I/The Angel

8 minutes de lecture

Un bureau, deux hommes, un stylo. Un bruit incessant d'une pointe qui gratte un papier blanc, pendant qu'ils semblaient attendre quelque chose. Une vieille horloge qui agace avec son tic tac constant. Un regard noir impassible planté dans des yeux verts, des longs cheveux blonds qui contrastent avec les mèches bleues d'un meurtrier. Deux hommes et une barrière.

" Bien débutons, nous allons commencer par les choses élémentaires, quel est ton nom ?

- Gabriel, Gabriel Basini. C'est italien, enfin c'est ce qu'on ne cessait de me répéter. Et Gabriel, c'est le nom d'un ange. Donc, je suis un ange italien.

- C'est une étrange conception de la chose, te donne-t-on un pseudonyme ? Aurait-il une signification ?

- Red m'appelait mon ange pour se moquer de moi. Je ne pense pas que ce soit cela donc je n'en ai pas. Je suis juste un monstre aux airs angéliques.

- Tiens parlons de Red, qui est-elle pour toi ?

- L'histoire de ma vie, elle s'est terminée brutalement.

- Comment ça ?

- Elle s'est simplement terminée, cessez de poser des questions dont vous ne comprendrez pas les réponses.

- A tes yeux, nous sommes incapables de te comprendre ? Nous prends-tu pour des idiots ?

- Vous sortez du cadre docteur, et je n'aime pas ça. La séance est terminée."

L'homme aux cheveux bleus se redressa, plantant ses yeux noirs dans les yeux verts de l'homme en blouse blanche. Puis il se tourna, décidant de partir.

-//-


Le lendemain, la même scène se produisit.

" Je tenterai de ne pas sortir du cadre cette fois Gabriel. Quelle taille fais-tu ?

- Je ne suis pas vraiment sûr, les médecins ne se mettent jamais d'accord, je dois faire 1m79 je crois, et je pèse 84 kilos, mais bon, je parais fin et assez musclé. C'est ce qu'on me dit du moins. Moi je m'en fiche, j'ai juste un corps qui plaisait à Red.

- Et qu'aimait-elle particulièrement chez toi ?

- Les tatouages, c'est elle qui m'a poussé à en faire, j'ai des ailes d'ange dans le dos et j'ai fait redessiner ma colonne vertébrale. J'ai aussi le mot sang écrit en japonais, dit Ketsueki, j'ai demandé à avoir les trois lettres de RED et ça forme la phrase: Red Eyes Died. C'est joli, j'aime bien. J'ai aussi des cicatrices, des marques de coups de mes légères disputes avec Red qui finissait par une bagarre. Ou alors parfois elle était vraiment énervée et nos rapports devenaient violents. C'était vraiment intéressant.

- Je vois... Quel âge as-tu ? As-tu toujours habité aux Etats-Unis?

- Red avait 21 ans, elle est morte pas loin des 22 ans et j'ai 5 ans de plus qu'elle. Faites le calcul, vous êtes un scientifique non ? Et bien entendu que j'ai toujours vécu aux Etats-Unis, nous savons tous que les tueurs en série naissent là-bas.

- Tu es ironique là ?

- Qu'est-ce qui vous fait croire ça ? N'ai-je pas le droit de changer de ton ?

- C'est difficile de savoir si tu es sérieux, tu ne souris jamais.

- J'aimais le sourire de Red vous savez, il était souvent moqueur et dangereux me donnant des frissons d'excitation. Elle était fantastique.

- Ne nous dispersons pas, reprenons... Peux-tu nous décrire ta coiffure?

- C'est simple, j'ai les cheveux toujours displinés, il faut que je reste cadré, sinon ça peut paraître étrange. Ils sont bleus, c'est laid, je n'aime pas, il s'approche du noir, mais c'est affreux. Je n'aime pas leur couleur, je ne comprends toujours pas pourquoi Red aimait les tirer.

- Tu n'aimes pas le bleu ? Quelle est ta couleur préférée alors ?

- Le rouge, c'est évident. Le rouge sang, le rouge violence, le rouge danger, le rouge Red. C'est beau le rouge, vous voulez que je vous montre ?

- Non.

- Regardez vos yeux, vous avez peur... Ridicule. Vous êtes pathétique. Je vais retourner dans ma chambre, Red vous aurait ri au nez. "

Et il se releva, décidé à partir.

-//-

Le lendemain, la séance recommençait. Gabriel était agité aujourd'hui visiblement.

" Que t'arrive-t-il Gabriel ?

- J'ai envie de sang docteur, mais je n'ai pas pu tuer cette stupide infirmière aux yeux pareils à Red. Je ne l'aimais pas, elle souriait tout le temps. Et elle était affreuse. Mais on m'a interrompu. Je les déteste vous savez, je les hais. Ils m'empêchent de vivre.

- Je comprends. Veux-tu que l'on poursuive là où nous nous sommes arrêtés hier ?

- C'est bien pour ça que nous sommes là non ? Vous posez par moment des questions totatement stupides.

- Bien, si tu devais décrire ton regard, qu'en dirais-tu ?

- Comme vous aviez bien dû le voir, j'ai les yeux noirs. Tellement sombres qu'on ne discerne pas ma pupille. Red ne les aimait pas, elle disait qu'ils dissimulaient bien trop facilement mes sentiments alors qu'elle n'y arrivait pas elle. Je ne porte pas de lunettes moi, même pas de soleil, je trouve ça inutile.

- En parlant d'accessoires, en portes-tu ?

- Evidemment que non, vous l'avez bien remarqué. Je suis constamment vêtu de cette affreuse tenue blanche de l'hôpital. Mais avant je mettais tout le temps une montre, le temps est toujours important vous savez et j'avais une chaîne que ma mère m'a laissé.

- Tiens, parlons de ta famille que peux-tu nous en dire ?

- Je suis d'origine italienne. Mes grands-parents vivaient en Italie. Ma mère se nommait Beatriz Basini et elle était en concubinage avec Alejandro Martez. Ils étaient amoureux. Enfin, c'est ce qu'il paraissait. On avait un chien qui s'appelait Weak. Maman est morte, papa a sombré dans l'alcool et il n'aimait pas les aboiements du chien. Puis le chien est mort. J'avais une tante qui était la seule à m'accepter malgré l'absence de maman. Je l'aimais bien, elle doit être morte maintenant, elle ne me rend pas visite.

- Je vois, décrirais-tu ton enfance comment étant traumatisante ?

- Bien évidemment que non. Maman est morte, c'est triste. Papa a dû attraper une sirose, à cause de la dose de whisky qu'il prenait chaque jour. Le chien était chiant. Une enfance plutôt banale, dans la ville de Détroit.

- Mais n'aimerais-tu rien changer ?

- Dans ma vie ?

- Oui, si tu pouvais retourner dans le passé, que ferais-tu ?

- C'est simple, je tuerai moi même maman, elle n'aurait pas eu mal au moins. Puis je tuerai Red à nouveau. Et je serai discret pour qu'on arrête de me regarder comme une bête de foire.

- Hum... Et tu accepterais de retourner dans l'hôpital ?

- Me prenez vous pour un idiot ? Vous pensez que j'adore passer mon temps en état de cadavre ambulant ? Toutes les raisons sont bonnes pour m'endormir à l'aide de médicaments. Je ne peux même plus courir pour chasser mes envies de sang et vous vous étonnez que je veuille tuer des infirmières ?

- Certains patients s'y complaisent...

- Je ne suis pas stupide moi, je sais que vous ne me laisserez pas partir. Si je dois être transféré quelque part, c'est en prison, j'en ai parfaitement conscience.

- Pourtant on peut dire que tu es bonne santé non ?

- Ne vous faites pas plus stupide que vous ne l'êtes. J'ai maigri, j'ai l'air amorphe, la nourriture me dégoûte, mes blessures s'infectent par moment...

- T'arrive-t-il de te blesser ?

- Oui, quand je veux repeindre ma chambre de rouge et écrire Red sur les murs. Le sang des autres est parfois affreux.

- Tu as donc des cicatrices ?

- Partout où c'est possible. "

La séance fut brutalement interrompue par un appel du directeur.

-//-

Gabriel avait le teint blafard, son regard vide était planté contre le mur. Il ne calcula pas le psychiatre aux cheveux blonds, semblant perdu dans une longue contemplation.

" Bonjour Gabriel. "

Seul le silence lui répondit. L'homme manqua d'en soupirer. Ici, dans cet hôpital de la ville de Détroit, les patients passaient dans plusieurs crises constantes, leur état s'aggravant à mesure qu'ils passaient les jours dans cet endroit aux murs affreusement blancs.

" Gabriel ? "

Gabriel ? C'était lui, non ? On l'appelait ? Et les yeux ternes du patient allèrent rencontrer l'éclat vert de ceux du psychiatre.

" Bonjour docteur. "

Une voix terne et sans la moindre émotion. Aujourd'hui, il n'obtiendrait pas grand chose de lui.

" Reprenons notre séance d'hier si tu veux bien. Je me demandais, as-tu des croyances particulières ? "

Aucune réponse, Gabriel semblait être retourné à une longue contemplation du mur. L'homme aux cheveux d'or, décida de l'observer jusqu'à ce qu'il daigne répondre.

Et l'heure défila, avec pour seule compagnie, le silence.

-//-

" Bonjour docteur,

- Bonjour Gabriel, aujourd'hui tu sembles plus enclin à discuter.

- Hier, j'étais amorphe à cause des médicaments. Les infirmiers m'en ont trop donné.

- C'est ce qu'on m'a dit. Tu aurais eu un comportement violent d'après les dires.

- Pas étonnant, je me laissais aller à ma solitude habituel, dans un calme parfait, et une voix affreusement stridente a chassé le visage de Red.

- C'est à cela que tu occupes tes journées ? Rester seul, pensant à cette femme que tu as tuée ?

- Oui, ou alors je marche dans le parc quand on m'y autorise. Sinon je discute avec les infirmières, elles disent que j'ai un beau parler.

- Mais elles savent que tu n'es pas... Comment dire...

- Normal ? Je ne suis pas normal ? Vous pouvez le dire, ce n'est qu'un mot. Et puis c'est un mot au sens erroné. Alors vous pouvez le dire. Bien sûr qu'elles le savent, mais je suis quelqu'un d'extrêmement calme, je contrôle au mieux ce que je suis.

- Et que se passe-t-il quand tu échappes à tout contrôle ?

- Je sais me maintenir, tout comme je sais garder quelque chose en mon contrôle, mais vous ne pouvez pas comprendre. Vous êtes bien trop humain.

- Où veux-tu en venir ?

- Vous vous êtes un peu trop éloigné du cadre docteur.

- Et je m'en excuse, je vais donc poursuivre notre séance antérieure. Je me demandais si tu avais des croyances particulières ?

- Une question tout à fait stupide. Vous pensez qu'en haïssant la société, les hommes et en commettant des meurtres, je croirai en quelque chose ? Je ne croyais qu'en Red.

- Je m'en doutais bien, tu travaillais n'est-ce pas avant d'être accueilli ici ? Sur ton dossier, il est inscrit que tu as été comptable. Quel est ton rapport avec l'argent ?

- C'est utile, mais pas vital. Enfin si, ça l'est dans une certaine mesure. L'argent change des vies étrangement. Je ne comprends pas pourquoi. Ce ne sont que des morceaux de papiers qui dictent nos vies.

- Mais avais-tu des goûts particuliers en dehors du meurtre ?

- J'aimais bien jouer aux cartes, j'étais doué au poker, surtout face aux amis de Red. C'était amusant, je mentais, mais cette fois, tous les joueurs le savaient. Et j'appréciais courir dehors, de préférence sous la pluie.

- Et au niveau de la nourriture ? Des boissons ? N'avais-tu pas de préférences ?

- J'aime le whisky, mais il est vrai que je buvais souvent des boissons alcoolisées en présence de Red. Seul, je me contentais de jus d'orange. Nourriture ? Ce n'est qu'un besoin primitif à mes yeux, alors il n'y a rien que j'apprécie particulièrement.

- Hum... As-tu déjà eu des moments de stress ?

- Oui, quand je sentais qu'on en apprenait un peu trop sur moi. Vous savez, une personne qui se pose des questions, qui arrive à deviner le monstre tapi en moi. Je perdais tout mes moyens et il m'arrivait de devenir paranoïaque. Je me sentais mal à l'aise et fébrile. Sensation affreuse.

- Et maintenant ?

- Là, je ne m'inquiète plus de cela, tout le monde sait que je suis complètement fou. Tout le monde voit Gabriel, The Angel.

- Le fait de te poser des questions ne te dérangent nullement à présent ?

- Non, car je sais que tôt ou tard, je viendrai à vous supprimer. "

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire MindSurvive ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0