Chapitre 1

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Sam

Le jour J était enfin arrivé, j’avais demandé à ce que personne ne me prévienne de leur réponse alors que Liam m’avait approché pour me parler. Je souhaitais plus que tout garder l’inconnue de nos retrouvailles.

Pendant le mois qui avait suivi l’envoi de mes lettres, je n’avais pas cessé de faire tourner tout les scénarios possibles : les voir tous arriver et les enlacer un par un, mais aussi moi, seule dans notre bus magique attendant ceux qui à l’avenir ne resterait que des fantômes de mon imagination. Je me surprenais parfois à sourire en pensant à l’aventure incroyable que nous pourrions vivre s’il venait tous. Il me semblait impensable qu’Elyne et Eliott refusent, ils étaient mes amis d’enfances, nous avions vécues tant d’années ensemble ce ne sont pas 3 ans qui allaient effacer toute une enfance. Pheobe accepterait certainement aussi, c’était une vraie casse cou prête à tout pour se faire des souvenirs. Quant à Liam, je savais d’avance que sa réponse serait positive. Entre nous il y avait toujours eu quelque chose de différent, comme si nous étions liés, deux aimants inséparables et dans un accord parfait, un ami idéal dont rien ne me séparerai jamais. Les pansements sur mes mains pour cacher mes ampoules étaient le reflet du temps que papa et moi avions passé à travailler sur ce vieux bus scolaire. Pendant ces semaines d’intense bricolage après les cours, j’avais vu valsé marteaux, perceuse, ponce, peinture, et tant d’autres outils dont je ne soupçonnais pas l’existence. Mais le résultat en valait la peine. Nous n’avions pas créé un luxueux camping-car mais notre bus était chaleureux, un petit nid douillet parfait pour des retrouvailles. Maman avait confectionnés des rideaux sur mesure avec des tissus trouvés en brocante. Elle avait opté pour un patchwork tout droit venu des années 70. Nous avions récupérés de la vaisselle dépareillée chez différents voisins dans la rue dont ils n’avaient plus l’utilité. Pour finir nous avions construits des lits superposés à l’aide de planches de bois et on y avait posé des matelas venant de mes grands-parents. Pas besoin de plus puisque je prévoyais de passé la plupart de nos nuits à la belle étoile. Une fois les travaux terminés notre bus aurait parfaitement pu être utilisé par la famille Weasley, et j’en étais ravie. Malgré l’aspect miteux de leur maison elle m’avait toujours semblé chaleureuse. J'étais d'avance déçu que mes amis ne puissent voir leur hotêl particulier dès maintenant, le bus étant déjà partit aux Etats-Unis sans nous puisque nous ne pouvions pas traverser l'océan avec. A cette pensée je ne pu réprimer un sourire : heureusement que la mère d'Elyne ne verrait pas dans quelle véhicule sa fille allait traverser le continent pendant un mois, elle aurait certainement besoin d’une chaise et d’un masque à oxygène pour ne pas tomber dans les pommes. Elle avait toujours été très protectrice avec sa fille, même trop de mon point de vue. Chaque matin elle lui préparait un plateau repas, n’ayant pas confiance dans l’hygiène de la cantine des écoles, elle change les draps des lits tous les jours par peur des acariens et vient chercher sa fille à la sortie du collège. Elyne n’avait jamais fait de remarque mais je savais que le manque de liberté pouvait lui peser. Alors je dois avouer qu’imaginer le visage horrifié de sa mère me faisait beaucoup rire.
Il était 6h25 et j’avais donné rendez-vous aux autres pour 6H30 chez moi. Cela me semblait logique que nous nous retrouvions ici, ma maison avait toujours été l’endroit où nous venions nous cacher mes parents étant les moins soucieux de ce que nous faisions. Chaque plan que nous organisions pour faire des bêtises que nous organisions se faisaient dans la cabane que mon père avait construite dans notre chêne. Nous avions tellement de souvenir de soirée pyjama dans mon jardin, d’anniversaire, de vacances d’été accompagnées de notre piscine gonflable et des pistolets à eau. Notre amitié avait pris tout son sens ici, il semblait logique que ce soit le lieu de nos retrouvailles. C’est à exactement 6h29 que la première personne arriva. Bien qu’il fût tôt je distinguais très nettement tous ce qui m’entourait alors, dans les premiers rayons du soleil matinal, je le vis apparaître au coin de la rue, je savais que c’était lui. Il avait le même air malicieux qu’à notre première rencontre en primaire.

-Eliott ! M’écriais-je. Mon ami d’enfance n’avait pas changé d’un poil enfin… Il était plus grand que moi maintenant et un petit duvet s’était développé sur son menton. En ce qui concernait ses cheveux impossibles à coiffer et son look geek rien n’avait changé.

Je le pris dans mes bras et l’embrassa. Maintenant que je le voyais, je réalisais combien il m’avait manqué au cours de ces 3 longues années. Lui aussi paraissait content de me voir, il arborait un immense sourire.

-Fais attention tu risques de te décrocher la mâchoire à sourire comme ça !
-C’est bon de te voir Sam, me répondit-il après un rire franc que je n’avais pas entendue depuis un bon bout de temps.

On commença à discuter des examens de fin d’année quand la voiture d’Elyne arriva au coin de la rue. Je remarquai alors les vêtements d’Elyne qui ne lui ressemblais pas et ses cheveux coupés. Son père sorti deux énormes sacs de nourriture du coffre et sa mère une grosse trousse à pharmacie. Elyne nous regardait et je me demandais alors ce qu’il avait bien pu se passer dans la vie de mon amie auparavant si calme et qui semblait maintenant agité d’une force que je ne lui connaissais pas.

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Elyne


Le grand jour était arrivé après une semaine à convaincre mes parents. Je devais avouer que ma demande ne se présageait pas pour le mieux avec une mère poule hypocondriaque et angoissé. A peine avais-je lu la lettre que j'avais pris ma décision. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi la volonté de partir loin, sans prévoir et avec des gens qui devait maintenant être des inconnus pour moi s'était fait si forte, mais je l'avais compris très vite : il fallait que je parte, pas besoin de réfléchir. Alors en rentrant j'avais annoncé mon départ à mes parents. J'avais pu voir côté salon le regard de mon père se détacher doucement de son journal et sa tasse de café se figer dans le temps. De l'autre côté, en cuisine, le saladier plein de pâte à crêpe, repas traditionnel du samedi dans ma famille, s'effondrer sur le sol. C'est sur cette image que mon cerveau s'était arrêté l'espace de quelques instants qui pourtant me semblèrent une éternité. Comme si mon regard avait capturé ce moment à jamais, je pouvais analyser chaque détails : l'irrégulier tic-tac de la montre de mon père qu'il devait faire réparer depuis 2 mois, le tablier attaché au-dessus de la jolie robe de ma mère tâché d'œuf, le doux grincement du plancher à mesure que ma mère tanguait face à l'évier, les battements parfaitement calmes de mon cœur. Je me rendais enfin compte que la perfection de ma famille bien rangée n'avait jamais été qu'un doux rêve. Chaque choses ici avait sa part de défaut et ce jour là je remettais en cause notre famille elle-même parce qu'elle aussi avait un problème majeur. Ce problème c'était moi. J'avais tout bousculé pour enfin faire de ce chaos organisé un vrai chaos où plus rien n'avait sa place, tout était remis en cause par un être aussi innocent que je l'étais. Le papillon, en sortant de sa chrysalide, provoqua son premier ouragan. J'étais alors remonté dans ma chambre pour faire ma valise. Je n'avais pris que le nécessaire dans un sac de randonnée que je tenais de ma période scout du collège. Puis, en me retournant dans cette pièce censée être mon chez moi, un cocon comme pour tout les jeunes de mon âge, je ne voyais désormais qu'un espace étranger. Depuis tout ce temps mes murs étaient restés blancs et vides, mes étagères étaient pleines de livres de cours mais dénués de souvenirs, mes vêtements tous choisis par ma mère sont, parfaitement plié dans une armoire tout aussi impersonnelle que le reste de cette pièce. Aucun dessin, poster, peluche, porte-bonheur ou même collection ridicule qu'on devrait tous avoir déjà faite. Non, rien de tout ça. Si ce n'est un vieux bracelet brésilien que m'avait confectionné Sam et que j'avais refusé de porter depuis son abandon. Alors en me retournant vers mon bureau parfaitement rangé, je vis la seule chose qui me rappelait un instant de mon existence : Ma tirelire, offerte par un père trop sérieux, à l'âge de 6 ans. Une tirelire cochon classique qui ne me différenciait de personne. Mon œil fut vite attiré par le ridicule marteau à ses cotés. Il était grand temps que la gentille Elyne prenne les rennes de sa propre vie. Alors l'ouragan continua de se disperser un peu partout. J'empoignai cette tirelire ridicule et la jetai de toutes mes forces sur un des murs immaculés. Ces 18 années à voir ce cochon s'empiffrer de mon argent étaient révolues, c'était à moi de m'en servir. Mais l'ouragan prenait ses marques et n'avait pas fini son travail. Ces murs blancs me semblèrent bien trop propres, eux aussi devaient montrer au monde leur imperfection. J'attrapai un paquet de marqueur en dérangeant le bureau. Je me mis à barbouiller ma toile vierge pour donner vie à l'ouragan, lui aussi avait le droit d'exister non ? Le mouvement de mon poignet avait créer un signe proche de celui de l'infini ou de l'ouroboros, une figure sans fin rappelant les ailes d'un papillon. Après l'avoir laissé explosé dans « ma chambre », je fonçai dans ma salle de bain prendre mes vêtements de sport propre. Mais en passant devant la glace j’aperçus mon reflet. Je ne connaissais pas la fille que j'avais devant moi, en vérité je ne l'avais jamais connu. Pour la première fois elle me semblait différente, quelque chose avait changer, elle semblait plus proche de la vie que jamais. Je vis pour la première fois le chaos qu'elle représentait à elle-seule. Parfaite? Cette fille petite, ronde, myope et inintéressante ne l'avait jamais été mais ses cheveux en bataille, ses vêtements débraillés montraient enfin la vérité. Mais ce n'était pas encore assez, il est temps de montrer au monde que rien n'était parfait, pas même la parfaite petite fille à papa. Je glissai mes doigts dans les ciseaux et entaillai d'abord mon jean sans âme, je le déchirai un peu partout après pourquoi est ce que j'organiserais mon chaos. Je retirai ensuite mon t-shirt bleu sans aucun motif, un t-shirt qui sentait la lessive à plein nez, un t-shirt sans vie lui aussi et choisi par ma mère. Cette fois-ci j’enfonçai la pointe des ciseaux à l'endroit du cœur, toi qui ne vivait pas j’espérai t'avoir réveillé un peu. Puis je le laissai retomber et observai mon visage. Un visage sans âme, qui n'avait jamais vécu, une bouche droite sans expression, de belles dents droites après 4 ans de bagues qui ne laissaient voir aucune imperfection, une peau lisse et blanche, deux trous pour deux yeux qui n'avaient jamais rien vu dans ce monde qui ne faisait que mentir. Mais dans cette infâme banalité je voyais pour la première fois un mouvement dans ces deux yeux bleus, un vent qui se déchaînait et mon regard s’attardait sur mes boucles brunes qui tombaient bêtement autour de mon visage comme un millions de trous noirs qui n'auraient pas trouvés leurs places dans l'univers. Le ciseau s'approcha doucement pour leur rendre leur liberté, les mouvements de mon poignet se firent naturellement et je me retrouvai avec un carré mal taillé qui laissait voir pour la première fois mes yeux. J'y aperçois alors l'ouragan qui continua de se déchaîner dans ce regard anciennement vide.

Les semaines se sont écoulés lentement jusqu'à ce jour. Mon père avait accepté rapidement ma décision et avait fini par convaincre ma mère. Je continuai de penser, malgré tout, qu'elle avait simplement compris que son avis ne m'importait plus, je partirais quoiqu'il arrive. Je revoyais encore son visage dépité quand elle avait vu mes cheveux, comme si quelque chose s'était éteint dans son regard, une forme d'impuissance totale. Pendant les dernières semaines de cours je n'avais fait qu'ignorer tout le monde et venir avec de vieux vêtements trouvés dans une brocante le lendemain. Si mes vêtements ne pouvaient pas vivre autant en prendre des déjà vivant même s'ils ne seraient pas plus les miens que les anciens. J'aimais aussi m'imaginer la vie de leurs anciens propriétaires : pourquoi les vendaient-ils ? Qu'avaient-ils vécus ensemble ? Je continuais malgré tout à travailler, le diplôme et les études seraient mon unique porte de sortie. Aujourd'hui malgré leur fierté d'avoir une fille bachelière d'une mention très bien, mes parents restaient silencieux dans la voiture. Je du me battre avec ma mère pour n'emporter que mon sac de randonné. Mon père lui ne s'était mêlé de rien, il m'avait simplement promis de garder ma mère en dehors du voyage. Notre voiture prit un chemin que je ne connaissais que trop bien. La maison de Sam avait toujours été notre lieu de ralliement alors rien n'était nouveau pour moi mais c'était étrange d'y revenir. Je n'apercevais pas encore le vieux bus retapé mais il me laissait indifférente, Sam et ses parents devaient avoir fait un super travail mais je ne voyais ce bus que comme un moyen de partir loin. Peu m'importait où nous allions, avec quel confort et avec qui je voulais simplement partir. A côté de la maison se dessinait deux silhouettes en grande conversation : Sam et Eliott. Notre propre voiture s'arrêta et je descendis mais les regards enjoués des deux amis se changèrent rapidement en me voyant. Ils ne me reconnaissaient pas. Logique en un sens avec mon gros sac sur les épaules, mon jeans troués, mon t-shirt trop grand affublé d'une équipe de basket m'étant totalement inconnu et mes converses trouées, et surtout mes cheveux laissant voir mes deux yeux agités d'un ouragan intérieur. Eux ne connaissaient pas cette nouvelle Elyne et pourtant ils étaient ces créateurs. Étrangement moi je n'avais aucun mal à les reconnaître, ils n'avaient pas changés. Sam avait toujours cet air déterminé et sûre d'elle que je lui enviais tant et Eliott, fidèle à lui-même, semblait déjà prêt à élaborer un plan foireux et de mauvaises blagues. Alors que je m'approchais doucement, prudemment les deux individus que je prenais pour des presque inconnues sur l'instant se ruèrent sur moi et m'étrennèrent comme ils l'auraient fait avant. Et, à cet instant, mon corps tout entier se réchauffa et mes lèvres se redressèrent. Tout mes mouvements semblaient rouillés, cela faisait si longtemps que je n'avais pas ressenti cette chaleur et ce calme intérieur. Mais j'étais quand même capable de reconnaître ce sentiment : je ressentais pour la première fois depuis 3 ans le bonheur. A l'opposé de nous, ma mère chargeait dans le bus avec les parents de Sam toutes les boites de conserves et trousses à pharmacie qu'elle avait prévue pour le voyage. Alors que cela m'exaspérait ces dernières semaines et avait été le sujet de plusieurs disputes entre elle et moi, je me surpris à rire de tout cela et à faire à mes deux parents un dernier câlin avant le départ. Sam et Eliott avaient calmé l'ouragan. Mais je sentais au fond de moi qu'il ne m'avait pas quitté, il reviendrait tôt ou tard. Pour l'instant nous étions assis tout les trois sur la balançoire d'enfance de Sam à attendre les autres et à mon poignet pendait le bracelet, mon unique souvenir.

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Liam

Who am I _ Vance Joy

Comme prévu j'ai cherché à voir Sam tout les jours jusqu'à la fin des cours. Mais j'ai étrangement eu l'impression qu'elle fuyait, qu'elle me fuyait moi. C'était quelque chose d'inhabituel alors qu'elle et moi avions toujours gardé contact : elle venait souvent prendre de mes nouvelles, parler de tout et de rien. Sam était la seule avec qui je continuais d'échanger quand tout les autres m'ignoraient. Je les comprenais mais je ne pouvais m'empêcher d'en souffrir. J'en souffrais avant tout parce que je m'en voulais, je m'en voulais de les avoir abandonné, de m'être oublié moi-même, d'avoir suivi un comportement qui ne me ressemblais pas.

Quand Elliot m'avait poussé vers le hand-ball et que je l'avais vu se rapprocher de Sam pendant les entraînements je n'avais pu réprimer un sentiment d'intense jalousie. J'avais laissé ce sentiment s'emparer de moi entièrement pour ne plus voir que ma rage. Une rage que j'avais laissé empiéter sur la personne que j'étais réellement. J'avais vu mes amis se débarrasser de moi quand ils ne voulaient que mon bien. Mais quand je me suis rendu compte de mon erreur il était déjà trop tard : ils avançaient tous sans moi. Je n'osais même plus les regarder, à présent j'avais honte. J'avais vécu loin d'eux pendant 3 ans, sans leur parler et j'étais resté avec mon groupe de sport. C'était l'esprit d'équipe qui nous soudait. Je ne pouvais pas dire que j'étais mal entouré avec cet équipe, ils m'avaient beaucoup épaulés et étaient toujours restés particulièrement gentil avec moi. Mais il me manquait quelque chose, et plus je parlais à Sam plus je le ressentais.

Il s’avère que quelques mois après notre dispute, alors que je commençais à culpabiliser, c’est la petite tête de Sam que j’avais apercu au porte du gymnase. Elle avait toujours son sac en bandoulière plein de carnet en tout genre, sa veste mi-saison qu’elle ne quittait jamais, même en pleine neige. Cette veste retraçait toute notre amitié, elle l’avait aggrémenter de badge, de patch, d’autocollant et une montagnes d’autres objets aux semblants insignificant mais qui voulait pourtant tout dire pour elle. Je fus étonné qu’elle continua de la porter. Alors le sourire plein de lumière de mon amie se détacha de son carnet pour me regarder moi, moi qui l’avais trahis. Comment pouvait-elle continuer à me sourire quand moi-même je ne pouvais plus me regarder dans un miroir.

-Bonjour Liam! Alors cet entraînement ? Comment ça se passe avec ton équipe? Ca fait longtemps qu’on ne s’est pas parlé, j’ai plein de choses à te demander!

Et c’est ainsi que notre amitié repris, nous étions moins souvent ensemble mais toujours aussi proche pour autant. Notre entente instinctive ne s’éssouflait pas. J'étais donc resté en contact avec elle pendant ces trois ans, la petite tête rousse de Captain Sam ne m’avait jamais quitté. Alors en recevant sa letter la question de ma réponse de m’avait pas traversé l’esprit, j’allais, de façon évidente, monter dans ce bus. Je voulais voir mon amie avant de partir, lui dire face à face que je serais toujours avec elle et que, moi aussi, je voulais tous les retrouver. Sam savait combien leur absence m’avait pesée à moi aussi, nous en avions énormément parlé dans son jardin secret au lycée. C’est donc, évidemment dans cet endroit que j’avais cherché Sam chaque midi pour lui parler mais impossible de la trouver, elle ne venait plus. J'étais interrogé longtemps sur ce qu’elle avait sans jamais comprendre réellement. Quelque temps avant le depart j’avais décisé de revenir une dernière fois dans ce jardin. Avant que tout se finisse. Cet endroit magique était une trouvaille de notre Sam. Au fond de la cour elle avait débusqué un grillage, elle savait que derrière devait se cacher quelque chose et c’est avec toute sa curiosité qu’elle avait grimpé au dessus pour découvrir une petite maison inhabitée et totalement abandonné. Depuis elle y revenait chaque jour sans jamais se faire repérer. Le jardin était totalement destructuré mais il avait quelque chose de dépaysant. J’avais toujours vécu ici et j’avais tant envis de voir autre chose. Le jardin était un endroit qui changeait un minimum de l'ordinaire. Il n'était pas grand, on y avait l'impression d'être enfermé dans un cube, extérieur à notre monde. Sur les grillages grimpaient différentes plantes, du lierre mais aussi une glycine qui, par je ne sais quel miracle, avait survécu à la mort de cette maison. La verdure et les fleurs y foisonnaient et donnaient à l'endroit un aspect de conte de fée. Sam avait réussi à accrocher un vieu pneu à l'arbre du jardin pour s'asseoir. Alors je m'étais posé ici et en me balançant doucement je pris lentement conscience du bruit des oiseaux, du vent dans les feuilles, du bourdonnement des insectes environnants et du brouhaha de la cour à côté qui me faisait l'effet de vague sur une plage nue. Tout ici me faisait voyager dans un monde parallèle où tout me semblait possible, où j'aurais signé à mes premiers fans mon roman dans des salons de livres, où je n'aurais déçu personne en suivant ma passion et où je n'aurais jamais abandonné mes amis. C’est donc ici, pour notre dernier jour de classe que je me permis pour 1h de laisser vagabonder ma pensée. J’avais pris la filière scientifique pour passer un bac qui ne m’interressait pas mais qui rendrait fier mon père. Pour l’an prochain j’avais demandé diverses écoles prestigieuses, des prépas de mathématiques où mon père voulait me voir évoluer. Mais à côté de tout ça j’avais réussi à y ajouter une fac de letter moderne sans lui en parler. Je ne savais pas encore quelle serait l’issue de mon bac et je n’avais pas encore fait mon choix definitif. Il s’avèrait que j’avais obtenu un oui pour la plus grande ecole que j’avais demandé à Paris (grosse prépa de maths) mais aussi la fac en lettres modernes. Je n’avais parlé de rien de tout ça à mon père mais je ne savais pas encore quoi faire. Je pensais alors que ce voyage pourrait m’y aider. M’aider à prendre une vraie décision. Le jour du depart arrivé, mes valises étaient fin prêtes. J’y avais mis ma liseuse en premier, un carnet d’écriture puis des vêtements: le nécessaire de survie. J’étais prêt à partir. Ma mère était ravie que je me sorte un peu la tête des etudes et mon père était si fière de mon année qu’il ne s’était pas opposé à l’idée du voyage. Il m’avait tout de même conseillé de travailler pour mes etudes dont il s’était persuadé qu’elles seraient scientifiques.

Nous étions montés tous les trois dans la voiture dans une direction que je ne pouvais oublier. Je reconnu immédiatement la maison dans laquelle j’avais vécu tant de bons moments. Cette maison dans laquelle j’avais grandi, qui me rappelait tous ces gens qui m’avaient fait évoluer et me trouver. J’étais heureux de revoir cet endroit et l’incroyable cabane dans le chêne où nous avions fait tant de choses. Nous sonnons à la porte et mon coeur ne peut s’empêcher d’avoir un coup d’accélération. Le grillage s’ouvre sur la crinière rousse de Sam et son immense sourire chaleureux. Derrière elle je vois la douce Elyne que je mets une seconde à reconnaître avec ses cheveux plus courts et ses vêtements que je ne lui connaissai pas, elle s’avance et me fait la bise d’un air plus assuré qu’auparavant, elle semblait formelle mais son sourire discret m’indiquait que la petite Elyne n’avait pas tellement changé. Derrière elle je reconnais Elliot. Mon vieil acolyte n'a pas changé d'un cheveux. Visiblement il n'a toujours pas investi chez un coiffeur, a conservé ses t-shirt tous plus geek les uns que les autres et garde son regard plein de fougue. Que faire alors? L'approcher comme si rien ne s'était passé? Ne rien faire? Je me perds totalement dans mes pensées quand c'est finalement lui qui approche sa main et je lui rend sa poignée de main. Il me sourit et je lui rend son geste. Nous avons beaucoup de chose à rattrapper mais je suis heureux de reprendre à zéro avec lui. Il m'a manqué. Nous patientons avant l'arrivée de Phoebe en riant et nous nous rememorons nos aventures au sein de ce jardin comme si rien n'avait changé. Mes parents parlent avec ceux de mes amis. Soudain je sens en moi un petit feu se rallumer, une chaleur qui m'indique que je suis à ma place et l'envie soudaine d'écrire me reprends. Je sens que ce voyage va beaucoup m'inspirer et m'aider dans mon choix.

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Pheobe

C'était la veille du présumé départ, j'étais entourée d'une foule de jeunes dont j'avais oublié le nom, si encore je leur avais demandé. La musique tambourinait dans ma cage thoracique comme un deuxième cœur dans mon corps, moulé dans une robe de satin bleue nuit. La soirée battait son plein, arrivée deux ou 3 heure auparavant j'avais déjà assisté à quelque vomissement et une ou deux personnes squattaient les toilettes en permanence. Une soirée lambda. J'étais au milieux de la foule, me dandinant en essayant tant bien que mal de garder ma robe à une hauteur raisonnable en la redescendant régulièrement le long de mes cuisses. Autour de moi le décors tournait au rythme de ma danse frénétique, je ne voulais pas m'arrêter de tourner. Tout était flou autour de moi, je ne voyais que des formes colorées comme si je me trouvais dans un kaléidoscope. Un jeune d'à peu près mon âge me reluquait avec insistance depuis le début de a soirée, il était pâle avec des yeux turquoises transperçant, la chevelure blonde vénitienne et une carrure plutôt avantageuse. Il m'invitait à me rejoindre, je me glissa vers lui avec sensualité, une bonne dose d'alcool dans le sang. Dès ses premiers mots, mon sourire se figea et je me senti tout d'un coup plus sobre qu'une none.

-Qu'est ce que tu fous la Phoebe ? J'étais assez surprise, je ne me souvenais pas m’être présenté a lui au cours de la soirée alors l'entendre me parler d'une manière aussi familière était assez inattendu.

-Ça ne se voit pas ? Je danse ! Lui répondis-je en essayant de garder mon sang froid.

-Tu sais comme moi que tu n'as rien à faire ici. Tu ne connais personne ici, tu ne supporte pas tous ces gens qui boivent a outrance pour se saouler et tu répugne encore plus les drogués qui fréquentent ce genre de soirées. Dit-il calmement.

-Qu'est ce que ca peut bien te faire de ce que j'aime et que je déteste, tu ne me connais pas, tu n'as aucun droit de me dire ce que je suis sensée faire ou non, et encore moins me juger. -Je ne te juge en aucun cas, continua t-il de sa voix posée qui commençait a m'irriter, mais je sais qui tu es et qui tu veux faire croire que tu es. Je pense seulement qu'il serait temps que tu te prenne en main et que tu laisse quelques temps ce masque que tu as porté pendant assez d'années. Tu n'as jamais eut l'impression de te sentir à l’étroit dans ce corps, dans ces vêtements ? Comme si celle qui était a l'intérieur de toi , celle que tu tentait de retenir prisonnière,voulait sortir ? Je pense que si, je pense qu'il serait temps que tu la laisse sortir, que tu redevienne toi même à nouveau. Tu as le pouvoir de te reprendre en mains Phoebe, maintenant c'est a toi de choisir si tu es prête a le faire ou non.

Ce furent ces derniers mots, je restai bouche bée à le regarder s'en aller dans un volute de fumée. Je ne su jamais si ce garçon était vraiment vivant ou si c'était une création de mon esprit voulant se venger des dizaines de vodkas que j'avais ingurgité, mais on pouvait dire que ça avait fonctionné. J'étais sobre et j'avais des doutes pleins la tête. Quand ce gaçcon m'avait parlé j'avais tout de suite repensé a ce que j'avais ressenti lorsque j'avais reçu la lettre de Sam, j'avais tout de suite pris ma décision mais quelques jours plus tard, des doutes m'avaient comblés. Je ne savais plus quoi faire, comment agir, que penser. J'avais défais ma valise et j'étais retournée a mon ancienne vie. Maintenant j'étais déterminée, plus rien m'obstruait la vue, je n'étais plus enfermée dans ce kaléidoscope de mensonges et de tromperie, j'avais brisé le verre et je m'étais envolée comme un papillon sortant de sa chrysalide. Je sorti de la salle pleine de musique pour me retrouver dans la rue sombre et calme de la nuit. Je rentrais chez moi, mon souffle saccadé par ma marche rapide et mes yeux grands ouverts. Je ressorti mon sac, y enfournai mes habits du passé, mes chaussures de marches, une trousse de toilette, un sac de couchage, une serviette de toilettes et tous les souvenirs que j'avais laissé enfermés dans mon cerveau pendant 3 longues années.
Il serait temps que j'aille me coucher, demain, une grande aventure m'attend.

***

Elliot


Pour la plupart des jeune de mon âge, les mots "grandes vacances" font souvent écho aux autres mots "grâce matinée", "repos" ou encore "calme". Dans ma famille, nous avons une toute autre idée de ce que peut être une matinée de vacances d'été...du moins mes parents. Les réveille en douceur n'existent pas chez nous. Mon père, général de l'armée de terre, est plutôt adepte du réveil rapide, brusque et bien efficace ! Mes deux frères et moi avons donc le grand plaisir, tous les matins depuis la fin du bac, d'être les cobayes des méthodes radicales de notre père. Ses idées semblent inépuisables et son sadisme sans limites pour nous faire sortir du lit: bains d'eau gelée, lumières aveuglantes ou encore carillons des plus bruillants sont au rendez-vous. Il va même jusqu'à placer des radios dans nos chambres, réglées pour se déclencher sur les coups de 4h30 du matin, sur une fréquence de champs russes. Non pas que j'ai en horreur les champs russes, mais passer la journée avec un hymne communiste trottant dans la tête peut finir par être quelques peu agaçant. Ce matin, bien sûr ne dérogea pas a la règle. Je fut d'abord réveillé par le cris perçant de mon frère Nolan (qui soit dit en passant cri comme une fillette). J'essayai d'imaginer ce que mon père avais bien pu nous concocter cette fois ci mais il me semblait impossible, a la vue de tous les réveillés que j'avais accumulé dans ma courte vie, que son imagination puisse inventer une énième diablerie matinale. Bien entendu, j'avais tord... Après le second cris de mon deuxième frère et quelques minutes d'attente, le silence s'était fait. Je n'entendais pas les pas de papa monter l'escalier qui menait à ma chambre et cela commença à m'inquiéter. Il avait dû poser quelque chose dans nos chambres pour qu'il n'ait pas a monter jusqu'ici pour nous réveiller. J'examinais la pièce dans tous ses recoins mais en vain, je ne voyais rien de suspect. C'est alors qu'un declic retenti juste en dessous de moi. Le temps que je comprenne l'horrible sort qui m'était destiné, le piège s'était refermé sur moi. Au sens propre comme au sens figuré... J'étais a présent plié en quatre, les jambes au niveau du visage, écrasé entre deux couches de matelas. Je ne souhaite a personne de se retrouver dans cette situation mais si un jour ça vous arrive, priez pour que quelqu'un vienne vous aider. Bien sûr, dans mon cas, personne n'avait l'intention de me tendre sa main : Nolan et Fred devaient être dans la même situation que moi, a essayer de se sortir de cette situation quelque peu embarrassante, maman n'avait sûrement aucune idée de ce qu'il se passait et n'apprendrait la nouvelle que lors du petit déjeuné (s'il y'en avait un, vu la position actuelle de mon corps, je doutais que la perspective d'un petit déjeuné imminent put envisageable) et mon père devait se soucier de la surprise matinale de demain et préférait nous voir nous dandiner et essayer de sortir par n'importe quel moyen de notre lit qui s'était replier sur nous. Après près d'une demie heure d'effort, j'arrivais a m'estirper de mon piège, tous dégoulinant de sueur.

Enfin, je pu me dégourdir les jambes. Je me changeai en vitesse avant de retrouver mes frères et ma mère. Quand je fut en bas, une bonne odeur de toasts grillés me chatouillait les narines. Nolan devait être encore coincé dans sa chambre car seul Fred était assis devant son bol de céréales ( je n'ai jamais compris pourquoi il aimait ça ! J'avais déjà horreur du lait, alors aimer les céréales toutes moles qui flottent a la surface m'était impensable !) Je m'assayai à côté de lui quand papa entra dans la cuisine. D'habitude il était d'humeur joyeuse, fier de lui, un peu comme un enfant après avoir fait une bêtise. Ce matin était different. Il prit la parole : - je vois que Nolan n'est pas encore arrivé..., Se tournant vers moi, je suis vraiment désolé Elliot, il semblerait que ton séjour a l'armée de l'air ait été annulé. Je viens de recevoir une lettre du Colonel Anderson. Il me tendit la lettre et je lu "Général ....... En vue des récent événements qui on frappé la France dernierement, il nous est impossible d'assurer la sécurité de votre enfant durant le stage prévu du 3 juillet au 27 août 2018. Nous vous prions de bien vouloir nous escuser en espérant pouvoir proposer des que possible un second séjour pour votre fils. Bien cordialement Le Colonel Anderson" Papa semblait vraiment déçu. Nolan et Fred avaient tous les deux passés l'été de leur 18 ans a apprendre à piloter des avions et papa tenait réellement a ce que je participe a la coutume familiale. - mais qu'est ce que ça veut dire "récents événements" ?, Commençait à s'emporter mon père. - tu sais papa, Charlie Hebdo, le Bataclan, Nice, avait répondu Fred, ce genre d' "événements" Papa ne renchérit pas, renfrogné, il alla se servir deux toasts, un grand bol de thé et s'assit lourdement sur une chaise, près de Nolan qui avait fini par arriver. Mes frères et moi nous regardames, un léger sourire aux lèvres. Si papa finissait par apprendre ce que nous avions fait je crois qu'il ne nous aurait jamais pardonné ! Nolan et Fred avaient tous les deux fait leurs stages et avaient fini par entrer dans l'armée, ce qui avait l'air de leur convenir parfaitement. Mais moi je n'avais pas l'intention de suivre les pays de mon prêt et mes frères. Papa avait été tellement fier d'eux quand ils avaient été sélectionnés pour l'armée que je n'avais jamais osé lui parlé de ce que je voulais vraiment. Alors Fred avait imaginé un plan diabolique. Il savait mes intentions et je savais que je pouvais toujours compter sur lui pour m'aider. Il avait fait écrire une lettre d'excuse par l'un de ses amis, avait emprunté un tampon officiel de l'armée de l'air, et nous avions postés le tout a notre adresse pour que papa crois a une véritable lettre envoyée par le Colonel Anderson.

Je savais que cette nouvelle attrisait enormément mon père et je détestais le voir dans cet état. Mais d'un autre coté je savais que si je n'assistais pas à ce voyage, je pourrai le regretter toute ma vie. Et je ne comptas pas que ça se produise.

Une fois mon père remis de ses émotions, soit quatres jours plus tard, je lui avais exposé la proposition de Sam. Il avait donc fini par accepter, ne pouvant pas m'interdire de voir mes amis. J'étais donc, ce lundi 2 juillet, devant chez Sam, un sac de 10 kilos dans le dos et le sourire sur le visage.



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