Chapitre 2 – Le Shadow of the Seas

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La garde des ombres voilà dans quoi j'étais embarquée, une organisation armée répondant aux seules ordres du ''Seigneur'' Charles d'Harcourt. Ce bateau, le Shadow of Seas, était un vieux brise-glace soviétique appartenant aujourd'hui à la Garde des Ombres. Dans ce navire se trouvait les aspirants de la garde pour leur dernière année de formation. Tous les aspirants et les encadrants étaient des vampires, seul quelques membres de l'équipage étaient des mortels, comme Bobby, le cuisto. Mais tous sans exception descendaient d'une lignée vampirique.

 Le Shadow of the Seas était tout à la fois un camp d’entraînement et un QG opérationnel de la garde. Dans la coque du vieux navire se trouvait, entre autre, une salle de musculation, un stand de tir, un dojo, une salle de pilotage de drones, un centre opérationnel et un grand hangar à véhicules. Sur le pont du bateau se trouvait un pont d'envol avec un hangar abritant un hélicoptère, des rampes de lancement de drones, des radars et des antennes de toutes tailles. A la poupe du navire se trouvait un grand hangar avec un radier, il abritait quelques zodiacs, un gros aéroglisseur et trois véhicules tout-terrains.

 Le navire était commandé par le Capitaine Steveson, un épais gaillard à l'épaisse barbe châtain. Cet homme commandait le Shadow of Seas et son équipage, cependant il ne commandait pas les aspirants de la garde. Non, le chef des aspirants était le Capitaine Harry Vinter, mais comme tous les membres de la garde ce n'était pas sa vraie identité. Car la garde des ombres avale tout de votre passé, vos noms, vos origines, vos parents tous disparaît pour être remplacé par les froids rouages d'une machine de mort. Lorsque Ingrid m'apprit cela elle m’expliqua combien il était étonnant que je rejoigne la garde des ombres à mon age. Car la règle voulait que les aspirants soient enlevés à leur famille dès la naissance, dans de rare cas c'était aussi une forme de condamnation, une peine à purger pour réparer des fautes. Mais presque toujours les membres de la garde étaient des vampires, les mortels étaient très rares et généralement confinés à des postes auxiliaires.

 Mais pour moi tout cela n'était que pure folie. Je pensais être embarqué dans une sorte de secte ou dans une expérience gouvernementale secrète. Quoi qu'il en soit je devais m'enfuir avant qu'il ne m’entraîne dans leur délire. Durant les jours qui suivirent je passais mon temps à échafauder des plans d'évasions et mes choix étaient limités. Je voyais au moins trois moyens de m'enfuir, le premier était d'attendre une escale, le second était de m'évader par la voie des airs avec l'hélicoptère du navire et la troisième possibilité était de quitter le navire par la mer. Le premier était le plus sûre mais également le plus lointain, car lorsque je l'avais questionné Ingrid était restée vague sur notre destination ou d'éventuelles escales. La seconde échappatoire était tout bonnement impossible ou particulièrement risquée, je ne savais pas piloter et me dissimuler dans l’hélicoptère serait difficile. Donc ma seule issue dans l’immédiat était la mer. Le navire possédait plusieurs annexes dont des zodiacs qui me semblaient parfait pour ma fuite, il me suffisait juste de choisir le bon moment. Je prenais donc soin d’écouter les discutions pour savoir quand le navire serait assez près d'une côte pour que je puisse rejoindre la terre en zodiac.

 Un soir où j'étouffais dans les flancs de métal du navire je sortais prendre l'air sur le pont. Je flânais ainsi en admirant le soleil disparaître dans les profondeurs de l'océan. Pourtant tout était d'un calme pesant, au loin dans le sud-ouest de lourd nuages noir s'amoncelaient. Il n'y avait aucune brise marine, tout semblait figée dans le froid ambiant, je frissonnais dans mon anorak plus à cause de la fatigue que du froid. J’entendais alors du bruit derrière moi. Je me retournais pour apercevoir un jeune homme descendre seul de la passerelle du navire. L'homme me remarqua immédiatement et me sourit, il était plutôt grand, des cheveux roux et court, des tâches de rousseurs, de grand yeux vert et pétillant de vie, il semblait jeune, mais je savais que l'apparence pouvait être trompeuse sur ce navire. Il portait l'uniforme bleu marine du navire pardessus duquel il avait mis un imperméable jaune. Il s'avança vers le bastingage en me souriant et s'appuya tout à côté de moi, il sortit un paquet de la poche et un briquet, il me fit signe de la main.

« Une cigarette ? »

« Non merci j’essaie d’arrêter. »

Il se pencha pour allumer sa cigarette à l’abri d'une de ses mains. Il expulsa une bouffée de fumé tout en observant l'océan frémissant, le nuage de fumé s'éloigna paresseusement.

« On va bientôt avoir un grain. Vous devriez aller dormir avant que ça n'éclate. »

Je répondais d'un ton sec.

« Merci, mais je préfère profiter de l'air pur et du temps clair avant de m'enfermer à nouveau. »

Il se tourna vers moi, sourire en coin.

« Dites donc vous avez l'esprit de contradiction vous ! »

Je souriais malgré moi.

« Oui, surtout ces derniers temps... »

Il me regardait avec un mélange d'amusement et de curiosité me semblait-il.

« Et pourquoi ça, vous n’êtes pas bien là ? Logée et nourrie au frais... »

Je lui coupais la parole, libérant la colère accumulée.

« Et bien non je ne suis pas bien, on m'a tout enlevée, j'ai jamais demandé à être ici ! »

Il fit la moue et fronça les sourcils puis il écrasa sa cigarette sur le bastingage avant de la jeter au loin d'un geste vif.

« Vous savez la plupart des gens sur ce bateau sont comme vous, ils n'ont pas eu le choix ! Alors faite contre mauvaise fortune bon cœur. »

Le ton aigre avec lequel il me jeta ses mots au visage désarmèrent quelque peu la colère sourde qui couvait en moi depuis plusieurs jours. L'officier de passerelle tourna les talons et partit les mains dans les poches en direction d'une écoutille mais avant qu'il ne soit hors de portée je le hélais.

« Attendez ! » je me rapprochais de lui alors qu'il se retournait. « Je suis désolée, c'est que je ne suis là que depuis quelques jours et donc... » Il hocha la tête et ses traits s'adoucir un peu.

« Je comprends ne vous en fait pas, cela me rappelle juste de mauvais souvenirs. Et puis c'est à moi de m'excuser j'aurais dû vous parler avec plus de tact. ».

« Non, c'est moi, le fait d'être prisonnière sur ce rafiot me rend complètement folle ! Je m'excuse vraiment, je peux vous offrir un verre ? »

« Tous les verres sont offert sur ce navire, enfin je vois ce que vous voulez dire… Ok je ne suis plus de quart allons au réfectoire. »

Nous discutions durant trois heures autour d'une bouteille d'un très mauvais whisky, c'était un homme agréable et il avait de la conversation. Il se nommait Peter, c'était le second du navire, sans doute un homme compétent, mais pas assez perspicace pour s’apercevoir que je ne touchais pas à mon verre. Lui par contre aligna les verres et descendit presque à lui seul la bouteille de l'infecte breuvage. Dans son état je n’eus aucune difficulté à lui tirer les vers du nez. Il m'apprit ce que je voulais savoir, dans deux jours nous passerions près des côtes de l'Irlande, suffisamment proche pour tenter mon évasion en zodiac. Lorsqu'il fut ivre mort je l'aidais à retrouver le chemin de sa cabine, l'un de ses bras au-dessus de mes épaules, je le soutenais avec difficulté et tournant la tête pour éviter son haleine puant l’alcool, mais je lui devais bien ça.

 La tempête rugissait autour de nous, j'avançais d'un pas titubant dans la coursive en m'aidant des parois. Le navire était secoué par les eaux déchaînées, mais il devait être maintenant proche des côtes de l'Irlande. Je me dirigeais en chancelant vers le hangar arrière où se trouvait le radier et les zodiacs. Les quelques membres d'équipages ou les aspirants que je croisais ne prêtaient pas attention à moi, c'est à peine si quelques-uns me reconnaissaient et me saluaient. Plutôt j'en aurait fini mieux ce serait. Ma chance était là, à portée de main. J'ouvrais l'écoutille du hangar pour découvrir les véhicules tout-terrains solidement sanglés à des anneaux métalliques au sol d'acier. Je cherchais du regard les zodiacs stockés au fond près des portes hermétiques. Les embarcations étaient bien là et personne n'était présent. Le hangar devait être désert, inutile pour l'heure, je fouillais les lieux par acquis de conscience puis je verrouillais consciencieusement toutes les écoutilles d'accès. Je mettais des barres métalliques en travers des volants au cas où, puis je fonçais vers un zodiac que je détachais et que je plaçais au niveau du radier. J'appuyais rageusement sur le bouton commandant l'ouverture des portes hermétiques. Les embruns s’engouffrèrent violemment dans le hangar projeté par un vent furieux. Je courais jusqu'au pupitre du radier et j’enclenchais l'abaissement du plateau sur lequel reposais le zodiac. Je bondissais dans le zodiac alors qu'il descendait dans les eaux bouillonnantes. Il me semblait entendre du bruit derrière une écoutille, je démarrais le moteur du zodiac comme me l'avais appris mon oncle Gustav des années auparavant lorsque nous allions pêcher dans le sud de la Finlande. Je devais cependant m'y reprendre plusieurs fois, cela faisait des années que je n'avais pas utilisé un zodiac et puis j'étais presque tétanisé par la peur. Du coin de l’œil je voyais des étincelles jaillir des interstices de l'écoutille. Subitement le moteur démarra dans une explosion de bruit et de fumé. Je détachais l'amarre au moment où la porte de l'écoutille tombait au sol. J'apercevais le visage furieux du Capitaine Vinter qui entrait dans le hangar, mais déjà je m'éloignais vers la sortie.

 Lorsque le zodiac sortit de l’abri que constituais le hangar il fut projeté de côté, je m'agrippais à la poignée du moteur et j’augmentais le régime pour m'éloigner rapidement des remous provoqués par le Shadow Of Seas. Je quittais enfin ce cauchemar, j'osais espérer, je pourrais bientôt retrouver ma vie, ma boite de nuit, mes amis, mes employés... Je ne me retournais pas, préférant chercher du regard la côte irlandaise. Mais les éléments étaient déchaînés, je n'arrivais pas à voir à plus d’une trentaine de mètres. Seule sur ce petit bateau pneumatique perdue au milieu de la tempête je réalisais subitement la folie de mon geste. Je me retournais en espérant voir le navire et me rassurer, mais je ne le voyais déjà plus. Je n'avais donc plus le choix, je devais aller de l'avant, il fallait que je trouve la côte. J'avançais dans les eaux tumultueuses, chahutée à droite et à gauche, utilisant le moteur au mieux pour tenter d'éviter les plus grosses vagues. Malheureusement une seconde d’inattention et je buvais la tasse. J'étais à l'eau, le zodiac retourné dérivait déjà loin de moi. Je nageais tant bien que mal perdue dans les eaux froides de l'atlantique nord. Je pensais à ma vie perdue.

 Je restais dans l'eau un temps qui me parut infini, pensant à ma vie passée, espérant malgré tout, malgré l’évidence de ma mort imminente. A demi-consciente je me sentais subitement tirée vers l'arrière. Par moment les vagues me balayais le visage et je me retournais avec difficulté pour apercevoir un zodiac. Sur l'embarcation pneumatique un homme utilisait une grande perche pour me tirer vers l'embarcation. Lorsque j'arrivais proche du bateau je voyais une main tendue vers moi. Je levais les yeux pour les plonger dans des yeux d'un bleu cristallin, un visage d'ange me dévisageait, un visage rongeait par l'inquiétude. De grosses larmes roulèrent le long de mes joues. J’acceptais cette main tendue et je me laissais ramener à bord.

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