Perdre pour mieux gagner

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Je me dirige vers les armes et prends une épée pour l’attaquer avec une certaine distance. Elles ne sont plus collées. Je prends un couteau et le lance sur lui. Il l’esquive avec une facilité déconcertante.

  • Elena, lâche ça. Ce n’est pas le but de l’entraînement. Je risque de te faire mal.

Je me dirige lentement vers lui.

  • Elena, s’il te plaît !

Il lève les mains.

  • Je suis ici pour vous battre par tous les moyens. C’est à cela que me sert cet entraînement.

Il commence à être légèrement effrayé. Je souris, il a enfin compris.

  • Je ne suis pas ici pour m’amuser.

Je me concentre et vise son cœur. Il dévie l’arme, saisit mon poignet, me retourne contre lui, attrape mon autre bras, le tordant dans mon dos. J'ai le souffle coupé. Je ne pensais pas qu'il était aussi agile. J'en tremble à l'idée d'être aussi faible, encore une fois. Je sens souffle chaud dans ma nuque.

  • Elena, calme-toi, sinon je vais te faire du mal.

J’essaie de me libérer, mais sa prise est forte.

  • Elena !

Je sens une violente douleur dans mon épaule. Je hurle. Il me lâche. Je n’arrive plus à bouger mon bras, il reste inerte le long de mon corps.

  • L’entraînement est terminé, je vais soigner ton bras.

J’ai toujours mon épée en main. Mon corps brûle de rage. Je dois le battre à tout prix. Je dois gagner. Je retourne à l’attaque.

  • Elena, j’ai dit stop.

Il frappe mon poignet et je lâche mon arme. J’essaie de lui donner un coup de genou, mais il me jette à terre, le visage contre le sol, bloque mes jambes avec ses genoux. Il tord une nouvelle fois mon bras valide dans le dos, tout en écrasant ma tête avec son autre main. J’essaie de me débattre, mais il bloque tous mes mouvements.

  • Stop ! Je vais encore te faire mal.

Je continue à me débattre, à essayer de le mordre, mais je sens petit à petit la douleur de mon bras traverser l’ensemble de mon corps qui m’arrache des cris et des larmes.

  • Elena, arrête s’il te plaît.

Sa voix est suppliante, pleine de tristesse. Mais je n’entends qu’une autre défaite, je ne suis pas assez forte. Je dois me rendre à l’évidence, il peut m’apporter plus que je ne le pensais. Je me calme et laisse les larmes apaiser la douleur. Il relâche doucement son emprise et me laisse un peu de temps.

  • Elena, laisse-moi t’aider. Je vais te remettre l’épaule en place.

Il m’aide à m’asseoir et touche mon épaule, cela provoque une vive douleur qui me fait hurler.

  • Je dois enlever ton t-shirt.

Il active son holomontre.

  • Ramenez-moi une écharpe et un antidouleur. Dépêchez-vous.

Il prend le couteau tombé à côté. Il le rapproche et je prends peur. Cela m’arrache un second cri de douleur.

  • Ne bouge pas, je coupe le t-shirt pour pouvoir remettre ton épaule.

J’entends le tissu qui se déchire. Il pose ses mains autour de ma clavicule. J’ai un mouvement de recule à son contact.

  • Désoler, j’ai les mains un peu froides.
  • Non, c’est que je n’ai pas l’habitude que l’on me touche.
  • Je n’en ai pas pour longtemps.

Ces mains chaudes malaxent doucement mon épaule, mes cervicales et mon omoplate. La douleur crispe mon visage, mais ma colère s’apaise à son contact. Mon corps semble de plus en plus lourd. Il me parle doucement, presque comme un murmure.

  • Je vais remettre l’os de ton bras dans ton épaule. Ça va faire un peu mal. Il faut que tu te détendes.

Je me laisse bercer par ses paroles et ses mains.

  • À trois, un…

Une violente douleur me sort de ma somnolence.

  • C’est bon, ton os est remis. Tiens ton bras comme ça.

Je suis ses ordres. Il se lève, ramasse les armes et les ranges. Il prend une veste dans son sac et me la met sur les épaules. Il s’accroupit en face de moi.

  • Elena, ça va ?

Je le regarde droit dans les yeux. Comment cet homme peut-être aussi violent et la seconde d’après devenir la douceur incarnée.

  • Tu as mal autre part ?
  • Non.
  • Je suis désolé… de t’avoir fait mal, mais… j’ai paniqué. Je ne pensais pas que tu allais m’attaquer avec une arme. Ce n’est pas une excuse, je sais, je…
  • Je vous aurais fait mal sinon. J’étais prête à vous…

Cet homme est l’ennemi et pourtant, j’ai parfois du mal à le haïr.

  • Je sais que tu ne m’aimes pas. Je sais que je ne suis qu’un monstre pour toi. J’ai pourtant le désir égoïste qu’un jour, tu m’apprécies. Je ne sais plus quoi faire pour que cela arrive.

Il s’agenouille, se prosterne.

  • Je t’en supplie Elena. Ne me haït pas. Frappe-moi, si cela peu apaiser ta colère. Je ne suis pas comme eux, je veux t’aider. Je veux que tu trouves le bonheur. J’aimerais être ton ami.

Est-ce encore un autre tour qu'utilise ces monstres pour arriver à leur fin ? Je pose mon bras blessé et prépare mon poing. Je pourrais le frapper à mort, mais il a vu juste. Je déverse ma colère contre lui, car il représente ces monstres que je désire voir mourir, mais il n’est peut-être pas comme eux. J’en prends conscience maintenant. Il y a une chose qui s’effondre en moi, comme une barrière que j’avais peur de briser. Des larmes coulent discrètement sur mes joues. Je pose mon poing sur mon genou et j’abandonne ma rage.

  • Elena ?

Je sens ses doigts caresser le dessus de ma main. Sa chaleur m’apaise. Je me rappelle cette fois où il m’a prise dans ses bras lorsque nous étions au marché aux fleurs. Je rougis à ce souvenir. Mes sentiments sont vrac, je passe de la colère à l’affection. Tout se mélange dans ma tête en ce moment. Nous restons ainsi, jusqu’à ce qu’une femme entre essoufflée dans la salle. Je retire ma main et me lève en soulevant mon bras.

  • Donnez-moi ça.

M. Leconoistre prend le bout de tissu que lui tend la femme et l’enroule autour de mon bras. Il passe son holomontre dessus et le tissu se rigidifie. Je ne peux plus bouger mon bras. M. Leconoistre voit mon air un peu terrifier.

  • C’est un tissu ferromagnétique. Les mailles se rigidifient lorsqu’un courant magnétique le traverse. Tu peux l’activer et le désactiver quand tu le souhaites avec ton holomontre. Cela évite de faire de faux mouvements et d’aggraver ton état. Je t’emmène voir un médecin.
  • Je préfère y aller avec cette dame.
  • Je peux…

Il s’approche, je recule.

  • D’accord. Aissata emmène Elena à la clinique, s’il te plaît. Dis-leur que tu viens de ma part. Je viendrais te voir quand tu seras sorti.

Je ne réponds pas, ne sachant pas si je souhaite ou non le revoir aussi tôt.

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