Chapitre 16

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Quelques jours ont passé depuis cet après-midi là. Tristan a de plus en plus de souvenirs qui lui reviennent : parfois, joyeux, parfois, douloureux. Il a tout de même passé un scanner au sujet de ses douleurs à la tête : tout est parfaitement normal. Le médecin pense qu’il s’agit d’un mécanisme de défense psychique pour signaler que cela en fait trop.

Notre histoire poursuit son cours : nous ne nous cachons pas, comme l’a voulu Tristan. En public, nos mains ne se lâchent que très rarement et en privé… nos bouches ont souvent le plaisir de se retrouver. Lydia a feint d’être heureuse pour nous : je sais bien que pour elle, cette annonce a été difficile. Avait-elle encore un espoir ? Je n’espère pas puisque de toute façon, je ne l’aurai jamais vu comme une potentielle petite amie, même si Trist m’avait rejeté.

Au vu de tout ce qui s’est passé, je n’avais pas réalisé qu’elle passait son bac cette année. Elle l’a eu haut la main bien évidemment.

  • Je vais partir, nous annonce-t-elle un soir, alors que nous sommes comme à notre habitude perchés sur le toit.
  • Tu vas partir ? Mais où ? questionne Tristan.
  • Oh mon petit chat… fait-elle en regardant Trist tendrement. Je ne sais pas si tu le réalises mais… c’est très difficile pour moi de vous voir ensemble… Du coup, j’ai décidé d’aller dans une fac, dans une autre ville. Je pourrai ainsi peut-être t’oublier Bibou.

Trist s’approche d’elle et l’enlace. J’essaie de contrôler ma jalousie mais y arrive à peine. Mon petit lion lui confie s’être rappelé de leur conversation dans la remise. Elle a un rire amer.

  • Le jour de notre pari ! s’exclame-t-elle.
  • Oui, exactement ! Mais… je n’ai jamais pu te considérer comme une rivale : tu as toujours été tellement gentille avec moi ! Dans ma tête, je t'appelais mon ange roux. Lorsque je t’ai revu pour la première fois, j’ai été choqué parce qu'un ange avec la couleur de tes yeux et de tes cheveux m’avait sauvé des flammes lors d’un cauchemar que j’avais fait à l’hôpital…

Calme-toi, Rey…

Je ne peux m’empêcher de poser un bras d’autorité sur les épaules de Tristan et de le ramener à moi. Lydia et Trist se regardent avant d’éclater de rire.

  • Ne sois pas jaloux, mon démon angélique après tout…
  • Je ne risque pas de te le prendre ça, c’est sûr Bibou ! le coupe Lydia.

Qu’allait-il dire ?

Ce soir-là, nous nous quittons en sachant que Lydia devrait partir d’ici trois semaines.

Tristan m’a supplié de l’emmener dans ma salle de sport : il en a marre de ses “brindilles”. Érika a été heureuse de le revoir et elle a pratiquement sauté de joie lorsqu’elle a su que nous sortions enfin officiellement ensemble. Trist lui demande de l’aider à se muscler : il veut absolument prendre du poids. Érika revêt alors sa tenue de coach et prend Tristan en main pendant que je fais ma séance de mon côté. Après plusieurs cours, elle le laisse se débrouiller seul, lui donnant simplement un programme à effectuer. Encore une chose que nous partageons.

Mme Villepin a suspendu mon contrat, le temps que je règle mes problèmes personnels. Je devrais reprendre le travail après les vacances d’été. Cela a aussi fait réfléchir Tristan : il a demandé aux parents ainsi qu’à Hannah, s’il pouvait entrer en apprentissage dans sa boutique. L’idée a tout de suite plu. Les papiers sont en cours et mon petit lion devrait commencer à peu près en même temps que moi.

Tout se passe pour le mieux… Sauf que… Même si nous sommes proches, mon petit lion ne m’a toujours rien dit au sujet de ses sentiments. Je m’étais pourtant promis de ne pas le brusquer mais… je viens à bout de ma résolution. Il faut que je sache. M’aime-t-il ou… ? Parfois, je repense à cette phrase qu’il m’a dite… Je ne peux nier le sentiment qui grandit en moi… Je garde espoir mais…

Nous sommes en début d’après-midi. Nous nous promenons main dans la main dans le quartier. J’ai décidé de l’emmener à son arbre : c’est le seul endroit que nous n’avons pas encore revu depuis notre retour. Je me sens un peu morose et Trist le sent bien. Nous arrivons aux abords de la clairière.

  • Rey… Que se passe-t-il ?

Je le regarde, ne sachant pas quoi répondre. Je m’étais pourtant promis de ne pas le brusquer et de me contenter de ce que j’ai. Et pourtant… Je sens monter en moi une énorme bouffée de tristesse. Mes yeux se remplissent de larmes. Je le serre contre moi pour la première fois dehors : nous avons toujours été très pudiques en public. Mais là… Je… Je ne peux m’en empêcher.

Ses mains se joignent dans mon dos et il se presse contre moi.

  • Rey… Mon démon angélique… Nous sommes à l’extérieur… N’importe qui pourrait nous voir…
  • Et alors? Je m’en fou… Je t’aime et je suis prêt à le montrer au monde entier. Tu le sais pourtant non ?

Ses yeux se lèvent vers moi et j’y lis une tendresse profonde.

Mais pas de l’amour… Tant pis…

Pour cacher ma déception, ma frustration, je me penche et m’empare de ses lèvres dans un baiser chaste. Ses yeux paniquent un instant mais finalement, il se laisse faire et va jusqu’à empoigner mes cheveux pour m’attirer plus proche de lui. Sa langue glisse dans ma bouche. J’aime cette sensation. Il finit par se séparer de moi, non sans avoir posé au moins un millier de baisers sur mes lèvres.

  • Tu deviens… plus entreprenant… me moquais-je.

Il me sourit, tout en posant son front contre mon épaule. Nos doigts sont entrelacés. Il tourne la tête et ses yeux balayent la petite clairière poussiéreuse. Soudain, son visage change du tout au tout. Ses mains me lâchent. La scène se passe comme au ralenti.

Il fait quelques pas vers le centre puis lève la tête vers le poteau électrique. Il fait un tour sur lui-même. Ses yeux se sont voilés et sa tête se penche sur le côté. Encore ce mécanisme. Je m’approche lentement de lui. Son expression est bizarre… Je ne saurais définir ce qui se passe mais… ce n’est pas bon.

  • Richie… Douleur… Photo… Non… Il ne doit pas ternir la réputation de Rey… Non… Je dois l’arrêter… Vite… Mon couteau… Non… Pas elle… Ne t’approche pas de moi… Non… Va-t’en maman ! Va-t’en… Je ne veux pas… AAAAAAAAAAAAHHHHHHHH !

Il s’effondre au sol la tête entre les mains. Je m’affale près de lui et le prend dans mes bras, complètement paniqué. Trist se débat comme un beau diable, me frappant, me griffant. Son cri… son cri m’a terrifié. Ses yeux sont vitreux et comme fous.

  • Lâche-moi. Lâche-moi. Je ne veux pas, non ! Je ne veux pas venir avec toi ! Lâche-moi ! Pitié… Maman… Laisse-moi…
  • Mon petit lion ! Mon petit lion ! C’est moi ! C’est moi ! Regarde-moi ! Je t’en prie ! Reviens ! Je… J’ai besoin de toi…

J’ai terminé ma phrase dans un sanglot. Les yeux de Tristan se rallument doucement… Et il s’accroche à moi. Son visage dans mon cou, il pleure à chaudes larmes. Je ne suis pas en reste. Je crois que je n’ai jamais eu aussi peur de toute ma vie.

  • Je me souviens Rey… Je me souviens de tout… je t’en prie… aide-...

Il s’est évanoui dans mes bras. Je ne sais plus quoi faire. Je suis en panique totale. Mon portable est resté à la maison, en charge. Nous ne sommes pas très loin. Je le soulève dans mes bras et court. Arrivé dans l’allée, Ma étend du linge au soleil.

  • Que s'est-il passé, Rey ? me questionne-t-elle en accourant vers nous.
  • Je ne sais pas Ma… Il a eu comme… comme un instant de folie avant d’hurler et s’effondrer au sol… Il m’a juste dit… qu’il se souvenait de tout… Ma ? Qu’est-ce qu’on fait ?
  • Allonge-le dans le sofa. J’appelle ton père. Il saura quoi faire.

J’entre dans le salon et le dépose délicatement sur le fauteuil. Ses joues sont blêmes mais sa respiration est normale. Je ne sais pas quoi faire et ce sentiment est affreux. Il m'a demandé de l’aide. Mais comment ?

Oh, je t’en prie... je t’en prie, ouvre les yeux mon petit lion. Je serai patient, je te le promets, mais reviens moi…

Comme en réponse à mes prières silencieuses, il ouvre les yeux et les porte sur moi. Son sourire… son sourire me fait fondre malgré que mon coeur ne semble pas se remettre de la frayeur que je viens d’avoir. Ma entre dans la pièce, un gant frais dans la main.

  • Seigneur mes petits… Je vous jure que vous allez me faire mourir d’une crise cardiaque ! fait-elle, tout en passant le linge sur le visage poussiéreux de Trist.
  • Non, Ma… Des cheveux blancs… C’est tout ce que nous pouvons te donner… lui répond Trist.
  • Des… marmonne-t-elle.

Ses yeux se sont arrondis. Elle le regarde puis lui sourit avant de lui donner une tape sur le front.

  • Si je m’attendais à ça ! vocifère une voix pâteuse dans mon dos.

Une voix pâteuse que je reconnaitrais entre mille pour l’avoir entendue pendant quatorze années. Je ne peux pas y croire. Je ne veux pas y croire. C’est impossible. Pas après tout ce temps. Il ne peut pas réapparaître maintenant. Je me retourne lentement en espérant que mes oreilles, que mon esprit me jouent des tours. Dans l’encadrement de la porte… se trouve Albi, plus abîmé que jamais, et toujours plus saoul.

Son sourire… c’est le même que lorsqu’il s'apprêtait à nous tomber dessus. Ma se redresse, fièrement, et campe devant lui.

  • Qu’est-ce que tu fous chez moi, Albi ? demande-t-elle froidement.

Il lui assène une gifle monumentale et elle s’effondre au sol.

  • Ta gueule, pétasse.

Lorsqu’elle relève son visage, un filet de sang descend de son nez. Ses yeux expriment une peur bleue mélangée à de la colère. Je n’arrive toujours pas à bouger. Mon petit lion agrippe mon bras pour s’aider à se lever. Son visage est glacial, exprimant une fureur sans nom. Je crois… Je crois qu’il veut voir le visage de celui qui m’a tant blessé.

  • Me regarde pas comme ça morveux.
  • Mes yeux m’appartiennent. Je regarde qui je veux comme je le veux, lui répond-il sèchement. Et je ne compte pas baisser le regard.

Whaou. Je ne le croyais pas si courageux que ça. À côté de lui, je tremble comme une feuille. Mes peurs, mes craintes, mes souvenirs m’empêchent de bouger et même de parler. Il se lève avec difficulté mais reste droit. Ses prunelles lancent des éclairs.

  • Salut Rey… susurre Albi, en posant ses yeux sur moi. Si j’avais su que je te retrouverai un jour… Et qui plus est en train d’embrasser un garçon… Putain la honte ! Mon fils est PD ! En même temps, ça ne m’étonne pas de toi. Tu as toujours été une lopette…
  • Vu le mec qui lui sert de géniteur, ceci explique cela, marmonne Trist.
  • Qu’est-ce t’as dit sale petit con ? hurle Albi, ivre de colère.
  • Tu m’as bien entendu connard.

Je n’en reviens pas. Mon petit lion continue sur sa lancée. Comme quoi seul un lâche aurait eu le cran de faire ce qu’il a fait. De faire endurer tant de souffrances à des enfants et à une femme dont le seul défaut a été de l’aimer. Plus il avance dans sa tirade, plus je vois la fureur d’Albi monter en flèche. Ses mains tremblent mais Tristan n’est pas en reste. Albi fait bien deux fois son poids mais il n’en a rien à faire.

Il se penche vers Ma pour l’aider à se relever. Elle semble tout aussi stupéfaite que moi de la véhémence de Trist. Albi se met à grogner. Ses poings se serrent et se desserrent. Son regard est mauvais. Un filet de bave coule de ses lèvres.

C’est pas bon. Il va les attaquer… Bouge, Rey, nom de dieu… BOUGE !

La scène se passe comme au ralenti. Albi fonçant sur Tristan pour le frapper. Ma tentant désespérément de se placer entre eux deux. Moi sautant par-dessus le sofa pour l’intercepter. Et je réussis. Je le saisis à bras le corps et le déséquilibre. Nous tombons tous les deux. Je me relève. Ça y est. Je brûle de colère. Toute la haine que j’ai accumulée contre cet homme fait surface.

Tu ne toucheras pas à un seul de ses cheveux.

Son expression semble me dire “approche”. Pas besoin de me le dire deux fois. J’arme mes poings et fonce sur lui en hurlant. Mes années d'entraînements avec Érika, mes bagarres vont enfin me servir. Je le frappe avec la force du désespoir. Nous roulons au sol et je finis par avoir le dessus. Mes poings le martèlent jusqu'à ce que je sente une douleur fulgurante sur mon côté gauche. Instinctivement, j’y mets ma main et… elle ressort couverte de sang. Albi me désarçonne et cherche à s’enfuir.

À ce moment, Paps apparaît dans l’encadrement de la porte. Pile au moment où Albi tente de la franchir. Ses yeux changent du tout au tout. Paps nous regarde. Ma avec le nez ensanglanté. Trist à ses pieds. Moi, blessé au flanc gauche. Sa rage est palpable. Albi est tétanisé.

Enfin… Je peux voir la peur sur son visage.

Paps et lui se jaugent une fraction de secondes. Ses poings se ferment et avant qu’Albi ne puisse réagir, il lui assène une droite monumentale. Son corps se soulève pour s’écraser deux mètres plus loin, amorphe. Ses yeux se sont révulsés. Je jubile intérieurement.

Tu n’as que ce que tu mérites.

  • Rey… Mon démon angélique…

Je sens l’odeur de mon petit lion, mélangée à celle du sang. Mon sang. Sa voix me parvient mais comme étouffée. Il est là, près de moi, les yeux remplis de larmes. Sa main est sur mon visage et l’autre sur ma plaie. Ses larmes tombent sur mes joues.

Mais quand… ?

  • Mon coeur… Mon coeur… reste avec moi…

Je suis là… Mon petit lion… Je suis là…

  • Non ! Non ! Ne ferme pas les yeux… Paps… Paps… Fais quelque chose… Je t’en prie !

J’ai froid tout à coup… Pourtant tu es près de moi, mon amour…

  • Mon démon angélique… Reste là… Reste avec moi… Bats-toi… Je viens à peine de tout me rappeler… Je t’aime… Je t’en prie… Reste… Je t’aime tellement…

Enfin… enfin… je l’entends enfin… ces… trois… mots… que… j’attendais… tant…

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