Trump fait le buzz

5 minutes de lecture

Violette

— Décidément on n'a pas fini de s'ennuyer avec Trump. Ma petite fille l'adore ! Bon, c'est vrai, elle n'a que douze ans. Mais elle trouve que parvenir à faire le buzz chaque semaine comme Kim Kardashian, et en plus sans le vouloir, c'est presqu'un exploit.

Germaine

— Que signifie encore cette expression : « faire le buzz ? ». Plus le temps passe et moins je comprends la jeune génération. Ils me parleraient chinois que cela reviendrait au même. Je ne sais pas où ils vont chercher un tel vocabulaire, mais certainement pas dans mon dictionnaire. Il est vrai que je me sers encore du petit Larousse illustré de mes parents, qui doit dater des années trente...

Violette

— Germaine, tu plaisantes ? Ne me dis pas que tu réfères toujours à cette relique d'une autre époque ?

Germaine

— Pourquoi pas, il est encore en parfait état ! Le vocabulaire y est quelquefois un peu suranné mais je n'ai aucune raison de le remplacer. Je te signale quand même, qu'avant que naisse cette société de consommation on réparait pour que les choses durent, aujourd'hui lorsqu'elles cessent de fonctionner ou sont un peu dépassées on les jette et on rachète. D'ailleurs, regarde, c'est la même chose pour le couple. Quand il n'y a plus de désir on se sépare et l'on passe à quelqu'un d'autre. Tiens, tu me parlais de Trump, prenons son exemple : il en est à sa troisième femme, chaque nouvelle épouse chassant la précédente. Il y a d'abord eu Ivana de 1977 à 1992 puis Marla de 1991 à 1999 et enfin Mélania de 1998 à aujourd'hui. Deux mannequins et une reine de beauté...

Violette, raillant

— Dis donc tu m'as l'air bien renseigné. Au moins, il n'est pas difficile à cerner et visiblement, d'après les dates, peu enclin à lâcher la proie pour l'ombre. On pourrait même dire qu'il assure ses arrières ! Compte tenu de l'ambiance qui règne au sein du couple, j'imagine déjà la suivante : Une blonde plutôt effacée, affichant un total look bimbo comme dit Chloé, et affublée pourquoi pas d'un prénom en a ? En bon macho, le reste ne semble pas entrer en ligne de compte. Quoiqu'il en soit, il est encore loin du record de notre Eddie Barclay national avec ses neuf épouses !

Germaine

— Tu caricatures... Il n'est pas encore mort, laisse lui encore un peu de temps. Mais plus sérieusement, tu n'as pas répondu à ma question, c'est quoi un buzz ? Ce mot me fait penser à un bourdonnement d'insecte.

Violette

— Écoute, je n'ai pas osé demander à Chloé, déjà que je passe mon temps à l'interrompre dès qu'elle me dit trois mots, mais en cherchant dans mon dictionnaire qui est plus récent que le tien, j'ai trouvé que le mot buzz signifiait rumeur. Alors, j'en ai conclu que ces personnes cherchaient, consciemment ou non, à faire parler d'elles.

Germaine

— Et tu penses que Trump cherche à attirer l'attention ?

Violette

— Non, je pense que lui, malheureusement, ne le fait pas exprès. Comme lorsqu'il déclare avec ferveur que la Belgique est une belle ville. Ses notions de géographie sont peut-être un peu floues. Ça arrive à d'autres. Par contre lorsque j'ai pris connaissance du texte enjoué qu'il avait laissé sur le livre d'or, suite à sa visite de l'Holocauste de Yan Vashem, là, j'ai bondi :

« C'est un grand honneur d'être ici avec tous mes amis. Telle­ment incroyable, je n'oublie­rai jamais ! Donald Trump ».

Germaine

— C'est maladroit, j'en conviens. Peut-être légèrement inapproprié pour la circonstance.

Violette

— Le mot est faible ! Ne dirait-on pas le retour enthousiaste, presqu'enfantin, d'un adolescent qui vient d'assister à un spectacle qui l'a émerveillé ? Qui pourrait imaginer à la lecture de ces quelques lignes, qu'il sort à peine du sanctuaire de la Shoah ! Est-ce une façon de rendre hommage aux six millions de juifs tués par les nazis ! Enfin, il ne s'agit pas d'une personne lambda, mais du président des Etats-Unis ! Même Chloé a cru qu'il s'agissait d'un fake.

Germaine

— Un fake ? Il faut vraiment que tu arrêtes de parler comme les ados, en mélangeant l'anglais à toutes les sauces, à ton âge c'est risible ! Ou alors donne moi le mode d'emploi ! La légèreté de ses propos est excusable, tout le monde n'a pas la fibre littéraire, surtout lorsqu'il s'agit d'improviser ! Je suis persuadée, qu'il a malgré tout essayé d'être spirituel à sa manière.

Violette

— Tu parles ! En tous les cas, rien qui vaille la peine de méditer. Je serais étonnée que l'Histoire retienne ces mots. Il aurait au moins pu s'inspirer de ceux précédemment écrits par Obama ! En attendant, tu viens de me donner une idée de cadeau pour ton prochain anniversaire. Que dirais-tu d'un Larousse de poche ? Tu pourrais le mettre dans ton sac ?

Germaine

— Merci bien, est-ce que j'ai une tête à recevoir ce genre de cadeau ! Je ne comprends pas. Pourtant, plus tard, Trump a déclaré : « les mots ne pour­ront jamais décrire les profon­deurs inson­dables de ce mal ni l'éten­due de la douleur et de la dévas­ta­tion. Ce sont les heures les plus sombres de l'Histoire ». C'était bien dit, tu ne trouves pas ?

Violette

— Pas étonnant ! Il ne participe pas à l'écriture de ses discours. J'ai lu dans un article du journal « Le Monde » que les traducteurs disaient de Trump qu'il était extrêmement facile à comprendre, peut-être trop, contrairement à son prédécesseur. Il n’emploie pas le second degré, ne fait jamais la moindre référence culturelle. En outre, il utilise un vocabulaire très simple, souvent le même, en boucle, comparable à celui qu’est censé posséder un élève américain niveau 5e ! Malgré tout, ces personnes ne savent pas toujours comment traduire au mieux ce qu'il veut dire, et se retrouvent obligées d'appauvrir leur vocabulaire pour se mettre à son niveau comme de saisir sa pensée à défaut d'autre chose.

Germaine

— Que veux-tu sous-entendre ? Qu'il n'a pas la syntaxe et encore moins le vocabulaire d'une personne de son âge ?

Violette

— C'est ce que j'ai compris. Les discours ne doivent pas être trop longs, sinon il perd le fil. Sa concentration est toute relative, à tel point que pour ne pas qu'il décroche et reste éveillé, il doit voir son nom apparaître à plusieurs reprises dans le texte qu'il est sensé lire.

Germaine

— Tu te moques de moi ? Tu parles du leader de la plus grande puissance occidentale !

Violette

— J'en ai bien conscience mais je t'assure que je ne plaisante pas le moins du monde. Il y a même une rumeur qui circule, disant que souvent, ses conseillers ou ceux qui lui font des rapports, vont jusqu'à lui faire des schémas pour qu'il comprenne plus aisément.

Germaine

— Tu ne vas pas croire à ces bêtises !

Violette

— ...

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Vous aimez lire Valerie MUSSET ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0