La Chambre de la Stella, de Jean-Baptiste Harang

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A vingt ans, j’étais un jeune poète exalté, impublié, impubliable, et c’est sans doute mieux pour tout le monde, mais je dévorais les recueils de poésies et dans ma petite bande d’amis nous nous échangions des auteurs, des titres, nous lisions à haute voix des poèmes admirables qui claquaient dans la fumée des cigarettes et nous produisaient des voyages oniriques entre deux vins. Il faut bien que jeunesse se passe. J’étais étudiant en lettres, cela doit faire partie de l’apprentissage général.

Un jour je tente le coup, j’envoie une lettre pour être jury du Livre Inter. Il faut un peu de culot et beaucoup de naïveté pour croire que ça peut marcher. Dans mon cas, ça a marché. Que faut-il en retenir ? J’avais cité avec feu des auteurs que j’adorais, notamment Calaferte, mais aussi peut-être Vvedenski, Guillevic, et Pierre Albert-Birot, j’en suis sûr. Je me souviens que le jour de l’annonce radiophonique des jurés, j’étais en cours. Mais j’avais reçu trois messages dans l’après-midi. Les deux premiers venaient d’amis qui me félicitaient. Le troisième venait de ma mère qui me demandait de penser à étendre la lessive lorsque je rentrerai.

Il nous a fallu ensuite lire les dix romans finalistes pour remettre le prix, cette année-là. Nous étions vingt quatre, avec comme président du jury Jean Echenoz. J’étais très excité. J’ai lu les livres avec passion. Je dois dire que j’étais très jeune, le plus jeune du groupe, et que mes avis sur les livres tranchaient sérieusement avec celui de mes camarades. Il nous fallut plusieurs tours avant de sélectionner La Chambre de la Stella, de Jean-Baptiste Harang. Un très bon livre, d’ailleurs. Tout se passe dans une maison, à Dun le Palestel, en Creuse. On passe de pièce en pièce pour reconstituer un puzzle intime de la famille de l’auteur. A l’époque j’habitais à Montpellier et Dun le Palestel me paraissait lointain. J’ai eu le loisir d’y passer il y a quelques temps. Cela m’a fait sourire de traverser ce village qui était entré en littérature tout entier grâce à ce livre – pour le meilleur et le pire.

Ce livre, même s’il ne m’a pas marqué par son contenu, a tout de même été pour moi un grand moment. Être juré du prix Inter n’était pas rien. Ce fut l’acmé de ma carrière de lecteur.

J’ai pu voir aussi comment certains de mes camarades s’étaient comportés envers l’auteur. L’un d’eux avait apporté un livre qu’il avait écrit et auto-édité, un livre qu’il enfourna dans la poche du manteau de l’auteur en lui disant qu’il espérait un retour de sa part. J’avais trouvé ça moyen. Mais mon attitude n’avait pas été exemplaire non plus. J’avais défendu un livre (j’étais le seul à l’avoir aimé), Les pays immobiles de Bayon, qui était un collègue de travail de Harang à Libération : j’avais rien trouvé de mieux que de dire à l’heureux lauréat qu’il transmette mes félicitations à son collègue pour son livre… J’étais jeune, alors.

Je n’ai plus revu Jean-Baptiste Harang ni aucun membre du jury de l’époque. Mais j’en garde un excellent souvenir.

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