Il est je

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Il me répétait souvent, je me souviens, ton combat est mon combat. C'était beau, tellement beau. Il m'a tant aidée, supportée, soignée.


Il restait des heures à mes côtés dans la salle de bain, dans la chambre ou la cuisine. Il m'entourait de ses bras. Il me rassurait, me murmurait des mots doux.


Il savait chacune de mes douleurs. Il connaissait ce regard de souffrance dès les moindres débuts de crises. Il était là, tellement présent.


Il me défendait, quitte à se mettre contre les autres. Ceux qui ne comprenaient pas, que je ne pouvais ni boire, ni fumer, ni jouer, ni sortir. Ils se moquaient en partant et lui restait.


Il avait ce regard tellement bienveillant. Comme un père, il me berçait pour que je m'endorme. Pour que j'oublie le mal que j'avais en moi, pour que je sois apaisée.


Il savait me faire sentir belle et féminine. Malgré la perte de poids et des rondeurs qu'il aimait tant au début... J'étais si bien près de lui.


Il passait ses journées avec moi, ses matins, ses après-midi, ses soirées et ses nuits. Et quand il sortait sans moi, il avait toujours son téléphone à porter de main.


Il était prêt à venir à la moindre sensation de douleur. Au moindre doute d’une future crise. Il était là. Il débarquait chez moi et me guérissait de sa présence.


Il me couvait. Comme si j'étais son enfant, il me protégeait. Sa présence m'aidait à oublier parfois le mal qui me rongeait.


Il m'aimait. Il était toujours là. À passer sa main dans mes cheveux en me disant que tout irait bien, que tout se passerait bien.


Il était tellement sûr de lui que je commençais, moi aussi, à y croire. Je me disais que je pouvais guérir, que c’était possible.


Il cherchait sans cesse de nouveaux examens à faire, de nouveaux médicaments à prendre, afin de soigner ma douleur ou au moins de me soulager un peu.


Il a toujours été présent. Je lui dois tellement pour tout ce qu'il a fait pour moi.


Alors dites-moi. Qui a voulu ça, qui a voulu qu’il parte avant moi et sans moi ?


Il est mort dans un accident de voiture. Il avait 25 ans. Il était mon seul ami, mon seul allié, mon seul amour. Il est parti sans moi...


Je n'espérais qu'une chose, aller le rejoindre au plus vite. Dites moi alors, qui a décidé que je devais rester, que je devais guérir sept mois après sa mort...


Triste ou malheureux hasard, me direz-vous…


J'ai souvent parlé de lui. Toujours, même. Je commençais toutes mes phrases par "lui" ou "il". Même dans ce texte d'ailleurs, je viens de m'en apercevoir.


Je me vois également écrire "je" à chaque début de phrase depuis qu'il est parti. Il n'y avait que lui. Je n'avais que lui à regarder, que lui à qui parler, que lui à aimer.


Aujourd'hui, je suis seule. Même ma maladie m'a quittée. Il n'est plus là et elle n'est plus là. Je ressens quelque chose en moi, près de mon coeur. Une douleur.


Je ne pensais pas qu'un mal plus fort que le cancer pouvait exister, mais à présent, je sais que le manque de l'être aimé est la pire des souffrances.

...


Je t'aimerai au-delà de tout mes maux.

Mon ami, mon amour.

Je ne t'oublierai jamais.

Sois en paix là où tu es.

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