Chapitre 17:

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Chapitre 17 :

La chaleur avait fini par retomber après deux jours, Paris respirait de nouveau, pouvant se remettre à vivre. Ses habitants avaient repris le travail, les ballades, les achats, les visites: dans le bruit, les odeurs, mais aussi la vie, les rires et les moments de bonheur.

Pour Gabrielle, la vie avait également repris son cours, incroyablement prévisible. Pierre partait travailler très tôt chaque jour, et ne rentrait que tard le soir, la charge de dossiers en était très probablement la cause, mais même si cela n’avait pas été le cas, Gabrielle n’en aurait pas été très inquiétée. Il pouvait bien faire ce qu’il lui chantait, elle s’en fichait, elle avait bien assez à faire toute seule à se sortir de sa mélancolie. C’était une chose ardue, car chaque minute à vivre dans sa maison était un calvaire. Elle n’avait toujours pas pu retourner dans la salle de réception et avait demandé à Pierre de faire refaire toute la pièce. Non par coquetterie, mais elle n’aurait supporté revoir cette table à cet endroit, voir les tapis -pourtant nettoyés- ou les mêmes rideaux. Pour ce genre de choses, il n’était heureusement pas désagréable et accédait à ses demandes sans soucis. A ce jour, sa chambre était l’unique endroit où elle se sentait à peu près en sécurité émotionnelle et physique. 

Gabrielle n’était pas sortie de la maison pour autant, ne s’en sentant nullement l’énergie. Elle passait tout son temps avec Marguerite, discutant avec elle pendant qu'elle reprisait des vêtements, repassait ses robes, ou la coiffait. Elle avait toujours une attention pour Gabrielle, mais aussi toujours le mot qui allait bien au bon moment. Le temps passait vite avec elle, et elle sentait que de pouvoir parler à un être humain compatissant l’aidait dans son deuil et sa tristesse. C’était sa seule lueur d’espoir, son rayon de soleil au milieu des ténèbres qui l’entourait. Maintenant, tout ce qu'elle espérait c’était que le temps fasse son œuvre au plus vite, et qu’elle puisse de nouveau se sentir vivante, enjouée, et qu'elle ait envie de continuer à vivre et non plus survivre. 

***

Un grand bruit s’éleva dans la maison, comme un coup dans un mur ou un meuble. Gabrielle leva les yeux de son repas pour attendre de savoir si elle allait voir quelqu’un entrer dans la salle de petit déjeuner, mais rien du tout. Sa curiosité l’emporta. Elle posa sa cuillère et se leva de table pour voir d’où provenait le bruit ; ou plus exactement, savoir ce que Pierre avait fait pour produire un vacarme pareil. Rapidement elle alla à l’étage pour rejoindre le bureau. Depuis plusieurs jours, ses douleurs s'étaient évanouies et ses plaques commençaient même à régresser, lui laissant une vivacité physique qui lui plaisait. Elle s’arrêta en chemin, ayant entendu que Pierre s'adressait à quelqu’un, et sur-le-champ, elle su qui. 

« ... une catastrophe… En trois jours, c’est le cinquième créancier qui vient me solliciter, on vient me chercher directement à mon bureau pour m’amener des recommandés, des dossiers longs comme mon bras! Cette famille avait encore plus de dettes que ce que je m’imaginais. 

— Quel type de dettes avait son tuteur? demanda la voix d’Armand. 

— De toutes sortes! Des prêts à des banques pour commencer: ça, ce n’était que la partie visible du problème, celle dont j’avais connaissance. Ce n’était pas un souci car mes revenus pouvaient couvrir les dettes, et ne serait-ce que ma venue dans la famille pouvait remonter la confiance des banques. 

Gabrielle resta dans le couloir, sans bouger d’un centimètre. Son cœur s’était mit à battre très fort, réveillant ses membres engourdis.

— Il y a également des emprunts à des particuliers, avec des reconnaissances de dette validées par des notaires, d’autres qui ne le sont pas, Pierre soupira. Il y a aussi des dettes de jeu. Énormes. Je ne connaissais pas Alphonse grand parieur, mais à priori cela allait bon train pour les courses de chevaux. 

Gabrielle l’apprenait également, et c’était une découverte à peine croyable. Quand son oncle prenait-il le temps de parier et assister à des courses hippiques? Bien évidemment, elle avait déjà été voir une course ou deux en sa compagnie, mais elle n’avait jamais rien remarqué dans un comportement qui aurait pu piquer sa curiosité… 

— Puis les derniers domestiques de la maison n’ont pas été payés pendant plusieurs mois, certains ont été mis à la porte sans contrepartie. C’est une des premières choses que j’ai réglé en récupérant les dossiers de la famille Deslantes après le décès, il ne fallait pas que les domestiques s’en aillent nuire à la réputation de ce nom qui est désormais le mien. 

— A combien s’élèvent les dettes? 

— Si personne d’autre ne vient, … je dois vendre cette maison pour couvrir la plus grande partie des dettes. 

Un silence glaçant se fit. Gabrielle avait ouvert la bouche, choquée par ce qu'elle venait d’entendre. 

— Ce mariage est une catastrophe. Je me retrouve prisonnier avec une épouse qui devait m’apporter un héritage, un nom et une bonne image. Me voilà avec des dettes si grandes que cela va me faire couler avec elle. Si j’avais su je l’aurais laissée avec ses livres et sa bonniche qu'elle traîne partout. Une épouse aussi frigide que larmoyante, et qui va m’enterrer avec des dettes. 

— Tu es bien véhément… Ce n’est nullement la faute de Gabrielle si tout cela arrive. Elle n’est même pas au courant de ce qu'il se passe. Son tuteur a dû essayer de la préserver. S’il avait toujours été en vie, les choses auraient été différentes. 

— Elles auraient été bien pire, tu veux dire! Éclata Pierre. Il aurait passé sa retraite aux champs de courses et aurait fini par se faire planter dans un couloir pour ne pas avoir payé ses dettes et en avoir accumulé plus encore… C’est une bénédiction que cela soit arrivé maintenant. 

Gabrielle commençait à avoir envie de vomir. Pierre la répugnait, elle répugnait ses mots, ses idées, son attitude… Quel immonde personnage. 

— Tu exagères. Je comprends ta colère mais ce que tu dis est impardonnable… Tu...

— Armand c’est toi qui m’a conseillé de me marier, je t’ai écouté et voilà avec quoi je me retrouve? Une épouse fait peut-être très joli sur une photo et le journal, mais celle-ci ne m'apporte que des ennuis… 

— C’est ce que j’ai fait et je ne reviendrai pas sur mon idée. Tu parais plus sérieux en étant un homme marié, ton image doit être lissée, car tu n’es pas non plus un saint-homme, dois-je te le rappeler? La voix d’Armand était devenue plus tendue, la conversation devenait compliquée. N’as-tu aucune affection pour Gabrielle? Elle fait des efforts pour endurer ton caractère, elle ne dit rien sur tes multiples aventures, elle ferme les yeux sur toutes les décisions que tu prends, tu peux travailler toute la journée et la nuit sans qu'elle ne vienne te le reprocher, et je ne parle même pas des humiliations publiques, des insultes et autres. Ce n’est certes pas un mariage d’amour, mais elle t'apporte également plein de choses. Beaucoup de femmes ne supporteraient pas le quart de ce que tu lui as fait… 

— Encore heureux qu’elle le supporte! C’est comme cela que je suis! Et bien sûr que j’ai de l’affection pour elle, c’est une belle fille quand on ne regarde pas de trop près… Mais, cette histoire d’argent dépasse tout ce que j’ai pu imaginer.

Gabrielle l’entendit s'effondrer sur son fauteuil, soupirant longuement. La tension semblait retomber. 

— Si l’affaire continue sur ce chemin, ton cabinet sera plus reconnu que jamais et ta carrière politique va prendre son envol: tout ceci te rapportera beaucoup d’argent. Bien plus qu’il n’en faudrait pour sauver cette maison. Et tu peux vendre la pharmacie, ou la garder pour en obtenir un loyer.

Le silence se fit quelques secondes.

— Tu ne pourrais pas faire disparaître quelques créanciers, sans que cela n’attire l’attention sur moi? Demanda Pierre.

— C’était déjà prévu, je vais récupérer quelques noms et m’occuper de cela. Je pourrais faire disparaître deux des plus grosses dettes, à quelques semaines d'intervalles. Impossible de faire plus. 

— C’est déjà ça… » 

Au même moment, Marguerite passait dans le couloir, avec une pile de draps fraîchement lavés, prêts à être repassés. Gabrielle lui fit signe de se taire et de venir dans sa direction. S'exécutant, la domestique passa devant la porte entrouverte du bureau de Pierre, l’air de rien. Tout en continuant à marcher, Gabrielle s'agrippa à son bras pour partir du même pas qu’elle, masquant sa présence par la sienne. C’était le moment de partir, elle en avait bien trop entendu. Les deux femmes rejoignirent la chambre de Gabrielle, qui referma la porte promptement. 

« Madame, qu’est-ce qu’il se passe? 

— J’étais en train d’écouter la conversation de mon époux et d’Armand, c’est un désastre: Pierre à découvert que mon oncle était ruiné. Et je ne te parle pas d’une petite dette mais de plusieurs centaines de milliers de francs! Je l’ai entendu parler de vendre cette maison…

Marguerite avait posé son tas de linge sur le lit de Gabrielle et l’écoutait debout. 

— Vendre la maison? Va-t-il le faire ?

— Je ne saurais le dire, je me suis enfuie avec toi avant d’en entendre plus. 

— La dette est énorme, comment autant d’argent a t-il pu être dépensé sans le posséder? Je suis désolée, je ne comprends sûrement pas tous les tenants et les aboutissants des affaires d’argent… s’excusa Marguerite. 

— Il semblerait que mon oncle était un parieur… Et qu’il empruntait de fortes sommes d’argent auprès de particuliers, mais aussi qu’il en devait beaucoup… Je trouve cela à peine croyable, je ne l'ai jamais vu aux courses...

Gabrielle se laissa tomber sur son lit, fixant le vide. Elle n'arrivait qu'à peine à imaginer ce qu'il pouvait se passer à présent. 

— Les hommes font cela, Madame. Chez moi, j’ai déjà vu les hommes jouer de l’argent jusqu’à ne plus rien avoir, jusqu’à ne plus posséder la moindre pièce pour que sa famille mange… 

Gabrielle leva les yeux vers sa femme de chambre. 

— Qui faisait cela? demanda-t-elle avec douceur. 

— Mon père. Et après je devais aller mendier ou faire de petits travaux… vendre des lacets, des bouquets de fleurs… Pour qu’il retourne peu après tout dépenser, elle soupira et se secoua. Je suis contente d’être venue travailler ici, j’ai mon propre argent et personne ne peut plus me le voler. 

— Je suis désolée que tu aies eu à vivre cela, Gabrielle lui attrapa les mains, copiant son attitude apaisante. 

— Merci, Madame. Vous savez, c’est pas la pitié que je cherche, se défendit-elle. Je voulais juste vous dire que les hommes font des horreurs comme cela. Et bien d’autres choses. 

— Je sais, Marguerite. Mais tu as le droit de te plaindre de temps en temps également. Je ne fais que cela à longueur de temps et tu m’écoutes sans sourciller. Qui serais-je pour te juger? Gabrielle poussa un soupir. J’ai une position que je pensais privilégiée, mais tu vois, je me retrouve bien punie pour tout cela. J’avais un nom et l’héritage de ma famille qui me protégeait. Mais avec cette découverte, je crois que je suis plus en danger que jamais. 

— Qu’est-ce qui vous fait arriver à cette conclusion? Vous avez peur pour votre place? 

— Non… J’ai peur pour bien d’autres choses. Pierre a accepté ce mariage avec moi car j’avais un héritage venant de mes parents. A priori mon oncle avait négocié des termes du contrat qui m’étaient inconnus et était déjà au courant pour une petite partie des dettes de jeux, qu'il a épongé. Mon oncle n'a rien dit de tout ça pour me protéger, il devait être pris à la gorge entre ma situation et le gouffre financier devant lequel il se trouvait. Ce mariage devait sauver mon argent je suppose, mais il n'était pas prévu qu'il décède si prématurément... Pierre a accepté les termes du contrat dans cette configuration. Mais maintenant... Le nom de Deslante doit circuler comme étant celui de joueur, de mauvais payeur…Avec le décès de mon oncle et l'affaire du tueur en série, mon nom est loin d'être inconnu et on doit l'associer maintenant avec celui de Pierre. Je suis un poids pour lui, je n’ai plus rien à lui apporter. Et j’ai peur qu’il se mette à mal me traiter… 

— Car vous trouvez que son attitude est bienveillante actuellement? s’étonna Marguerite, un peu souriante. 

Mais Gabrielle, elle ne souriait plus du tout. 

— Si tu savais. Il est trop occupé par ses affaires pour être désagréable en ma présence. 

— Que pensez-vous qu’il pourrait vous faire? 

— Je n’ose l’imaginer… Et en même temps, tout m’effraie, souffla Gabrielle. 

— Vous savez... commença Marguerite.

Gabrielle se crispa lisant sur les traits de son amie qu'elle se sentait mal à l'aise et gênée.

— Pierre m'a … fait des avances. Y a deux ou trois jours. Ça a pas duré longtemps, quelqu'un d'autre est rentré dans la cuisine et j'ai pu m'enfuir.

— Mon dieu... souffla Gabrielle, choquée.

— Je suis désolée je …

— Qu'est-ce que tu racontes, ne t'excuse pas ! Explosa-t-elle, hors d'elle. Je n'ai rien à faire de ses histoires avec d'autres femmes, mais je refuse qu'il vienne te faire ça à toi.

— Mais il a rien fait, je vous jure, s'empressa de répondre Marguerite, les larmes aux yeux.

— Je ne te tiens pas pour responsable ou quoique ce soit. Je sais juste que … Si tu lui plais, et qu'il te veux, il pourrait te faire du mal. J'imagine qu'il aurait d'autant plus envie que cela m'atteindrait moi...Il faut que tu l'évites, que tu te protèges d'accord ? »

Marguerite tenta d'essuyer ses larmes pour se remettre au travail, mais Gabrielle la fit rester encore un moment pour lui expliquer que ce n'était pas sa faute et qu'elle n'avait pas à se sentir coupable, ou gênée. C'était ses actes à lui. Elle n'avait rien fait de mal.

Toucher à Marguerite... Gabrielle fulminait. L'idée que cela arrive ne lui était jamais venu en tête et pourtant cela semblait d'une évidence presque grossière.

Gabrielle resta enfermée avec sa femme de chambre pendant une heure encore, attendant le moment où Armand repartirait et celui où Pierre irait se coucher, ou allait la demander. Fort heureusement, il n’en fut rien, après avoir vu la berline d’Armand quitter la rue Murillo, il n’y eut aucun bruit et Marguerite put repartir pour aller se reposer et profiter de la fin de sa soirée. 

Gabrielle peina à trouver le sommeil, des centaines de scénarios allant et venant dans esprit, l’un chassant l’autre. 

Plus d’argent. Plus d’argent au point de devoir vendre la maison… Une partie de Gabrielle sentait éperdument soulagé de ne plus avoir à être confronté avec cet endroit de malheur, et l'autre percluse d'angoisse et de terreur en imaginant ce qui pourrait bien se passer à l'avenir. Ce qui était arrivé à Marguerite sonnait dans son esprit comme un avertissement.

***

Voilà déjà une heure que Gabrielle était arrivée, accompagnée de Pierre pour rejoindre un après-midi de tir au pigeon auprès du Cercle du Bois, dans le Bois de Boulogne. Un divertissement qui semblait avoir enthousiasmé Pierre. Il avait été invité par son club privé, l’Automobile Club qui avait organisé cette journée avec le Club de tir au pigeon: un moment pour rapprocher les milieux. Les invités avaient été triés sur le volet, Gabrielle ne connaissait absolument personne mais Pierre, lui semblait étonné d’y voir certaines personnalités. D’un mot discret, il lui indiquait des conseillers municipaux, des députés, sénateurs, des professeurs d’université, des avocats, huissiers, médecins… En temps normal, les femmes n’étaient pas admises dans ce type de clubs privés. Gabrielle pouvait en supposer la raison, ces hommes aimaient par-dessus tout ce genre de clubs, car ils se retrouvaient entre eux, sans femmes et sans enfants: ils pouvaient se relaxer autant qu’ils le désiraient et discuter de sujets d'affaires comme de bagatelles. La présence des femmes y était prohibée, on n’aurait pas toléré qu’elles viennent tout gâcher. Mais aujourd’hui était à part, on avait eu la volonté d'organiser une journée de détente, de rencontres, d’où la présence des épouses.

Gabrielle observait toutes les dames entre elles, il y avait deux types de comportements: celles qui se connaissaient déjà et se retrouvaient avec plaisir et celles qui participaient pour la première fois à ce type de réception, comme Gabrielle, et qui restaient avec leur époux ou à part, assise avec un livre, une boisson.

Gabrielle regarda son verre vide de citronnade, Pierre était parti jouer du fusil dans le Bois de Boulogne avec ses collègues et amis depuis un petit quart d’heure, il allait en avoir encore pour un bon moment. Avant de la quitter, il avait été relativement agréable, se montrant toujours sous son meilleur jour en présence d’autres personnes; et pourtant le matin même, il avait attrapé Gabrielle avant son petit déjeuner pour satisfaire ses besoins d’homme. Elle en gardait un souvenir douloureux et honteux, Pierre ne semblait jamais satisfait et elle le ressentait comme une vengeance. La façon dont il la tenait, dont il retirait ses vêtements et puis ce regard… Gabrielle ne pouvait pas dire qu’elle ne se sentait pas désirée, Pierre ressemblait plus à un animal en traque qu’à un amant attentionné. Après avoir fini sa besogne, laissant Gabrielle choir dans le lit, il s’était rhabillé, puis avait lâché un: 

« Il fallait que tu sois frigide… »

Avant de partir sans même la regarder. Gabrielle supposait la signification de ce terme, elle avait eu le temps d’y penser car elle l’avait déjà entendu de sa bouche durant sa conversation avec Armand. Non, elle n’y prenait aucun plaisir, chaque fois elle fermait les yeux et se laissait faire. Parfois, elle contenait une exclamation de douleur, d’autres elle était juste agacée, irritée par ce littéral va et vient qui se répétait encore et encore et encore pendant de trop longues minutes. Plus il la touchait, plus elle se dégoûtait, se sentant sale entre ses mains: n’était qu’un objet de désir physique, presque une chose qu’on prenait sans se soucier de ses désirs, sa fatigue ou même juste son envie. Et chaque fois, les choses semblaient devenir de plus en plus... inhabituelles. Bien sur, Gabrielle n'y connaissait rien, mais elle pouvait parfaitement imaginer que les hommes n'étaient pas censé avoir l'air d'y trouver encore plus de plaisir quand elle n'en avait pas du tout, et même en souffrir. Une fois, elle avait lâché un geignement de douleur en le sentant trop profond en elle, et ç'avait été pire... La fois d’après, il l'avait frappé, juste une claque sur les fesses. Mais forte. Vraiment très forte. Il avait jouit à son cri de douleur et de surprise. Puis la suivante, il avait recommencé, plusieurs fois, sans la prendre. Dos à lui, elle pu éviter son regard sur elle quand il était venu sur ses fesses meurtries.

Mais son état physique commençait à se dégrader de nouveau, le matin même, il lui avait fallu une dizaine de minutes pour sortir de son lit, et elle boitait de nouveau. Elle espérait qu'il tiendrait compte de ça pour éviter de … l'abimer encore plus. Cette simple pensée lui sembla surréaliste.

Perdue dans ses pensées, Gabrielle regardait dehors. Les baies vitrées donnaient sur un lac, le tout entouré de forêt, c’était un lieu incroyablement calme et apaisant. Elle aurait aimé y aller dans d’autres circonstances, pour le moment, il devait y avoir au moins une trentaine de personnes autour d’elle. Les femmes discutant entre elles, quelques hommes qui revenaient de leur session de tir. Au loin, quelques barques dérivaient avec leurs passagers, profitant de la douce chaleur de la journée et du soleil à peine voilé de nuages. Cette atmosphère était merveilleuse, et Gabrielle aurait préféré une balade à pied plutôt que de rester ici à attendre. 

Alors qu’elle se mit à soupirer, Gabrielle tourna la tête pour voir si elle pouvait trouver quelque chose à faire. Comme à chaque fois, son cœur se vrilla dans sa poitrine alors qu’elle croisa le regard absinthe d’Armand. La surprise de le voir ici fut aussi forte que l’effet qu’il avait eue sur elle. Elle tourna les yeux, faisant mine de ne pas l’avoir vu, puis soudainement se leva, prenant son sac et son ombrelle avec elle pour sortir du bâtiment. Tant pis, elle reviendrait plus tard, au pire elle pourrait toujours essayer de trouver Pierre, il ne devait pas être bien loin. Mais elle ne pouvait pas rester là avec Armand près d’elle. Toute sa volonté était mise à rude épreuve.

Alors elle marcha dans la forêt, se retrouvant à couvert sous la voûte dense des arbres. La fraîcheur y était agréable, si inhabituelle pour elle qui avait l’habitude de Paris et de ses routes pavées, de toute cette chape de pierres et de béton. Avançant à son rythme, elle rejoignit l’autre côté du lac, suivant le son des coups de fusil. Sans les rejoindre directement, Gabrielle se rapprocha du groupe de tireurs, cependant, elle était encore trop loin pour reconnaître ne serait-ce que la silhouette de Pierre. 

Un léger bruit attira son attention, à quelques mètres, Gabrielle tourna la tête pour regarder autour d’elle. D’abord elle ne vit rien d'autre que les arbres, les feuilles mortes, les fougères et autres buissons aux feuilles piquantes. Puis un mouvement attira son attention, il y avait quelqu’un. Une montée d’angoisse et de peur prit Gabrielle toute entière, aucune partie de son esprit ne tenta d’être rationnel. Quelqu’un la regardait. 

Soudainement, elle poussa un cri quand une main attrapa son bras. A côté d’elle, Armand venait d’arriver. 

« Si j’étais toi, je ne resterai pas seule dans les bois. 

— Et si j’étais toi, j'arrêterais de me suivre, répliqua-t-elle, la peur due à la surprise la rendant très irritable.

— Je suis bien conscient que tu m’as demandé de ne plus te parler Gabrielle, mais je ne saurais faire comme si de rien n'était alors que tu pourrais être en danger. Quelqu'un te suivait. 

Gabrielle sentit les battements de son cœur se calmer, avec Armand, elle était en sécurité. Il avait lâché son bras, mais la fixait avec intensité. Il semblait livide, comme épuisé. Elle se fit la remarque qu’elle n’avait pas vu Armand dans de bonnes dispositions depuis bien longtemps...

— S’il te plait, rentre avec moi au pavillon. Je te laisserai tranquille une fois que nous y serons.» 

Sans un mot, Gabrielle approuva, se remettant à marcher vers le lieu de réception. Armand lui emboîta le pas, sans dire un mot. Mais cette fois-ci, ce fut Gabrielle qui peinait à se retenir de lui adresser la parole, voulant échanger sur ce qu'il venait de se passer. 

« J’ai remarqué juste avant que tu n’arrives que quelqu’un me suivait. Mais je n’ai pas eu le temps de voir qui cela pouvait être. Elle garda le silence quelques secondes. Et toi? 

— Quand tu es partie du pavillon, j’ai vu une silhouette au loin. Mais je ne saurais dire qui cela était… Mon esprit craint le pire et pense évidemment à ce tueur. J’ai peur qu’il t’ait toujours pour cible. 

— Le massacre de toute la maison n'était-il pas une menace suffisante pour me garder à l’écart de tout ceci, d’après lui? grinça Gabrielle. 

— Je crois, hélas, que cette personne raisonne comme toi et moi. 

— Personne ne raisonne comme toi, Armand, cingla-t-elle. 

A côté d’elle, Armand soupira. 

— Gabrielle, je …

— Non. 

Gabrielle s’arrêta net et lui fit face. 

— Non, ne commence pas. Il n’y a pas d’excuses, pas de mots, pas de belles paroles pour accompagner quoique tu aies eu envie de dire à ce moment. Oui, je suis peut-être désagréable avec toi, mais c’est avant tout pour me protéger. Je dois apprendre à vivre avec le fait que tu fais partie de mon quotidien, alors que chaque fois que je te vois, j’ai la sensation que mon âme se déchire de douleur. Alors oui, je vais continuer à avoir cette attitude parce que sinon je vais finir par préférer voir ce fou s’attaquer à moi aussi que d’endurer cela chaque jour de mon existence.» 

Alors que des larmes commençaient à monter, Gabrielle finit sa phrase en tournant les talons pour reprendre son chemin. Derrière elle entendit Armand la suivre, sans un mot. Très bien, le message semblait être clairement passé. Oui, elle était sûrement dure ou très grossière, mais la douleur lui faisait perdre sa contenance et elle avait besoin de se protéger. 

Il ne leur fallut que quelques minutes pour rejoindre le pavillon des étangs, passant par un petit chemin de terre ombragée 

Mais à peine furent-ils arrivés que Gabrielle reconnut une petite assemblée qui s’était formée sur un coin de terrasse, sur le côté du bâtiment. Daniel Taylor, Pierre ainsi que le préfet Lépine et, sûrement son épouse, discutaient à l'abri des oreilles indiscrètes. Alors qu’ils se rapprochaient, Pierre les héla, Armand et elle, de venir les rejoindre. Contenant une grimace, elle obtempéra. L’idée de se débarrasser rapidement d’Armand tombait à l’eau. Cependant, une petite partie d’elle se dit immédiatement que les hommes allaient sûrement discuter de l’affaire et la perspective d’en apprendre plus réveilla en elle un sentiment agréable. Le premier de la journée. Alors qu’elle rejoignait le groupe, Gabrielle commença ressentir une douleur transperçante dans son bassin. Elle grimaça un peu, puis respira à fond pour essayer de la faire passer. Le mal se calma un peu alors qu'elle arrivait aux côtés de Pierre, saluant une à une les personnes présentes. Pierre la présenta comme son épouse au préfet Lépine, ainsi qu'à son épouse, Marie. Il sembla ravi de leur union, les félicitants chaleureusement.

« Monsieur de l’Estoile, c’est un plaisir de vous revoir, nous discutions donc de l’affaire de meurtres dont l’inspecteur Taylor est en charge. Tout ceci commence à se compliquer sévèrement. La presse s’est emparée de l’affaire et va diffuser des informations dès demain. La population va être au courant de façon très large de cette affaire et ce n’est pas pour faire les nôtres… Nous allons devoir opérer avec précaution si nous ne voulons pas de mouvement de panique. Dès que les gens vont apprendre que les meurtres sordides de votre maisonnée, Madame, ont un lien avec le tueur en série, la panique va s’emparer des foules, on ne va plus faire que parler de cela dans les cafés et les bordels, on va se méfier de tout le monde. Nous allons nous retrouver avec les cellules pleines de suspects dénoncés par leurs voisins où leur bonne sous prétexte que celui-ci sera rentré une heure plus tard qu’à l'ordinaire. Les gens vont vouloir faire justice eux même, ils vont nous submerger de fausses déclarations… Il va falloir accélérer les choses. 

— J’ai plusieurs équipes sur l’affaire en permanence, d’excellents enquêteurs. Nous avons de solides pistes et comme je vous le disais avant l'arrivée de nos compagnons, nous ne sommes qu’à quelques jours de le retrouver. Chaque jour, il y a des témoins dans nos zones de recherches, nous avons encore retrouvé ce matin un cadavre non loin du parc Monceau, un mendiant. Il a l’avantage au moins de ne manquer à personne, expliqua L’inspecteur Taylor. Vidé de son sang, couvert de morsures au niveau des plus gros passage du sang du corps. 

La curiosité de Gabrielle était plus que piquée, voilà qu’elle apprenait qu’il faisait encore des morts, qu’on avait retrouvé des cadavres et que l’affaire était sur le point de se conclure? Pierre lui avait caché bien des choses ces derniers temps. Pour l’épargner ou la punir?

— Continuez comme cela, il faut que tout se termine au plus vite. Et surtout, dès que vous aurez ce malade, enfermez le bien, et cachez-le. Ne laissez pas la presse savoir où il peut être et méfiez-vous des taupes. Gardez l’information la plus discrète possible, nous avons des choses à régler avant de pouvoir faire part à la presse de tout cela, appuya Lépine. Nous avons déjà assez de soucis comme cela. 

Gabrielle vit passer des regards entendus. Marie Lépine en profita pour s’excuser avant de se retirer, cette affaire semblant l’ennuyer. Gabrielle pensa tout de suite qu’elle devait en avoir plus qu’assez de ce genre de discussion, mais elle en tout cas, était fortement intéressée. A la curiosité, s’était invitée l'intérêt personnel. L’idée de voir ce fou en prison ou sous le fil de la guillotine lui procurait le plus grand des soulagements, voire même du plaisir. 

Du coin de l'œil, Gabrielle voyait Armand jouer avec sa montre, comme très souvent. 

— Nous avons d’autres soucis qui vont concerner toute la partie législative, Pierre. Nous nous sommes rendu compte que des documents avaient été falsifiés ou avaient même disparu… Expliqua le préfet.

— Quel genre de documents? Cela risque de poser de gros problèmes… S’inquiéta Pierre. 

— Certains témoignages, des preuves, des photographies… Cela va très loin hélas, je ne sais pas comment cela a pu arriver dans nos bureaux. 

— Il y a forcément des personnes infiltrées. Mais je ne comprends pas comment une affaire telle que celle-ci peut générer ce genre de réaction. Cela n’implique aucune personnalité connue, et ce n’est pas du vol pour la presse. 

— Non, c’est bien notre souci. Il se passe quelque chose que nous n’arrivons pas à comprendre, ajouta Daniel. 

— Il faudrait que nous constations ensemble des disparitions, et les faire certifier par un huissier, le procès va être bien différent si les choses se profilent de cette manière, tenta de gérer Pierre. 

Ils étaient tous très mal à l’aise, Gabrielle le voyait bien. Le Préfet Lépine n’était pas en première ligne pour cette affaire, de ce fait, il était sûrement le plus détendu de cette assemblée. L’inspecteur Taylor, Pierre et Armand semblaient plus qu’agacés. Armand, les yeux cernés et le teint très pâle semblait le plus affecté, bien qu’il n’ait rien dit jusque-là. Gabrielle savait que les jours à venir, voir les semaines seraient des plus tendues avec Pierre.

— Je vais contacter quelques personnes de mon entourage pour mener mon enquête. Mais je ne sais pas réellement par où commencer, car comme vous, je ne comprends pas un tel rebondissement., dit Armand, soupirant. 

— Il va falloir faire vite De L’Estoile, notre piste actuelle est fraîche et nous devrions conclure tout cela rapidement. La presse doit avoir le moins d'informations possible à ce propos, ou un procès long et fastidieux nous attend. Nous ne savons pas comment la population pourrait recevoir ce genre d'information et il est inconcevable que nous relâchions un individu comme celui-ci dans la nature. Pas après tous ces morts, nous atteignons un chiffre de presque trente personnes retrouvées vidées de leur sang en presque trois mois, c’est même un scandale que quelqu’un de si voyant et de si actif nous file encore entre les doigts. 

Gabrielle ne put retenir une expression de surprise. Trente personnes? Le chiffre lui semblait énorme, et pourtant, rien qu’avec le massacre qui avait eu lieu dans sa maison, on devait atteindre les quinze morts. Soudainement, le souvenir de vivre dans cette maison maculée de sang lui était ingérable. Une vague de chaleur, puis de froid la secoua, lui rappelant qu'elle ne se sentait pas très bien. La douleur dans son bassin s’était calmée, mais n’avait pas totalement disparu. 

— Gabrielle, ça ne va pas? demanda Armand, la regardant, fermé. 

Elle jura intérieurement, il avait l'oeil partout...

— Un vertige, sourit-elle poliment, gênée par les regards des quatre hommes sur elle. 

— Tu es très pâle. Insista Pierre. Tu devrais retourner à l’intérieur pour t’asseoir. 

Gabrielle savait très bien que cela arrangeait Pierre, il voulait à tout prix éviter qu’elle se mette à crier ou s'évanouir, de nouveau pour attirer l’attention, selon lui. Mais comme toujours la curiosité l’emportait et elle tenta de se ressaisir. 

— Je vous assure, merci pour votre sollicitude, mais cela va très bien, insista-t-elle. 

— Bon. Quoi qu'il en soit, je vais vous laisser. J’ai du monde à voir et j’irais bien également tirer quelques pigeons! Sourit monsieur Lépine. 

— Avec tout cela je n’ai même pas pu encore y aller, dit Pierre. J’ai rencontré Monsieur Taylor en chemin et nous avons discuté. Allons rejoindre les autres. Armand tu viens? 

Les hommes, souriant, se mirent en branle pour rejoindre le Pavillon des Etangs. 

— Non, je vous remercie, je vais rentrer pour ma part. Je n’étais que de passage pour cette réception. 

— On se voit demain soir Armand, sans faute n’est-ce pas? Fit Pierre. 

— Oui, je serais là.»

Les hommes repartirent cette fois, laissant Armand ajuster ses gants et Gabrielle commencer à chercher un endroit pour aller patienter. Mais à peine eut-elle fait trois pas que la douleur s'embrasa, la faisant vaciller. Mais ce fut sans compter sur Armand qui l'a rattrapa.

« Jusqu'à quel point as-tu mal pour manquer de tomber ?

— Ça va aller, je vais attendre le retour de Pierre, dit-elle en se dégageant de son bras.

— Je ne sais pas si cela va aller en s'améliorant. Tu devrais repartir avec moi, je vais aller prévenir Pierre si tu veux. 

Gabrielle se sentait prise à la gorge, comme souvent. Elle se sentait effectivement de moins en moins bien, mais pour rien au monde elle n’avait envie de partager un carrosse avec Armand en tête à tête. 

— Non, merci. J’insiste. 

Un nouveau vertige et une vague de douleur la secoua.

— Tu n’es pas en état de rester. Je vais chercher Pierre pour qu’il te ramène. Va t’asseoir à l’intérieur.»

Il n’y avait plus aucune question dans les mots d’Armand. De toute manière, Gabrielle se sentait bien trop mal pour pouvoir lutter plus que cela. Elle rejoignit le pavillon avant de voir revenir Pierre. L’air agacé. Merveilleux. Cependant, elle savait que les choses ne pourraient pas trop se compliquer car il y avait beaucoup de monde et que Armand était toujours là. 

« Tu es réellement malade? demanda-t-il, soupirant. 

— Je ne me sens pas très bien. 

— Elle a mal, elle a failli tomber deux fois insista Armand. 

— Je crois que je peux m’occuper de mon épouse seul, Armand, si tu le permets, s’interposa Pierre. 

— De toute évidence non, car je dois venir te chercher. 

Gabrielle serra dans ses mains son sac, finalement si, la tension montait. Mais pas pour la raison qu'elle aurait imaginée. Soudainement, une image parasite vint s’incruster dans sa tête, sans trop savoir d’où elle venait. Cela concernait Armand, elle le voyait la bouche et le menton, en sang, comme s’il venait de recevoir un coup dans le nez, le visage empreint de colère. Mais elle ne se souvenait pas avoir déjà vu Armand dans cet état? Peut-être était-ce le fruit de son imagination, en voyant en ce moment Armand de furieuse humeur, peut-être son cerveau cherchait-il à combler quelque chose? 

— Tu es toujours à faire de beaux gestes pour les autres et à paraître quelqu’un qui s'enquiert du bien-être d’autrui, mais parfois, tu outrepasses ton statut. Et j’aimerai arrêter de te voir seul avec ma femme quand je ne suis pas là, surtout en présence de public. Les gens parlent, Armand. 

Leur ton restait relativement bas, mais cela ne cachait pas pour autant leur agacement. Il y avait du règlement de compte dans l’air. 

— Je sais que les gens parlent, Pierre. C’est précisément mon métier. Tu devrais justement les écouter, pour une fois. Gabrielle est mon amie, autant que tu l’es, et sa compagnie m'est agréable, contrairement à toi. 

Gabrielle ne savait plus où se mettre et en même temps, la douleur se décupla, la faisant grimacer et se tordre sur place. Non... non. Les deux hommes arrêtèrent de se disputer tout net. 

— Tu peux te lever? On va aller à l'hôpital, tu n’es pas en état de rentrer à la maison? 

— Oui… » souffla Gabrielle, attrapant la main de Pierre pour qu’il l'emmène. 

Armand ne bougea plus, ne dit plus rien et regarda juste les deux époux quitter la réception. Avant de passer la porte, Gabrielle tourna la tête pour le voir une dernière fois, espérant qu’il ne soit pas parti. 

Trop tard. 

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