Coté B : Harder, Better, Faster, Stronger (Plus Dur, Meilleur, Plus Rapide, Plus Fort)

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Vendredi 14 juillet 2023, 7 h 30 de notre île tropicale.

Dix adultes abandonnés à notre sort depuis sept mois sur une île tropicale. Si les circonstances n’étaient pas celles que nous connaissons nous, la situation serait presque idyllique.

Ce melting pot de nationalités n’a pas été facile à vivre tout le temps. Des personnalités aussi fortes venant des quatre continents ne peuvent que créer des étincelles à chaque altercation ou à chaque répartition des tâches quotidiennes.

Heureusement que l’amour a pris racines dans l’île. Wen et Mark profitent pleinement de l’amour qu’ils n’auraient jamais pu vivre dans le monde extérieur. Maombi a fini par pardonner à Bae pour sa trahison. Même Ludmila Poliakoff s’est rapprochée de son ex Mauro Batista.

Bon an mal an, nous avons tous dû mettre la main à la patte depuis l’arrivée des kidnappés du Japon. Les rations de nourriture et d’eau du refuge ont commencé à s’épuiser plus rapidement dès leur apparition. Sans compter que Stacey s’est mise à manger pour trois très rapidement !

Cette île certes tropicale ne nous a jamais épargnée. Son bois sec est resté avare en plantes comestibles. Les talents de survivor de Wen furent encore un atout indéniable.

Les vêtements croquignolesques fabriqués à partir des fibres végétales par Maombi pour nous, nous ont assuré de pouvoir changer d’habits de temps en temps. Se faire habiller par une créatrice de haute couture n’est pas donné au quidam moyen. Là encore, nous sommes quand même gâtés.

La vedette de Bollywood, le gargouilleux Sanjay Kumar s’est relevé être un fin cuisinier. Wen, en bonne adepte de la cuisine moléculaire, a dû se rendre à l’évidence qu’il faisait mieux la cuisine qu’elle. Elle a parcouru un long chemin avant de l’accepter sans plus moufter.

Seules Aïko Hashimoto et Stacey ont mené une vie de princesses égyptiennes se faisant servir sans vraiment lever le petit doigt. Stacey avait au moins l’excuse d’avoir un ventre de baleine. Mais la lunaire Aïko vit dans son monde, préférant peindre les levers et les couchers de soleil tropicaux que chercher à s’intégrer entièrement dans le groupe. Les excentricités japonaises étaient légion, mais le vivre de plein fouet est autre chose !

Nous ne savons pas exactement où nous nous trouvons, mais j’ai mes petites idées. Nous sommes sur le continent américain, j’en suis certain. Et l’île est sur la ligne équatoriale, le fait de ne pas pouvoir voir notre ombre à midi pile le jour de l'équinoxe d’été me l’a confirmé. En même temps, nous devons être assez loin de tout, dans un endroit contrôlé par une grande puissance internationale, suffisamment pour que personne n’y pointe son nez depuis sept mois.

Les messages télégraphiques de Bae n’ont toujours rien donné. Un réseau de retransmission est sans doute nécessaire. Aujourd’hui seuls quelques pays utilisent encore cette technologie, et la plupart sont beaucoup trop loin de cette latitude.

Jusqu’ici, aucune trace du groupe sino-japonais qui protège cette île, en fidèles gardiens de l’Énigme Teva I Uta. Malgré les aptitudes de bouledogue de Wen, elle n’a jamais été capable de les flairer.

Ma famille me manque tant, Bertha, Caleb et Miranda, si vous saviez ce que je donnerais pour que tout redevienne comme avant. Tout, même faire ce que j’aurais du faire pour arrêter mon père à Tahiti …

*

Kevin Letailleur dû abandonner l’écriture de son énième lettre qui devait partir dans une bouteille jetée dans la mer. Ironiquement, leur seul moyen de communication avec un certain espoir de réussite. Cruel destin lorsque le reste du monde entamait une guerre dans le digital. Il entendit les cris déchirants de Stacey dont les contractions arrivèrent sans être annoncées. Elle était encore à quelques semaines du terme de sa grossesse.

L’accouchement fut relativement rapide et les neuf autres naufragés aidèrent Kevin pour l’arrivée des jumeaux.

Wen et Maombi prirent les deux nouveaux nés dans leurs bras, un garçon et une fille. Etrangement les enfants ne pleurèrent pas, mais respiraient correctement. Pendant que Kevin s’affairait à les nettoyer et surveiller leurs constantes vitales, Maombi et Stacey lancèrent deux phrases.

  • Mon Dieu ! Quelles beautés, leurs visages baignés dans cette magnifique échelle de rouges, annonça Maombi qui ne voyait qu’en mode dichromatique jusqu'ici.
  • La porte du bunker des “autres” vient de s’ouvrir. Ils sont sur le versant Est du volcan. A côté du caparaçon de tortue géante, lança Stacey, qui jusqu’à il y a quelques années était sourde.

Le silence s’abattit sur le groupe comme une foudre. Tous commencèrent à se regarder pantois, oubliant presque les nouveaux nés. Comme en signe de réprobation, ce fut leur tour de se faire entendre. La fille et le garçon émirent en même temps un bruit avec leur bouche, semblable à un raclement de gorge, avant d’émettre un son indescriptible. Pas tout à fait inconnu, mais pas entièrement humain :

  • Je suis Miranda, déclara la fille.
  • Moi aussi ! ronchonna le garçon.

***

“... Work it harder, make it better

Do it faster, makes us stronger

More than ever, hour after hour

Work is never over …”

[“... Travaille-le plus dur, fabrique-le mieux

Fais-le plus vite, rends nous plus fort

Plus que toujours, une heure après

Notre travail n'est jamais terminé …”]

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