mes aventures étaient bel et bien réelles, pourtant j'étais surprise lorsque Jason m'a expliquée que j'étais à l'hôpital depuis plus de trois semaines. Dans mon dernier rêve ma mère venait d'entrer dans une bijouterie, qui ressemblait beaucoup à celle où je suis employée, sauf que celle-ci semblait abandonnée. Le Jason de mon rêve venait à peine de forcer la porte, car il faisait de la Magie, tout comme Jason, et il avait aussi appris à crocheter les serrures. Je me suis réveillée au moment où le vrai Jason est intervenu pour me porter secours, et je me suis rendu compte qu'il y avait beaucoup d'agitation dans la bijouterie, mais je ne me souvenais pas d'avoir été transportée à l'hôpital. C'était tout de même curieux de découvrir que j'avais été entre la vie et la mort pendant trois jours, alors que j'étais persuadée d'avoir vécu des choses extraordinaires.

J'étais atrocement gênée, lorsque Jason m'a appris qu'il avait toujours su que ma mère n'était pas du tout celle qu'elle paraissait être. Pendant toutes ces années je m'étais bien gardée de me confier à qui que ce soit, parce que j'étais persuadée que personne ne m'aurait cru. Il faut dire aussi que j'étais loin d'imaginer qu'une bonne partie de mon entourage se doutait qu'il se passait des choses un peu étranges chez nous. D'ailleurs l'assistante sociale de mon collège était venue à la maison, mais après avoir discuté avec ma mère, elle était repartie aussi satisfaite que si elle venait de retrouver une vieille amie. Et bien des années plus tard, j'ai appris qu'elle avait dit à mes professeurs qu'ils s'étaient trompés, que mes parents étaient des gens tout à fait charmants. Je dois reconnaître que je faisais tout mon possible pour que personne ne remarque que je pleurais souvent, parce que j'étais consciente que ma mère se comportait bizarrement, et j'avais honte. Mais je ne savais pas encore que mes parents n'étaient pas mes parents, où plus exactement que je l'avais oublié.

J'ai demandé à Jason de me parler de son séjour en Inde, mais j'étais incapable de l'écouter comme je l'aurais souhaité, car je revivais le moment où j'avais découvert trois passeports tchèques et deux alliances serties de diamants, dans les effets personnels de ma mère. Je dois avouer qu'au moment où j'avais mis ses affaires sens dessus-dessous je ne m'attendais pas vraiment à découvrir quelque chose, mais j'avais été intriguée par les propos que m'avait tenus l'ancienne propriétaire de la bijouterie, au sujet d'un couple d'origine étrangère. Elle prétendait que les jeunes gens avaient loué une chambre dans le gîte rural que tenaient mes parents, à cette époque là, qu'ils avaient disparu sans payer leur note de séjour, et en abandonnant leur petite fille de six ans. Or, si personne n'avait jamais accordé crédit aux récits de cette femme, pour la simple raison qu'elle était très âgée, et semblait avoir perdu la raison depuis le dernier cambriolage de la bijouterie, j'étais tout de même étonnée que mes parents ne m'aient jamais parlé de cette histoire.

Certes, la vieille dame ne n'avait pas laissé entendre que j'étais cette petite fille, mais je me demandais pourquoi je n'avais aucun souvenir d'enfance, ni même de photos, contrairement à mes amies. Et lorsque j'ai découvert les alliances et les passeports tout au fond du grand tiroir secret, où ma mère cachait toutes sortes d'anxiolytiques, mon coeur s'est arrêté de battre, car le couple de touristes étrangers n'avaient pas pu quitter le pays sans leurs passeports. Et je savais que la femme aux cheveux très courts, au visage émacié et aux grands yeux de biche était ma vraie mère.

FIN DE LA PARTIE 2/3 DU CHAPITRE 4. PARTIE 3/3 DU CHAPITRE 4 ET ÉPILOGUE À VENIR.

Annotations

Vous aimez lire Irène Martinelli ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0