Chapitre 8

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   Nous étions arrivés à Philadelphie depuis maintenant une demie heure et nous étions, depuis lors en grand débat.

     - Mais non ! Il faut directement aller au Touch Museum ! Hurlait Liam de tous ses poumons. Il n'y aura personne pendant l'heure du déjeuné !

     - Sérieusement, on vient juste d'arriver aux Etats-Unis et tu veux déjà faire un musée ? T'es vraiment barbant Liam, lui répondit Phoebe sur le même ton.

     - Bah quoi, il n'y a pas de mal à aller s'instruire. Ah oui ! Excuse moi, madame préfère lire les magazines people en mangeant des chips au barbecue dans son lit toute la journée ! Autant pour moi.

     - Espèce de petit con !! Je te rappel que c'est TON Marche ou Crève qui me pousse à lire toute la journée ! Vas-y à ton putain de Musée si ça te chante, mais moi je reste ici !!

     Leurs chamailleries, qui avaient commencées une demie heure plus tôt, commençaient à me taper sérieusement sur les nerfs. Je voyais qu'Elyne s'enfonçait de plus en plus profondément dans son siège et je sentais Eliott bouillonner intérieurement et s'il ne sortait pas d'ici au plus tôt,il allait finir par exploser.

     - Stop !! J'en ai marre ! Arrêtez de vous engueuler et essayez de penser aux autres ! Vous avez demandé à Elyne ce qu'elle voulait faire ? Et Eliott ? M'énervais-je. Alors maintenant, vous vous taisez et c'est nous qui choisissons ce qu'on fait, je pense qu'on devrait réussir à avoir une conversation sans élever la voix !

     Je les fis sortir, referma les portes du bus et je pu enfin souffler. En guise de remerciement, Elyne me fit un petit sourire en coin et Eliott commençait à s'agenouiller devant moi, les mains jointes en criant :

     - Merci Ô délivreuse des opprimés, briseuse de chaines.

     - Tais toi Eliott. Je ne suis pas Daenerys et on n'est pas dans Game Of Thrones. Et il va falloir qu'on décide vite de ce qu'on va faire maintenant, avant que les deux gorilles ne s'entre tuent là dehors...

     Sentant sûrement mon énervement certain, Elyne se leva de son siège et vint poser sa main sur mon épaule.

     - T'inquiète pas pour ça Sam, tu sais comment ils sont tous les deux. Essayer de les mettre d'accord est une mission suicide. Et puis, ils ont besoin de ça pour se défouler, ça fait plus de deux heures qu'ils restaient assis à s'ennuyer.

     - Ouai je sais mais ça me mets sur les nerfs de les voir se chamailler comme ça. Ça me rappelle de mauvais souvenirs...

     Le silence retomba dans le bus, un silence emplit de gène et d'une pointe de tristesse mêlée à de la nostalgie. Par "mauvais souvenirs", je voulais bien évidemment parler de la dissolution du groupe trois ans auparavant,et ça, mes deux acolytes l'avaient bien compris.

     - Bref ! Criais-je. Si je continue à me morfondre sur moi-même, on va pas avancer. Eliott, que penses-tu des deux propositions des animaux sauvages qui nous servent d'amis ?

     - Eh bien, j'avoue que je n'ai pas de préférence...

     - Merci pour ta participation Eliott, répondis-je exaspérée. Elyne, as-tu un avis sur la question ?

     - Eh bien, peut-être oui... Ma mère m'a fait apporter plus de dix kilos de conserves, mais j'avoue ne pas raffoler des raviolis en boîte et du thon à l'huile d'olive pour en manger pendant deux mois. Donc si vous êtes d'accord, ça serait peut-être intéressant d'aller faire quelques petites courses pour remplir les placards de la cuisine.

     - Tu sais me prendre par les sentiments Elyne, ironisa Eliott en accompagnant sa parole d'un gargouillis de ventre relativement sonore.

     - Très bien, trouvons un supermarché ou trouver de la nourriture appétissante et peut-être quelques petits articles intéressants pour rendre notre "maison?" quelque peu plus chaleureuse.

     Et par enchantement, ce qui aurait pu prendre des heures aux deux fauves, nous pris deux minutes et des poussières. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

     Nous nous étions arrêtés, après quelques minutes de bus dans la ville, sur le parking d'un Cousin's supermarket. En chemin vers l'entrée du supermarché, Liam marchait à mes côtés. J'étais en colère contre lui mais je savais que je n'arriverai pas à le bouder très longtemps. C'était mon meilleur ami, il savait très bien comment me redonner le sourire.

     - Sam... Je suis désolé pour tout à l'heure, commençait-il. On s'est vraiment comportés comme des gamins avec Phoebe. Je sais que tu n'aimes pas quand on s'engueule tous ensemble, surtout pour des boutades.

     Il avait accentué ce dernier mot,sachant que ses expressions un peu datées me faisaient toujours rire. Et comme une idiote, j'étais tombée dans son piège. Au début, un léger sourire se dessina sur mon visage, et comme je n'arrivais pas à contenir le rire qui démarrait dans ma gorge,j'éclatais et laissais tout sortir. A la vue du grand sourire qui se dessinait sur son visage, je su qu'il avait trouvé satisfaction.

     - Bon OK je te pardonne. Je le voyait soulagé mais je n'en avais pas fini avec lui. A une seule condition. Tu dois aller t'excuser à Phoebe et vous devez vous promettre de ne plus vous fâcher. Sinon La colère de Baba Yaga s'abattra sur vous et vous mangera en bouillon. Tu visualise un bouillon dans une grande marmite avec les petits bouts de viande qui flottent à la surface ? Eh bah ça sera toi !

     - Je tremble de terreur, ironisa Liam mais, voyant mon air déterminé, ok, j'accepte tes conditions mais s'il te plait je préfère finir en méchoui qu'en bouillon. Je déteste les bouillons à la viande !

     - Va pour le méchoui alors.

     Je le vis s'éloigner rejoindre Phoebe qui, comme à son habitude, boudait.

     Ce que je détestais le plus, c'était voir les gens que j'aimais se disputer pour un rien. Encore si ça avait été quelque chose de vraiment important, mais là c'était pour des chips au vinaigre et une série Netflix. Ça n'en valait pas la peine. Et je n'accepterai pas que des broutilles gâchent nos retrouvailles, des retrouvailles que j'avais moi-même organisées et qui me tenaient vraiment à cœur.

     Après avoir pris un cadis, nous rentrâmes dans le supermarché. Mon cœur rata un battement lorsque devant moi, d'immenses rayons se dressèrent devant nous.

     Le général des armées qui sommeillait en moi pris le dessus.

     - Liam, tu t'occupe des produits ménagers : sacs poubelle, produit vaisselle, stoc d'éponges, lessive BIO (c'est important), shampoing et gel douche en quantité. Elyne, t'as apporté des pâtes ?

     - Non.

     - Pas d'pâtes ?

     - Pas d'pâtes.

     - Ok, alors je veux bien que tu fouille dans les rayons des féculents, prends les pâtes et le riz les moins cher.

     - Eliott, vas nous chercher de quoi nous faire des petit dej'. Et Phoebe, nous, on va prendre des fruits et légumes parce que la malbouffe c'est cool 5 minutes mais je veux pas devenir Cartman au bout d'une semaine.

     - OUI CAPITAINE !! retentirent quatre voix pour n'en former qu'une.

     - J'AI PAS ENTENDU !

     - OUIII CAPITAIIIIIIIIIIIINE !!! répéta cette même voix mutante.

     - WHOOOOOOOOOOOO ! On se calme un peu, finit par dire Liam en riant.

     - DISPERSEZ VOUS !! Criais-je, ignorant Liam et les regards interloquées des personnes autour de nous.

     Les fruits et légumes ne furent pas trop compliqués à trouver. Ils étaient au centre du supermarché et prenaient 5 bons rayons. On opta pour des aliments qui ne risquaient pas de pourrir trop vite. Phoebe mit dans un sac une grande quantité de pommes rouges pendant que je faisais de même avec du raisin, des oranges et pamplemousses. Nous primes aussi des carottes, un concombre, après que Phoebe se soit amusé à le mettre au niveau de son entre jambe et en courant derrière moi, tout ça en faisant des bruits de babouin. Ajouté à ça plusieurs choux blancs à faire en salade et nous avions fini 20 minutes après nous être séparés. Nous rejoignîmes donc les autres au pont de rendez-vous fixé à 2 minutes auparavant, à l'entrée du magasin. Elyne et Liam nous attendaient déjà, avec chacun un sac de course bien remplit. Il ne manquait plus qu'Eliott et nos petits déjeuners. Il ne tarda pas à arriver, 5 paquets de gâteaux au chocolat et le même nombre de pacs de bières dans les bras. Un grand sourire illuminait son visage.

     - Heu, Eliott ? Commençais-je quelque peu décontenancée. Si mes souvenirs sont bons, je t'avais demandé de nous ramener de quoi petit déjeuner, non ?

     - C'est exact, me répondit-il toujours souriant à pleines dents.

     - Je ne sais pas comment ça se passe chez toi, mais je doute que vous buviez des bières au petit déjeuné. La plupart du temps c'est du jus d'orange ou de pomme, pas de l'alcool.

     - C'est pas faux. Mais il faut se désaltérer l'été. C'est très important; c'est pas moi qui le dis, c'est les infos. Et puis après ils font un reportage sur les petits vieux qui clamsent parce qu'ils ont pas assez bu.

     - Ouai, sauf qu'on est pas des petits vieux et qu'il y a d'autres manières de se désaltérer qu'avec de la bière. Surtout à 8 ou 9h du mat. Voyant le sourire d'Eliott s'évanouir, je continuai. C'est ok pour les bières mais il nous manque toujours du pain et du beurre pour le petit dej'. Et en passant, on devrait acheter du fromage et de la viande aussi.

     Nous nous sommes donc dirigés vers les rayons frais où étaient rangés des tonnes de fromages étranges par leur formes et leur couleurs.

     - Eh bah ! Aux Etat-Unis, pour trouver un camembert potable, c'est tout un fromage !

     A cette blague des plus recherchées,nous regardâmes Eliott avec le regard de la fatigue. Seule Elyne semblait apprécier l'humour lourd de notre ami. Elle était pliée en deux, riant à en perdre son souffle, des larmes aux yeux. Comment faisait-elle pour supporter Eliott et ses pitreries puériles ? Le mystère reste intact.

      Après s'être fendu la poire sur la blague d'Eliott, Liam avait fini par prendre deux fromages qui ressemblaient le plus à des camemberts ainsi que trois comtés. Il ne nous restait plus que la viande à acheter et nous pouvions sortir de cet immense magasin. La viande ressemblait bien plus à ce que nous connaissions que le fromage et nous pûmes enfin aller payer.Était-ce parce que nous étions un jour de semaine, le matin ou parce que le quartier n'était pas très vivant ? Aucune idée, en tout cas, il n'y avait personne aux caisses. La caissière, en passant les bières devant son bipeur nous regarda quelques instants avant de me faire un clin d'œil. Il ne nous était pas venu à l'esprit qu'aux Etats-Unis, à l'inverse de la France, la majorité légale était de 21 ans dans la plupart des pays.

     En 5 petites minutes, nous étions dehors, un cadis remplit de toutes sortes de choses à ranger dans le bus. Les passants se retournaient à la vue de celui-ci. C'est vrai,ça n'arrivait pas souvent de trouver un bus scolaire garé sur le parking d'un supermarché. Encore moins un bus scolaire portant une plaque d'immatriculation française conduit par des jeunes de 18 ans tout juste. Je vidais le cadis et donnais à mes amis son contenu pour qu'ils aillent le ranger dans le bus.

     - Mission accomplie !! On a fini ! Et en plus ça ne nous a pas pris tant de temps que ça. Enfin je crois. Quelle heure est-il au juste ?

     - 11 heure tout juste, me répondit Phoebe, sortant son portable.

     - Ah ouai quand même ! Fit Liam, surpris

     - Bon, eh bien je propose qu'on mange ici et qu'on voit ce qu'on veut faire cet aprem. Vous en dites quoi ?

     - Ça me va, répondit Eliott. En plus j'ai une de ces dalles je vous dis pas !

     J'intima donc tout le groupe à allers'asseoir dans les fauteuils au fond du bus pendant que je m'occupais du repas. Elyne me proposa de m'aider mais j'avais besoin d'être un peu seule. Me retrouver avec mes quatre vieux amis après trois ans de solitude était un peu bizarre, je devais m'accoutumer. Mais avant, un petit temps juste pour moi, pour réfléchir était nécessaire.

     Pendant que je faisais bouillir l'eau dans une casserole, je réfléchissais; Nous avions tous beaucoup changé depuis le collège, quoi que l'on puisse dire. Liam semblait plus mature, il lisait Proust, Hugo et Sartre, s'intéressait à la politique. Phoebe avait toujours été un peu sauvage mais elle semblait maintenant totalement hors de portée, elle se cabrait à chaque reproche. Eliott avait beaucoup grandi et le jeune imberbe qui arpentait les couloirs de l'école arborait maintenant une jolie barbe. Il prenait plus soin de lui, il avait repris le sport et il regardait les filles avec plus d'intérêt que lorsque nous étions plus jeunes. Et Elyne s'était métamorphosée. Comme une chenille enfermée dans sa chrysalide depuis 18 ans qui s'était enfin émancipée de ses chaînes pour devenir un magnifique papillon. Mes compagnons étaient maintenant bien loin des adolescents puérils que je fréquentais alors.

     Et moi dans tout ça, qu'est ce que j'étais devenue ? J'avais l'impressions de ne pas avoir grandi. Que j'étais encore cette fille qui semblait si sure d'elle-même et qui pétillait de joie et d'assurance. Celle qui se cachait derrière un masque souriant de théâtre mais qui tremblait de peur à chaque représentation, quand les coups au début des représentation faisaient trembler mon cœur et couler mes larmes. Celle qui se cachait dans les toilettes pour ne pas qu'on la voit pleurer, celle qui avait le cœur qui tambourinait dans sa poitrine, à en faire trembler les murs. J'avais toujours été cette fille qui savait prendre les choses en main mais sans eux j'avais eu le plus grand mal à finir mon lycée. Aucun d'entre eux n'avait pu me conseiller quand il avait fallu choisir mes études, personne non plus pour m'encourager ou même simplement m'accompagner à la fête de fin d'année. J'avais toujours tenté de leur parler, de leur sourire pour recevoir un simple signe mais rien. Tous continuait leur vie quand moi je restais figé. Figé dans notre enfance et nos âneries d'adolescent. Ce voyage ne me servait qu'à une chose: ne pas les quitter définitivement. J'avais si peur de dire adieu à ces moments avec eux. Je me demandais ce que je deviendrais loin de ce qui m'avait fait.  

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