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En ouvrant les yeux, Gabriel mit un certain temps à se remémorer où il se trouvait. Puis il se rappela, et fut d'autant plus surpris en constatant que c'était la lumière du jour qui le réveillait de si bon matin. Il se trouvait toujours dans son lit, au milieu du dortoir, dans le sanctuaire des hovacks au cœur du mont Eratar. Il enfila rapidement son pantalon et sortit de son abri de tissu pour voir d'où provenait cette clarté.

Les rais de lumière provenaient de puits creusés dans le flanc de la montagne. Un système de miroirs sans doute, se dit Gabriel.

— Tu pourrais t'habiller correctement avant de sortir !

Gabriel se retourna et se retrouva nez à nez avec Ellohira.

— Oh, pardon. Je ne savais pas que...

La belle jeune femme éclata de rire.

— Ça n'est pas grave ! Je plaisantais. Plus sérieusement, dépêche toi de finir de t'habiller et d'aller manger. Je crois que Nihyr est pressé de voir ce que tu vaux.

— Comment ça ?

— Eh bien comme il te l'as déjà dit, il y a de très fortes chances que tu sois un sifis, comme nous. Il veut voir ce que tu as dans le ventre.

— Mais je n'ai jamais dit que je voulais devenir un hovack ! s'alarma Gabriel en repensant à l'énorme dragon.

Ellohira haussa les épaules et s'en alla sans rien ajouter. Gabriel fut foudroyé par le mépris qu'il venait de voir dans les yeux de la jeune femme. Dès ce moment, il se dit qu'il devait au moins voir ce qu'il pouvait faire.

Il prit rapidement son petit déjeuner, puis fit un passage éclair dans une des salles d'eau où il s'aspergea le visage avant de retrouver Nihyr dans la grande salle.

Ils se rendirent alors dans une pièce que Gabriel n'avait pas encore vue. Quelques chaises sobres en bois et une table du même style se trouvaient là. Sur la table trônaient divers objets plutôt banals, certains en partie détruits.

— Assieds-toi, dit Nihyr en désignant une chaise proche.

Il en prit une lui-même et s'installa en face de Gabriel qui se sentait un peu nerveux.

— Détends-toi, continua Nihyr, il ne peut rien t'arriver ici.

— C'est que je ne sais pas vraiment ce dont un sifis est capable. J'ai peur de ne pas réussir à faire ce que vous me demanderez.

— Ne t'inquiète pas. Je ne te demanderais rien d'impossible. Mais il est normal que tu n'y arrives pas tout de suite. Aucun de nous n'est devenu ce qu'il est aujourd'hui facilement. Nous avons tous beaucoup souffert et travaillé dur pour arriver là où nous en sommes.

Nihyr marqua une très courte pause, puis reprit :

— Bien ! Tu vas commencer par essayer de vider ton esprit de toute pensée inutile. Tu dois te concentrer sur ce que tu dois faire. Je vais t'apprendre à enflammer l'air.

— On peut faire ça ? s'extasia Gabriel.

— Oui, nous pouvons. Maintenant concentre toi. Tu dois ne penser à rien. Une fois que tout sera silencieux dans ton esprit, tu devrais ressentir une sorte... d'énergie. Ensuite, laisse toi envahir par cette énergie. Ressens-là, laisse-la parcourir ton corps. Quand tu te sentiras prêt, tu devras la forcer à sortir. Fais comme si tu voulais pousser un objet très lourd avec ton bras. Ça t'aideras un peu.

Gabriel ne comprit pas bien. Il se concentra néanmoins. Quand la sensation survint après de longues minutes, il fut si surpris qu'il en perdit sa concentration.

— Tu as ressenti quelque chose ? demanda Nihyr, voyant Gabriel rouvrir les yeux en sursautant.

— Oui... C'est très étrange comme sensation. C'est comme si quelque chose de chaud passait dans mon cerveau.

— Recommence, tu es en bonne voie. Mais cette fois ne perd pas ta concentration. Et jette ce « quelque chose » hors de ta tête.

Gabriel se concentra de nouveau, fermant les yeux et ratant ainsi le sourire qui se peignait sur le visage de son instructeur.

Cette fois-ci, il retrouva cette sensation plus rapidement. Il tenta de ne pas se déconcentrer, y parvint et tenta, comme Nihyr le lui avait dit, de « lancer » cette chose en avant.

Son bras fit bien un geste, comme s'il voulait lancer une balle et la sensation disparut. Mais aucune flamme ne s'était manifestée.

— Recommence, ordonna simplement Nihyr d'un ton calme.

Gabriel recommença plusieurs fois, sans résultats. Après la cinquième tentative, Nihyr lui dit qu'il fallait accompagner la chaleur au travers de son bras.

Comme si c'était évident !

Gabriel ne savait absolument pas comment faire pour accompagner quoi que ce soit dans son bras ou dans sa tête. Il se plia cependant aux recommandations du hovack, qui ajouta :

— Ce n'est pas quelque chose qui peut s'expliquer avec des mots. C'est une sensation toute particulière, unique. Le fait que tu l'ai ressenti aussi rapidement est déjà une belle victoire, crois-moi. Je ne m'attends pas vraiment à ce que tu parviennes à faire plus aujourd'hui.

Gabriel se sentit presque insulté. Lui qui parvenait toujours à faire et obtenir ce qu'il voulait !

Plus jeune, il avait essayé diverses choses, de la peinture à la musique en passant par la sculpture pour finir par l'ébénisterie. Chaque fois, il avait surpris tout le monde par son talent. Et il en était très fier.

Cet orgueil le poussa à faire un effort considérable. Il se concentra de nouveau, retrouva presque immédiatement cette sensation nouvelle et si particulière. Il la laissa cette fois devenir plus forte. Une image prit corps spontanément dans son esprit : celle d'un bon feu de cheminée ronflant.

Puis il accompagna cette sensation à travers son corps.

Cela se produisit en un instant. De l'intérieur de son cerveau, l'énergie descendit dans son bras comme un torrent, puis se concentra dans sa main avant d'être expulsée avec force. Son bras vibrait.

Nihyr émit un sifflement admiratif.

— Plutôt pas mal pour ton premier essai réussi, dit-il, les yeux écarquillés de surprise.

Gabriel n'avait pas simplement produit une petite flamme, il avait lancé un véritable jet de feu sur plusieurs mètres.

— Je crois qu'il va falloir travailler la maîtrise de soi et l'humilité en tout premier lieu, ajouta Nihyr avec un sourire. Recommence. Un peu plus calmement, cette fois.

Gabriel passa toute la matinée à multiplier les exercices, suivant à la lettre les instructions de Nihyr : un peu plus fort, un peu moins maintenant, disait-il. Et Gabriel s'exécutait avec une grande précision. Il se sentait surexcité. Avoir ce pouvoir, c'était extraordinaire ! Il se surprit à se comparer à quelques super-héros nés de l'imagination des hommes, dans son monde.

— Que puis-je apprendre d'autre? demanda t-il après avoir produit une magnifique mini-tornade de feu. Je suppose que vous pouvez faire tout un tas d'autres choses, non ?

— Exact, répondit Nihyr. Mais pour le moment, nous allons manger et boire. Si tu continues comme ça, tu vas être tout sec avant ce soir.

Gabriel eut la vague impression que Nihyr ne plaisantait pas.

— Comment-ça tout sec ?

— Chaque fois que tu utilises les courants, dans ce cas, celui qui se nomme le Flux, ton corps perd une infime quantité d'eau et d'autres choses. Tu te sentiras vidé ce soir, à coup sûr. Le contre-coup met un certain temps à venir. Et comme c'était pour toi la première fois, tu risques d'avoir des courbatures assez sévères.

Ils se rendirent tous deux dans la grande salle, où déjeunaient déjà les autres. Gabriel se rendit compte qu'il avait faim. Très faim même. S'installant à côté d'Urfis, il commença à vider les plats. Nihyr s'entretenait à voix basse avec Juena et Arpe, en bout de table.

— Il est absolument incroyable. Aucun de nous n'a appris aussi vite. Il a fait en une matinée ce que nous avions mis plusieurs jours à faire. Voire plusieurs semaines. Son âge joue certainement, mais ça reste impressionnant.

Juena approuva, puis ajouta :

— Vous avez sans doute constaté vous aussi, que depuis un certain temps, nos pouvoirs se sont renforcés. C'est comme si le Flux devenait plus puissant et plus stable.

Elle réfléchit un instant.

— Ça n'explique pas tout bien sûr. Mais s'il est doué, son âge et cette modification dans le Flux ne peuvent qu'en faire un allié de poids.

— Et il me semble plutôt sympathique, ajouta Arpe en regardant Gabriel dévorer un morceau de volaille en écoutant Urfis parler des animaux extraordinaires du pays.

— Nihyr, il t'a dit s'il comptait nous rejoindre ? coupa Juena.

— Non, il n'a rien dit. Mais il fait de gros efforts. Je pense que quelque chose le pousse à faire ses preuves parmi nous. Il veut réussir. Après, je ne sais pas pourquoi exactement il fait preuve d'autant d'acharnement.

— Mais tu as ton idée, n'est-ce pas ? demanda Arpe, un sourire malicieux au coin des lèvres.

— Bien sûr ! Pour qui me prends-tu donc ? rétorqua Nihyr avec un air faussement vexé. Il y a plusieurs choses que j'ai ressenties. D'abord il veut retrouver son frère, pour ça, il doit se dire qu'il lui faut devenir plus fort, avoir des relations. Nous lui en offrons les moyens. D'autre part, il ne me semble pas habitué à échouer en quoi que ce soit. Je pense qu'il voudrait trouver un moyen de rentrer chez lui aussi. Et il y autre chose.

— Quoi donc? demanda Juena.

— Je ne sais pas trop. répondit Nihyr. C'est très profondément enfoui dans son esprit, mais c'est plutôt fort. Je ne sais même pas s'il en est conscient.

— Eh ! Regardez ! cria Urfis.

La main tendue, il attirait vers lui une volumineuse bouteille sans la toucher. Elle traversa une bonne partie de la table avant de terminer sa course dans la main du colosse. Il se mit à rire, se versa une bonne quantité du liquide pâle qu'elle contenait et l'engloutit aussitôt.

Ellohira le félicita, Eréline applaudit bruyamment. Les quatre autres se contentèrent de regarder, amusés.

L'après-midi fut tout aussi excitante que le matin pour Gabriel. Maintenant qu'il maîtrisait plutôt bien ce qu'il avait appris, il devait apprendre à le faire différemment.

— Le geste n'était là que pour t'aider, expliqua Nihyr. Tu dois parvenir maintenant à faire jaillir l'énergie directement de ton esprit. Ainsi tu pourras utiliser tes membres pour autre chose.

Gabriel s'exerça pendant plus d'une heure. Il pouvait maintenant faire jaillir des flammes partout dans la salle, les contrôlant toujours aussi bien.

— Excellent ! s'exclama Nihyr après un moment. Je vais te rendre la tâche un peu plus difficile à présent. Suis-moi.

Ils sortirent de la salle, se rendirent dans une autre, juste à côté. Nihyr se dirigea droit vers le mur du fond et saisit deux sabres d'entraînement.

— Ces sabres sont tout à fait semblables à ceux que nous utilisons pour nous battre ; même poignée, même matériaux, même poids et même équilibre. Seule la lame est différente. Nous ne nous blesserons pas avec, elles ont subi un enchantement spécial et ne sont pas affûtées. Par contre ce sera douloureux tout de même si jamais je te cogne les doigts.

— Je ne sais toujours pas me servir d'un sabre, indiqua Gabriel.

— Je le sais très bien. Je vais t'apprendre quelques bases, ensuite nous commencerons les exercices.

Nihyr apprit à Gabriel comment bien tenir son arme, comment parer, comment attaquer. Quelques positions de base, la stabilité des appuis, comment bien se déplacer.

— Ce sera suffisant pour le moment, déclara t-il. Nous ne sommes pas là pour t'apprendre à te battre au sabre. Concentre toi, mais garde les yeux bien ouverts. Reste attentif à mes gestes, mais concentre toi également sur ton travail : tu dois allumer toutes les torches dans la salle, une à une, de gauche à droite devant toi. Puis les autres, de droite à gauche, derrière toi. Compris?

— Compris.

Le reste de la journée fut consacré à cet exercice. Gabriel, après quelques coups reçus sur les phalanges, ne parvenait plus très bien à se concentrer. Les torches devant lui brûlaient toutes avec entrain. En revanche, les autres derrière lui restaient désespérément éteintes. Gabriel ressentait une grande difficulté à faire jaillir des flammes à un endroit qu'il ne voyait pas.

Nihyr stoppa l'entraînement juste un peu avant le souper. Gabriel dégoulinait de sueur et ses doigts lui faisaient souffrir un véritable martyr.

— Va te laver et rejoins-nous pour dîner. Tu as bien travaillé.

— J'ai échoué vous voulez dire.

— Je ne m'attendais pas à ce que tu allumes autant de ces torches, même après les bonnes surprises que tu m'as données ce matin. Demain, je te ferai travailler un peu sur tes points faibles et nous recommencerons cet exercice. Je suis très content de toi, vraiment. Maintenant file !

Gabriel rangea son sabre et s'en alla se laver. En sortant pour aller dîner, il se retrouva nez à nez avec Ellohira, qui sortait elle aussi d'une salle de bain.

— Tu t'es entraîné dur aujourd'hui, non ? demanda-t-elle.

— Oui... répondit Gabriel en frottant ses doigts douloureux.

Ellohira le regarda avec étonnement.

— Ne me dis pas que tu es déjà passé dans la deuxième salle ? s'exclama-t-elle.

— Si, pourquoi ?

— Je rêve ! J'ai mis plus d'une semaine avant d'y entrer. Je serai presque jalouse tu sais? ajouta-t-elle en souriant.

Puis elle prit les mains de Gabriel dans les siennes.

— Qu'est-ce que... ?

— T'inquiète pas. Mon père est guérisseur à Azulimar. J'ai hérité d'un peu de son don. C'est très rare paraît-il chez les sifis.

Gabriel ressentit une vague de chaleur parcourir ses doigts et la douleur faiblit.

— Tu pourras manger tranquillement comme ça. La douleur reviendra avant l'heure du coucher, mais demain tu devrais aller mieux.

— Merci.

— Ce n'est rien. Bientôt tu pourras soulager ta douleur tout seul, au rythme où tu avance, Nihyr devrait bientôt t'apprendre les techniques d'auto-guérison.

— Je croyais que c'était très rare ? s'étonna Gabriel.

— Non, parvenir à soigner les autres est rare. Mais nous tous ici savons très bien nous guérir nous même. J'ai déjà vu Urfis une fois refermer une blessure longue comme mon bras et plutôt profonde en quelques minutes.

Gabriel voulut immédiatement apprendre comment faire cela, mais pour le moment, il avait faim et rien d'autre ne comptait. Et après réflexion, il n'avait pas tellement envie de s'ouvrir les veines, même pour apprendre à les refermer.

— Euh, Ellohira ? Je peux te demander quelque chose ?

La jeune femme acquiesça, curieuse.

— Je n'ai pas osé demander à Nihyr. C'est à propos de Marli. Qu'est-ce qui lui est arrivé au juste ?

Ellohira lança un regard inquisiteur vers le jeune homme.

— Pourquoi tu me demandes ça ? Tu as remarqué quelque chose ?

— Je ne sais pas trop. J'ai eu l'impression qu'elle a vécu des choses très tristes. Chaque fois que je la vois, je me sens bizarre, comme... Déprimé. Je sais que ça ne vient pas de moi, mais d'elle.

Ellohira soupira.

— Écoute. Être membre de l'Ordre peut se révéler dangereux. Marli l'a appris dans la douleur. Elle a perdu son mari et son fils, le même jour. Ils ont été tués par un dragon il y a vingt ans. Évite d'aborder le sujet. Ça lui ferait du mal. D'accord ?

Gabriel acquiesça en silence, un peu choqué. Ils se rendirent tous deux au dortoir sans échanger un mot. Et puis soudain, Gabriel fut choqué par la révélation sur un point bien particulier : Marli semblait avoir à peine trente ans. Comment pouvait-elle avoir perdu son mari et son fils vingt ans auparavant ?

Après une nouvelle nuit de sommeil et une nouvelle journée d'entraînement, Gabriel se sentit changé. Il ressentait en permanence à présent cette sensation étrange au fond de sa tête.

— Veux-tu devenir l'un des nôtres? lui demanda finalement Nihyr à l'issue de l'entraînement. Refuse, je t'emmène où tu le désires et je disparaît. Tu pourras cependant revenir sur ta décision plus tard si le cœur t'en dit. Dis-moi également si tu préfères réfléchir à la question encore un moment. Mais sache bien une chose : une fois engagé, aucun retour en arrière n'est possible. Tu devras prêter serment.

Gabriel ne réfléchit même pas avant de répondre, sa décision, il l'avait prise :

— J'accepte. Je dirais même que j'en ai envie.

— J'ai une question : pourquoi ?

— J'ai compris qu'être un sifis représente une grande chance. C'est un bon moyen pour moi de faire ce que je désire, retrouver mon frère et peut-être rentrer chez moi.

Après un silence, il ajouta :

— J'ai également conscience qu'être un membre de l'Ordre est une grande responsabilité. Je n'oublierais pas ce que vous m'avez dit : être un Hovack, c'est être au service des autres. Et qu'il n'y a pas d'option "marche arrière".

Nihyr sourit.

Gabriel avait répondu avec franchise. Retrouver son frère restait sa grande priorité. Il n'oublierait pas non plus son engagement.

— A partir de maintenant Gabriel, tu es un élève de l'Ordre et je suis ton professeur. Tu ne dois jamais manquer de respect à un autre membre, ou un autre élève. Compris?

— Compris.

— Encore une chose.

Gabriel plongea son regard dans celui de son professeur. Il saisit un étrange sentiment dans les yeux bleus de Nihyr.

— Quoi-donc ? demanda-t-il.

— Essai de ne plus me vouvoyer, je me sens vieux quand tu fais ça.

Gabriel se mit à rire de bon cœur et promis de s'en rappeler.

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