La disparition

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Mercredi 2 janvier 2019 à 9 h 45, un gardien constata l’absence de l’ovoïde. Le temps que l’information remonte la chaîne hiérarchique, puis que la décision la redescende, il était dix heures dix, trop tard pour interdire l’accès au public. Après une navette plus rapide – chaque maillon était localisé – le contre-ordre tomba : hors de question d’évacuer, et donc de fermer l’établissement.

À nouveau, le mystérieux objet fit l’ouverture des journaux télévisés. Et dès le lendemain, matinales, unes de la presse écrite, ainsi que tous les éditoriaux étaient consacrés à La Disparition. Experts, débats et tables rondes fleurirent sur les plateaux. Les sujets ne manquaient pas.

Comment avait-il été sorti de la cité des sciences ? Les caméras de vidéosurveillance extérieures n’avaient filmé ni intrusion, ni déplacement suspect, ni présence de véhicules aux abords du bâtiment. Les alarmes n’avaient pas détecté d’effractions. Aucune baie n’était brisée. Les cent quinze kilogrammes de l’œuf d’or, comme le nommait le personnel de gardiennage, imposaient l’utilisation d’un engin de levage pour le déplacer. Sa disparition resta aussi mystérieuse que son apparition.

Qui avait soustrait le trésor national à la garde de l’établissement public ? On évoqua l’intervention d’agents étrangers, pour le compte de leurs gouvernements ou de complexes militaro-industriels. La CIA, le SVR et le Guoanbu chinois furent les plus souvent soupçonnés, on suspecta également le SASS sud-africain, le R&AW indien ainsi que le MI6 de nos voisins du Royaume-Uni et même le BND de nos amis allemands. On accusa Daesh, on parla de richissime collectionneur ayant mandaté des trafiquants d’Art. Maître J. Tanttou, lui, mit en garde contre toutes manœuvres visant à spolier son client. N’excluant pas qu’ayant enfin découvert un moyen d’analyser l’enveloppe ovoïdale le gouvernement l’ait escamotée. Il poursuivrait toute personne physique ou morale, privée ou publique, déposant un brevet pour un super matériau présentant des caractéristiques similaires à celles de l’objet, dont les inventeurs sont rassemblés dans l’A.I.O, dans les vingt prochaines années.

Où devait-on rechercher les responsabilités ? Au sommet de l’état ? L’Élysée avait mobilisé tous les moyens pour retrouver les voleurs et leur butin. En même temps, l’affaire relevait du Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Au Ministère, le conseiller technique qui fut membre du haut comité dissous démissionna. Mais l’essentiel des reproches était adressé à l’établissement public. Pourquoi n’avait-on pas placé l’ovoïde sous surveillance vidéo permanente ? Pourquoi y avait-il des trous dans le maillage de la vidéosurveillance ? Car manifestement il y en avait. Pourquoi le système de sécurité était-il défaillant, avait-il été piraté ? Et que dire de l’impéritie du personnel, car enfin le même jour, un niveau plus bas, dans la cité des enfants, leur vigilance fut à nouveau prise en défaut ?

Évidemment, sans le vol la relation de cet événement eût été reléguée dans les faits divers voire dans la rubrique des chiens écrasés.



NB. La cité des sciences et de l’industrie est fermée les lundis ainsi que les jours fériés suivants : 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.

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