Chapitre 7.4 - La géante qui aimait les trésors

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Vexés, les deux autres tentèrent de la rattraper, mais leurs pattes étaient encore trop courtes ; ils se contentèrent d'éjecter de gros glaviots baveux et de pousser des cris de joie lorsque les crachats s'écrasèrent sur l'échine de leur sœur.

Tout près d'eux, non loin des pattes de Mamounette qui ébranlaient le sol, galopait un autre genre d'énergumène. Les trois petits le regardaient du coin de l'œil, le fixant de leur regard alerte. Diogon ne disait rien, ne braillait pas comme eux l'enthousiasme de leur course folle, mais ils pouvaient lire, sur son visage, une euphorie qu'il n'avait pas l'air de comprendre lui-même. Peut-être se sentait-il à sa place, au milieu de ce quatuor délirant, aux muscles boursouflés d'écailles et de plumes, qui faisait trembler la forêt et ses occupants. Ses grandes foulées avalaient le sol, ses sabots de corne bondissaient vers l'avant en faisant jaillir l'humus sous ses pas, le portaient plus vite encore que les trois petits ; et malgré cette stature verticale qui leur paraissait si étrange, à eux qui couraient ventre à terre et nuque tendue vers l'objectif, ils ressentaient quelque chose face à sa course de bipède, sa course d'animal qui était né chez les hommes ; une certaine majesté, une puissance particulière dans ses jarrets saillants, dans son pelage moiré.

Diogon, même s'il était bien plus sage qu'ils ne l'étaient, même s'il avait l'air de connaître bien plus de choses qu'eux qui étaient nés dans la forêt, se plaisait profondément dans cette course prédatrice ; et le bonheur manifeste qui transparaissait dans ses traits alimentait encore celui des trois petits.

Soudain, au dessus d'eux, la canopée éclatante d'émeraude et de lumière se dispersa, s'émietta dans le ciel bleu et pur, avant de disparaître pour de bon.

Mamounette parcourut encore plusieurs mètres, dans une unique et formidable foulée qui fit trembler les feuilles des fougères au dessus de sa tête, avant de s'immobiliser.

Les trois petits la rejoignirent et s'arrêtèrent à ses pattes ; Diogon ralentit et vint se placer à leurs côtés. Tous les quatre haletaient comme des damnés. Au dessus d'eux, les énormes mâchoires de Mamounette goûtèrent l'air à petits coups précis. Elle n'était même pas essoufflée.

– Ici s'achève la forêt, dit-elle de sa grosse voix en baissant son regard ombré vers eux. Je vous ai déjà amenés dans la plaine, mes trésors, vous savez ce qu'il ne faut pas faire. Ne vous éloignez pas de moi. Les grands-volants craignent les géants-à-plumes, et ils me connaissent pour la plupart, mais vous êtes encore assez petits pour qu'ils vous considèrent comme des proies. Quant aux autres, ma présence devrait les garder éloignés. (Une étincelle de méchanceté luisit dans ses yeux habituellement débordants de bonté.) Sauf les véloces-dentus. Mais ceux-là, j'en fais mon affaire.

Elle fit une pause, surveillant toujours les alentours de son regard alerte. Les arbres-fougères murmuraient tout autour d'eux, leurs ailes vertes palpitant au vent.

– Diogon !

– Oui, Mamounette ?

– Considère-toi comme mon petit, au moins le temps de cette chasse. Tu es plus grand que tous les autres tout-poils, et tu n'as pas grand-chose à craindre des petits-écailleux ou des autres petits ; mais il suffirait d'un grand-écailleux ou d'un grand-volant pour te tuer. Or ils sont légions dans la plaine. Les petits restent dans la jungle, car elle les protège ; mais les grands règnent là où nous allons.

– Si les grands règnent dans la plaine, pourquoi vivez-vous dans la forêt ? demanda Diogon, et une curiosité empreinte d'intelligence teinta son regard.

– J'aime la forêt, c'est chez moi. J'y suis née, j'en suis partie une fois adulte, puis j'y suis retournée et j'y ai tué le père de mes enfants, ce qui est probablement l'un de mes meilleurs souvenirs. Et j'ai trois petits à protéger des grands, taquina-t-elle en chatouillant Ciel du bout d'un ergot.

– Maman ! On est des grands ! gémit le trio dans un même chœur. Des futurs grands…

– Regardez ! s'exclama soudain Diogon, son regard vigilant fixé sur la plaine.

Les quatre géants-à-plumes tournèrent leurs énormes gueules vers le fleuve, immense, prédateur, sur les berges duquel croissaient de gigantesques tout-touffes et mi-touffes dans un joyeux chaos verdoyant.

– Des véloces-dentus, siffla Mamounette d'une voix chargée de haine.

Une bande ripaillait non loin du fleuve. Leurs silhouettes nerveuses et fuselées, engoncées dans leurs manteaux de plumes colorées, paraissaient danser dans les restes du cadavre dont ils fouissaient les entrailles.

– Qu'est-ce qu'ils mangent, Mamounette ? demanda Ciel en tendant le cou.

– Un grand-cou, répondit sa mère en plissant les paupières. Un pauvre grand-cou pas assez rapide pour les fuir.

Diogon fronça les sourcils, et releva son regard en amande vers elle.

– Vous ne mangez pas de grands-cous, Mamounette ?

– Je ne mange pas de grands, répondit-elle. Enfin, en général. J'avoue que j'aime bien manger les géants-à-plumes qui viennent me faire la cour de temps en temps. Mais les grands-volants, les grands-cous et les grands-piquants, je n'aime pas m'attaquer à eux. Ils ne sont pas dangereux, et ils sont sages. Pour moi, ce ne sont pas des proies. Et puis il faut être plusieurs pour s'attaquer à aussi gros que soi. (Elle se mit à grommeler.) De toute manière, on se demande bien qui aurait l'idée de manger un grand-piquant, à part les véloces-dentus qui sont plus bêtes que leurs pieds.

Diogon paraissait confus, perdu dans ces notions de proies et de prédateurs qui semblaient tout à fait nouvelles pour lui.

– Qu'est-ce qu'une proie, exactem…

– Plus tard les questions ! rugit soudain Mamounette en baissant le cou comme un grand-piquant sur le point de charger. C'est le moment !

– Chaaaaargez ! mugirent à leur tour les trois petits en bondissant dans les pas de leur mère.

Diogon regarda le quatuor foncer à travers la plaine, hésita longuement, et décida finalement de rester là où il était. Il les observa bondir vers le fleuve, meurtrir la terre en l'ébranlant de leurs pas de titans ; leurs corps puissants, bosselés de muscles et d'écailles, scintillaient sous le soleil de ce monde inconnu, leurs énormes mâchoires tendues vers le troupeau de chasseurs devenu proies ; dans leur sillage s'élevaient des nuages d'oiseaux reptiliens qui tournoyaient au dessus de leur tête, brassant des nuées de vent et de plumes.

Les yeux de Diogon se plissèrent sous la lumière qui faisait miroiter des kyrielles de reflets dans ses iris bleu et or ; il contempla encore et encore, à n'en plus finir, ce monde dépourvu d'hommes et de villages qui vivait et respirait sous le même ciel et le même soleil que ceux qu'il connaissait ; faisant croître ces monstres étranges, laids de peau et grands de cœur, qui cohabitaient ainsi dans la plus grande anarchie et la plus belle des variétés.

Mamounette et ses enfants dispersèrent la bande de carnivores, apportant le chaos auprès du fleuve ; tout se fondit dans une farandole de cris et de dents, un festival de couleurs dans lequel dansaient les prédateurs et les proies, rugissaient les blessés et les futurs cadavres, gloussaient les oiseaux perdus dans leurs valses de plumes. Diogon regardait la vie quitter les véloces-dentus, éloignés de leur bande par les manœuvres expertes de la géante-à-plumes, puis mis en pièces par les trois petits sauriens aux langues roses.

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Luca Doré


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Elle voit l'humanité, le monde. Et pourtant elle les hais, tous autant qu'ils sont. Son métier de chercheur en psychologie ne changeait rien ; pour elle, tout était clair : l'espèce humaine était pourrie et corrompue jusqu'à la moelle.
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Elle ne mentionnait jamais rien sur elle. C'est à peine si elle était capable de dire son prénom. Le prénom, c'est l'identité, l'ancrage au monde ; le révéler, c'est dévoiler une partie de soi, laissant une chance aux meurtriers potentiels de vous achever de l'intérieur comme de l'acide dissolverait la peau. À cette conférence, La simple mention d'Eve Clarston lui faisait peur, et pourtant, dans ces moments là, elle n'avait pas d'autres choix que de se présenter à son audience. Eh oui, aucune vie privée dans le domaine de la recherche.
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 Sortie de la fac : il fait encore jour, l'été et son soleil englobent les gens d'une lumière bienfaitrice ; ils semblent heureux, souriants, les gamins jouent dans un parc avec leurs mères, et les chiens pissent dans le feuillage de buissons bien entretenus. Le cliché de la vie classique et sans peine. Mais pour elle, tout n'est que façade et hypocrisie.
Pourquoi une telle rage? Personne ne l'a jamais su, et personne ne le saura sans doute jamais... Tout ce qu'il faut retenir, c'est que tout a une cause, une base, une origine. Eve a dejà connu le pire, après tout. Et c'est à travers l'enfer que l'on comprend, que l'on s'éveille. Souvent, encore aujourd'hui, elle regrette d'être humaine, mais fait semblant du contraire. Même auprès de ceux qu'elle aime.
 Elle est la muraille protectrice de ses propres tréfonds. Mais toute barricade finit toujours par s'effondrer. Un coup d'estoc, une fissure, de mauvaises fondations ; parfois un rien suffit pour que tout s'écroule. Et sa haine la protège tout autant qu'elle la brûle.
Sous le coup d'une impulsion, elle se mit à hurler, seule, dans sa voiture, face à sa propre démence.
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léonie.grn




2 la période difficile

Quand je compris ce qui m'arrivait j’étais ... Je ne sais même pas comment le dire tellement que c'était fort. Beaucoup d’émotions se mélangeaient en moi, la peur de mourir, la tristesse d’apprendre ça, la colère : pourquoi tout ça m’arrive t-il à moi .Mes parents mon dit une phrase que jamais je n'oublierais. ..Ils m'ont dit :''on t'aime et ça ne l'oublie jamais quoi qu'il arrive ...''je devais dormir à l'hôpital mais mes parents n'avait pas le droit et ne pouvaient pas alors ils sont resté le plus tard possible et m'ont laissé le téléphone de papa quand ils sont partis .
Le lendemain matin, à la première heure ils sont venus me chercher pour me ramener à la maison. J’étais traumatisé de me faire à l’idée que j’allais ....mourir, je ne parlais pas ne mangeais presque pas, enfin bref je n’étais vraiment pas bien. Mes parents avaient pris leur journée et m'avaient demandé: ‘ou veux tu aller ?
''Et je leurs avait répondu qu’on n’avait pas besoin de la voiture pour y aller car je voulais juste aller à mon endroit préféré c'était dans notre petit village aux éboulis (c'est un endroit très nature avec une rivière où l’on entend le bruit de l’eau qui coule, le sifflement des arbres avec le vent, les feuilles multicolores, les oiseaux dans leurs nid avec leurs petits, les vaches qui meulent au loin, l’herbe qui frisonne.
Cette sensation d’être seul au monde...)ils n'étaient pas surpris que ce soit un endroit simple comme ça car ils savaient que quand je n'allais pas bien j’allais la bas pour me ressourcer et tout oublier, alors on y est allé et on a discuté de tout et de rien, on a rigolé mais aussi pleuré...Et puis, au bout d'un moment il fallait rentrer alors je leurs ais dit d'avancer et que je les rejoindrais après. Quesque je voulais faire ?
Rien juste vivre pleinement ces derniers moments parce que je me suis rendu compte que dans la vie on ne profite pas des choses les plus simples alors que pourtant ce sont les meilleures .Une fois rentrer à la maison, on n'a mangé des pates à la carbonara, mon plat préféré et puis on a joué au Monopoly, j’étais HEUREUSE. Et je voyais que ça rendait mes parents heureux de me voir heureuse. Le soir ils m'ont demandé si je voulais qu’ils prennent un autre jour pour moi ?
Et je leurs ai répondu que je voulais essayer de faire comme si je n'avais rien même si ça allait être compliqué me sachant mourante et ne voulant rien dire car je refusait la pitié des autres. Je leurs ai dit aussi que je voulais aller au collège dès le lendemain malgré leurs réticences que je comprenais parfaitement afin de me protéger....
Ils m'ont dit qu’ils étaient d'accord mais que je n'étais pas obligé. .. Mais c'était mon choix. Je suis retourné au collège. .. Et le TOUT LE MONDE est venu me voir pour me demander ce que j'avais. Au début j'arrivais à mentir sans rougir ni raconter de bourde mais il y a une personne qui est venu me voir elle avait une grande importance pour moi ... C'était Mathis.
A ce moment là j’étais perdue et la il ouvre la bouche et me dis : « Salut, à ce qui parais tu t'es évanouis lundi soir ? »Et la je lui réponds : « oui » .Mais évidemment il me posa la question qui ne fallait pas poser ...: « et du coup t'as quoi ? »Et la je me mis à pleurer et lui dit la vérité: « Je vais mourir Mathis... »Après cette phrase je couru dans les toilettes car c'est le seul endroit où je pouvais être seule .La journée passa et je ressentis que Mathis avait changé... Il était.... triste mais aussi inquiet car il ne savait pas pourquoi je lui avais dit ça...
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Lindberg

le mouvement brouillon et incessant qui appelle  à la création : la vie contre elle même ,un frottement résiduel qui entend consumer le passé. Un sourire porté par la sensation absurde de dépossession , le monde se prend par le bras . cette sueur , ces courbes: des îles à déshabiller. Seul penchant infini pour la luxure :"garde l'oeil près du réel" , le corps suppliant pour inspirer encore. La vague s'est répandue ,les épaules vibrantes annonces l'extase prochaine et le vide . Le désir sans cocher rempli le sens enfin seul et impérieux. C'est ensuite le moment de l'indifférenciation hystérique, les reliefs absents annoncent le crépuscule et le renoncement boudeur aux chaines ... 
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