Jon Partie 5

3 minutes de lecture

— Crois-tu qu'il ait raison d'être nerveux ?— Je crois qu'il a ses raisons.— On dit que la mère de Jon...— On dit beaucoup de choses sur la mère de Jon.

Hélène descendit à son tour vers le chalet, laissant Daphné à sa question. Daphné ne savait pas ce que Hélène voulait fuir, mais elle était certaine que ce n'était pas la question qui lui effleurait les lèvres.

— On dit que la mère de Jon ne le laissera jamais partir, que depuis la mort de son mari, elle est tout pour lui... mais c'est idiot. Dit-elle avec une moue.— Jon n'est plus un enfant.

Elle partit à son tour, s'élançant sur la pente raide et glacée. En bas, un homme attendait, emmitouflé dans une parka neuve, coiffé d'un bonnet de ski et chaussé de boots fourrées.- Monsieur Ensmore, je vois que vous êtes ponctuel, même dans les lieux les plus inhabituels. Oserai-je dire que ce mélange de décontraction et de sérieux fait une part de votre charme ?

Vous le pouvez, Werner, nous sommes en pleine séance d'admiration, je n'y échapperai pas. Quelles sont les nouvelles ?

A l'intérieur du chalet d'altitude lambrissé de bois couleur miel, l'atmosphère était douce, et des bouquets de fleurs séchées s'accrochaient au coin de la cheminée, en face des grandes tables de bois. De petits tableaux représentaient des scènes champêtres, dessinées au crayon. Ils choisirent une table à l'écart, contre le mur de pierre, pas trop loin de la vue sur la vallée.

— Les nouvelles ? Excellentes, Monsieur Ensmore. Nous avons obtenu le bloc d'actions du trust de Dubaï. Nous sommes au delà des 34%.

— Parfait. Nous avons bouclé l'affaire !

— Pas tout à fait, Monsieur. Il y a un souci.

— Lequel, Werner ?

— La question de la vice-présidence, Monsieur. En arrivant à Paris, vous aviez envoyé un fax à Combrigal, afin d'obtenir leur renoncement à cette clause. Votre mère avait beaucoup insisté sur ce point. Notre montée comme actionnaire de référence de Combrigal, au delà d'un seuil de 34%, entraîne automatiquement notre entrée à leur conseil d'administration, et à l'inverse, l'entrée d'un représentant de Combrigal Incorporated à notre propre Conseil au titre de cette filiale commune, qui représente- vous le savez - une part non négligeable de nos actifs.

— Je le sais bien. Ce fax, je l'ai envoyé sans convictions. Combrigal a refusé, et c'est leur droit. Ils auront un représentant au conseil d'Ensmore Capital.

— Votre mère ne décolère pas...

— Monsieur Combrigal avait demandé quelques assurances, lesquelles n'appelaient pas d'objection.Mère est trop méfiante. En cas de montée de notre part au capital de Combrigal, il n'était que d'autant plus nécessaire de s'attacher un management compétent, pour gérer une filiale aussi importante. Vous savez, vous, fabriquer des tissus, des machines, des pièces d'avion ? J'en doute fort. Chacun son métier.

— Si je puis me permettre, monsieur Ensmore, ce n'est pas la participation au capital qui pose problème, c'est la vice-présidence et surtout la participation aux décisions.

.— C'est une vice-présidence très symbolique, Werner, et tout à fait inoffensive. Contrairement à Combrigal, nous ne sommes pas cotés en bourse, donc, on ne peut pas nous racheter ! Ils ne représentent qu'une filiale, une filiale certes importante, mais une filiale, dont la moitié nous appartient, et dont nous détenons indirectement, désormais, 34% de l'autre moitié, sans compter le reste de Combrigal. Montrez-moi ce dossier que je vous demandais.

Werner tendit un dossier peu épais. Il contenait des informations sur la dirigeante actuelle du groupe, Isabeau Combrigal. Jon lut le rapport. Son regard se fixa avec une sorte de dureté qui lui faisait pincer les lèvres, ce qui était, chez lui, un signe de concentration. Il réfléchissait. Se levant pour aller à la fenêtre, légèrement courbé, les mains dans le dos, il était un autre Jon, celui des affaires, celui qui pouvait enchainer avec ténacité, pendant des mois, une stratégie ample et systématique de joueur d'échecs. Puis, faisant mine de se raviser, il se retourna avant même d'atteindre le rebord aux batteries de cuivres, sur lesquelles sont regard irrité venait de glisser, comme si les marmites et chaudrons posés là barraient l'accès au paysage enneigé de la vallée.

— Nous partons pour la France.

— Où ça en France ?

— Combrigal !

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire Julie Sansy ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0