Le vaisseau

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— Et elles sont loin comment les loupiotes dans le ciel, dis ?

Kah regarda la frimousse émerveillée du petit sur ses genoux.

— Je sais qu’il faut voyager des siècles pour les atteindre !

— Vrai ?

— Vrai ! Il est même arrivé qu’une fois un vaisseau tombe d’une de ces étoiles.

— Non ! s’exclama l’enfant.

— Si ! Il était plus grand qu’un arbre.

— Han, je te crois pas !

— Si je te le dis, Kuma. Je l’ai vu de mes propres yeux !

— Arrête, papa, ne raconte pas de mensonge à Kuma, intervint Kapi, le père.

— Fils ! Si je vous le dis ! J’ai même une cicatrice, regardez.

Kah souleva son vêtement et montra les deux trous qu’il avait dans la poitrine.

— Maman m’a toujours dit que tu t’étais fait ça avec les dents d’une fourche.

— Aaah, ta mère n’a jamais voulu me croire, comme toi Kapi.

— Moi je te crois alors, Kah ! s’exclama Kuma.

Kah se mit à rire et prit le gobelet que lui tendait son fils. Celui-ci se laissa tomber sur un coussin près de la table basse et posa son assiette.

— Bah, fit-il, raconte ton histoire à Kuma. Qu’elle soit vraie ou pas, ça reste une histoire trépidante !

— Oh oui Kah ! S’il te plait !

— Très bien, Kuma.

L’enfant se cala un peu mieux sur ses genoux et ouvrit grand ses oreilles, tout à fait attentif. Kah lui frotta la tête de sa main râpeuse en souriant.

— Ta grand-mère, Kali était enceinte de ton père. Moi, j’étais à cette époque un botaniste reconnu. Il arrivait souvent que je parte plusieurs semaines pour explorer la nature, à la recherche de nouveau spécimen. Tu ne le sais pas encore, mon jeune Kuma, mais les plantes de notre planète recèlent une quantité infinie de substance que l’on peut utiliser pour notre propre usage.

— Bien sûr que je sais ça, l’interrompit Kuma. Je vais à l’école quand même !

— Ah ! Vous apprenez déjà ça ? C’est formidable ! Bref ! Cela faisait plusieurs jours que j’étais parti et j’étais à la recherche d’une plante bien précise. Mes affaires sur le dos et mes yeux bien ouverts, j’ai découvert des traces étranges dans le sol. Je ne suis pas chasseur, mais tout de même, il ne m’était pas difficile de remarquer que ces empreintes n’avaient rien d’habituel. Longues d’une trentaine de centimètres, elles étaient toutes rayées.

— Rayées ? releva Kuma.

— Fiston, si tu commences à t’arrêter sur toutes les étrangetés que va dire ton grand-père, tu n’as pas fini, se moqua Kapi.

— Oui rayées, il y avait des stries dans la boue. Ma curiosité piquée à vif, j’ai suivi les empreintes. Au bout de quelques mètres, d’autres empreintes similaires ont rejoint les premières. J’étais moins serein, car tomber sur un troupeau d’animaux inconnus est bien moins rassurant qu’un animal solitaire. J’étais prêt à faire demi-tour lorsque j’ai entendu des cris gutturaux. J’avais d’un côté ma curiosité qui me démangeait l’esprit, et de l’autre, la peur qui me chiffonnait les tripes.

— Et alors ? Tu es allé voir ? le pressa Kuma.

— Oui ! Et bien mal m’en prit. Je me suis approché et me suis caché derrière un large buisson. En écartant les feuilles, je suis resté tout estourbi ! Un monstrueux vaisseau fait dans une matière grise que je ne connaissais pas était posé là, ravageant tout un lit de fleurs magnifiques. L’engin clignotait de partout ! Devant lui se tenaient quatre hideuses créatures glabres, engoncées dans une couche de tissus, qui se grognaient des choses incompréhensibles les unes sur les autres. J’ai tout de suite compris qu’il s’agissait d’une espèce au moins aussi évoluée que nous si ce n’est plus !

— Et tu as fait quoi ?

— J’étais terrifié ! Mais étant botaniste, je me suis dit que si ces bêtes-là venaient explorer notre planète, il n’y avait aucune raison qu’elles tuent ce qu’elles venaient découvrir, non ?

— Bah non, Kah, ce serait complètement débile, répondit le petit.

— Et pourtant, c’est bien ce qu’ils ont essayé de faire !

— Non ! s’exclama Kuma.

— Si !

Kapi se mit à rire doucement. C’est deux-là l’amusaient beaucoup. Il ne savait lequel des deux exagérait le plus.

— Alors tu as fui ?

— Pas tout de suite ! J’ai attrapé fermement mon courage, et je suis sorti de ma cachette pour aller les saluer. La plus petite créature est la première à m’avoir vu et elle s’est mise à crier ! J’ai voulu lui dire de ne pas avoir peur, que je ne lui ferais aucun mal, mais l’autre créature, la plus grosse, a sorti un objet noir monstrueux. Il a beuglé des choses à ses congénères qui se sont réfugiés dans le vaisseau et il a commencé à faire un vacarme pas possible avec son objet noir. J’ai tout de suite ressenti la douleur dans ma poitrine. Quand j’ai regardé, j’avais les deux trous que je t’ai montrés. Je suis vite parti en courant et heureusement, il ne m’a pas poursuivi !

— Et alors, qu’est ce que tu as fait ensuite, Kah ?

— Le lendemain j’y suis retourné, mais je ne me suis pas montré. Je voulais les observer.

— Mais tu es fou !

— Oh tu sais, quand je suis arrivé là où était posé leur vaisseau, les quatre créatures étaient mortes.

— Ah bon ? Que s’est-il passé ? demanda Kuma, surpris.

— Ils avaient le corps couvert de griffures et des membres arrachés. Comme je te l’ai dit, je ne suis pas chasseur, alors je ne sais pas quelle bête a fait ça. Je pense que le boucan de son machin noir a dû attirer une bande de prédateurs, et hop ! Ils se sont fait dévorer !

— Quelle horreur ! s’exclama l’enfant.

— Allez, Kuma, au lit, dit Kapi qui nettoyait son assiette. Tu as déjà dépassé l’heure du coucher depuis longtemps.

— Pourquoi tu ne le crois pas, toi, papa ?

— Parce que c’est une histoire pour te rappeler qu’il ne faut pas se promener seul dans la forêt, c’est dangereux !

Kuma fit la moue, pas vraiment convaincu par les arguments de son père. Il haussa les épaules et posa une bise sur la joue de Kah avant de se réfugier sous ses couvertures. Son père avait raison sur un point, peu importe que l’histoire soit vraie ou pas, c’était une chouette histoire.


— Kuma, attends ! Je voulais récupérer d’autres échantillons !

Kuma regarda sa compagne d’un œil attendrissant. Kesha était la botaniste la plus scrupuleuse qu’il connaissait.

— Dépêche-toi alors, ce n’est plus très loin !

— Cette histoire est à dormir debout, Kuma. C’était simplement pour te faire peur.

— Je sais ! Mais je veux être sûr ! S’ils sont morts, le vaisseau doit toujours être là.

Kesha se releva et lui lança un sourire amusé.

— Entendu.

Ils s’enfoncèrent dans la forêt encore une bonne heure avant de trouver l’endroit que Kuma cherchait. Tout était presque comme Kah l’avait décrit. Les fourrés étaient simplement plus touffus, et les fleurs qui avaient été ravagées par le vaisseau avaient repoussé, le recouvrant presque entièrement. Il s’avança, d’un pas fébrile. C’était incroyable. Kesha le suivait, tout aussi incrédule.

— Il existe, dit-elle simplement.

Kuma ne lui répondit pas. Il s’approcha du vaisseau et arracha quelques fleurs pour dégager un peu de la carlingue. Il regarda émerveillé les lettres peintes sur le fuselage : « U.S ARMY ».

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