42- Nouvelle donne 2/2

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Quand je pénètre dans le dortoir, il est désert. Les autres doivent être au réfectoire, comme l’a sous-entendu Aetna. Je saisis mon holopad avant de m’allonger sur mon lit.

Comme quand j’étais enfant, je dessine pour oublier mon ventre vide et libérer mon esprit. J’ai esquissé la haute silhouette de l’homme croisé dans les couloirs. Mon impression de déjà-vu ne me quitte pas.

Sous le stylet, nait maintenant le visage d’Ariel, ou plutôt les visages. La jeune femme effacée de notre première rencontre, la combattante perspicace du briefing, la guerrière implacable dans l’arène et pour finir l’Ariel pâle au sourire énigmatique croisée à quelques mètres de la pièce où se trouvait Aetna. Je les contemple toutes, pensivement.

Qui es-tu, Ariel ?

La légère vibration qui annonce l’ouverture de la porte me tire de mes réflexions. Mes équipiers sont de retour.

  • Oh, un revenant ! T’es immortel, mec ! J’aurais jamais cru que tu t’en sortes avec ce que t’as enduré ! s’exclame William.
  • Il faut croire que les IA font des miracles, lui dis-je avec un petit sourire.
  • Non Noway, me rétorque durement Ella qui nous rejoint, suivie d’Ariel.

Avant qu’elle ne détourne son visage, j’entrevois l’incommensurable rage qui l’anime.

  • Désolé Ella. Est-ce que ça te fait mal ? m’enquis-je, en regardant sa manche vide.
  • Ça va. J’ai des sensations étranges mais pas de douleurs. Le plus dur, c’est que j’oublie qu’il est plus là. Je lève le bras et…

Ses yeux sont brillants. Bravement, elle grimace un pauvre sourire.

  • Et toi, tu ne souffres pas trop ?

En réalité, je me sens bien. Aucune douleur. Mon corps répond bien.

  • Encore un peu raide mais ça va, j’ai pas mal.
  • William a raison, t’es pas humain !
  • Alors Ariel non plus. Elle aussi a beaucoup encaissé et regarde, elle est deboutSûrement que mes blessures paraissaient plus graves qu’elles ne l’étaient, hasardé-je, presque gêné.
  • Mouais, répond l'intéressée, j'ai quand même l'impression d'être passée dans le réacteur d'un aérojet. J'ai mal partout mais ça ira.

Bon, puisqu’on en est aux nouvelles…

  • Vous êtes au courant pour Karl ? leur demandé-je.

Ils acquiescent tous d’un air piteux.

  • Ce serait mentir que de dire que je l’aimais beaucoup, mais il a été courageux et sans lui, cette deuxième épreuve aurait été une autre paire de manches, déclare gravement William.
  • Il a été exemplaire, ajoute Ariel.
  • Il m’a certainement sauvé la vie, renchérit Ella.

Le silence s’installe quelques instants.

  • Toi aussi, reprend doucement Ella. Tu t’es battu jusqu’au bout… pour tout le monde.
  • On s’est battus tous ensemble… Tu as pris des risques pour l’équipe Océanie.
  • T’as dit qu’on les couvrait.
  • T’étais pas obligée de le faire, tu pouvais en profiter pour les éliminer. C’est ce que l’une d’entre eux croyait d’ailleurs… la contré-je doucement.
  • C’est comme ça que ça se passe d’habitude. Je ne m’explique toujours pas pourquoi tu m’as fait confiance. Il n’y avait aucune raison.
  • Il faut croire que je ne suis pas quelqu’un de raisonnable.
  • D’ailleurs, à ce propos, je parie que tu t’es encore fait gronder ! s’exclame William en se postant subitement devant moi, les deux mains sur les hanches, les sourcils froncés. Tu vois ce qui arrive quand on écoute pas, on est privé de petit-déjeuner !

Manifestement, les conversations sérieuses l’ennuient ou le dérangent. Ses propos incongrus et son attitude de mère-poule contrariée soulignent le grotesque de la situation. J’en reste sans voix quelques secondes. En revanche, ses yeux pétillants de malice déclenche au creux de mon plexus, un fourmillement familier. J’ébauche un sourire, sentant la vague arriver. Simultanément, nous éclatons de rire, suivis bientôt d’Ella et Ariel.

  • Il y avait de l’alcool au buffet ? réussis-je à dire quand je retrouve un semblant de sérieux.

Ils étaient un peu nerveux, ces rires mais ça fait du bien !

  • Non, il te dévoile juste son vrai visage maintenant qu’il te connait un peu mieux, me répond Ella, tout sourire.
  • Ouaip ! En plus d’être beau gosse, je suis un sympathique boute-en-train !
  • C’est bon William, est-ce qu’on peut être sérieux encore deux minutes, l’interrompt Ariel. T’étais où, Noway ? Est-ce qu’on t’a fait des ennuis pour ton comportement ?

Et toi, où étais-tu Ariel ?

  • J’étais en salle de diagnostic. Quand je me suis réveillé, Alka était là. Elle m’a passé un savon et m’a fait promettre de lui obéir au doigt et à l’œil à l’avenir. Ensuite, elle est partie, elle avait rendez-vous avec un agent de MAGIE à cause de moi, selon elle mais elle n’avait pas l’air très inquiète pour l’équipe. Moi, j’ai dormi une bonne partie de la nuit là-bas puis on m’a raccompagné ici. Ella et William, vous dormiez. J’ai été à nouveau réveillé par un garde et été mené à l’agent que j’avais déjà vu, qui m’a, à nouveau promis l’enfer, si je ne pliais pas.
  • Qu’est-ce que tu vas faire ? Tu vas rentrer dans le rang ?
  • Non, jamais, claqué-je ces deux mots, saisi par une vague de colère sourde qui rugit au creux de mon ventre.

Les autres me regardent avec étonnement. Pourtant cette fois, aucun ne me contredit, ne me traite de fou furieux ou n'essaie de me faire changer d'avis.

-- Bon, rien de nouveau au final ! s'exclame soudain William. C’est la merde mais tu veux quand même tenter le coup, on a compris. Il n’y a pas que toi qui est héroïque. La preuve, j’ai pris des risques considérables pour toi. Regarde ce que je te rapporte !

Il secoue ses manches au-dessus de mon lit et quatre petites brioches en sortent. Ella s’approche et sort de sous sa chemise, un verre de jus d’orange à moitié plein qu’elle avait coincé dans la ceinture de son pantalon.

  • Comment vous avez fait ça ? lui demandé-je, ébahi.
  • Ariel a fait diversion.
  • Comment ça ?
  • Allez Ariel, fais ton petit numéro à Noway, lui enjoint William.
  • Oh, ça va ! t'es casse-pied, Will ! râle celle-ci.

Devant le regard d’incompréhension que je lui jette, elle soupire. Elle déboutonne quasiment tous les boutons de sa chemise, l’attache avec un gros nœud sur le devant. Cela souligne sa taille de guêpe et fait remonter sa jolie poitrine. Elle s’approche de moi et d’une voix sulfureuse, me susurre.

  • Excusez-moi, Monsieur, il n’y a vraiment plus de café ? parce que je me sens vraiment pas en forme ce matin…

Encore une nouvelle facette d’Ariel…

  • Et ça a marché ? la coupé-je, estomaqué.
  • Comme elle les a laissés la tripoter un peu, oui ! répond sèchement Ella, en levant les yeux au ciel.

J'observe le jus d’orange et les brioches. Je n’ai plus faim pourtant je bois et avale tout d’un trait. Puis, je saisis la main d’Ariel et la regarde.

  • Merci beaucoup Ariel.
  • Oh ça va, Noway, s'agace-t-elle en essayant de dégager sa main de la mienne. Tu veux pas oublier tes grands principes, cinq minutes ? T’as qu’à te dire que je ne l’ai pas fait par bonté d’âme, mais par intérêt. Affaibli, tu ne nous sers à rien.

Je garde sa main dans la mienne.

  • Peu importe tes raisons. Que ce soit l'une ou l'autre, je les comprends. C'est juste qu'imaginer les yeux et les sales pattes de ces hommes sur toi me donne la gerbe. J'aurais pu tenir sans manger alors consulte-moi la prochaine fois, s'il te plaît.

Elle se fige et semble s’apaiser.

  • J’espère que tu feras de même si nécessaire, je me ferai un plaisir d’aller user de mes charmes auprès des gardes, continué-je en battant des cils.

Elle pouffe nerveusement suivie des deux autres.

  • Hey, c’est moi le comique, ici, proteste William d’un air faussement contrarié.

En effet, il est bien meilleur que moi à ce jeu-là, je me demande ce que cela cache d’ailleurs. Cela lui permet en tout cas d’éviter de se positionner clairement quant à ses intentions.

Cependant, malgré nos efforts, l’atmosphère reste tendue et la question que je m’apprête à poser ne va rien arranger.

  • Qui était présent au réfectoire ? demandé-je, sans transition.

Les visages s’assombrissent et leurs regards me fuient.

  • Toutes les équipes sont encore en lice, me répond William. Chez Océanie, ils ne sont plus que deux.
  • Wallis ? demandé-je, inquiet.
  • Il était là, avec la nouvelle. Il a demandé après toi…
  • América a morflé, m’apprend Ella, ils ne sont plus que trois dont ce tocard de Joan… Diego est mort.
  • Merde… il avait l’air d’être quelqu’un de bien… Et pour Chine ?
  • Ils sont plus que trois aussi : Feng, Yugo et le nouveau, Ary je crois.
  • On est plus très nombreux… Comment s’imaginent-t-ils qu’on va tenir encore dix épreuves ? ne puis-je m’empêcher de remarquer.
  • On est encore douze. C’est bien assez, déclare sombrement Ella.
  • Les épreuves de Duels font moins de victimes. Et puis, ils vont faire durer le plaisir, rajoute Ariel, d’un ton dégoûté.
  • Bon allez, inutile de nous torturer l’esprit avec ça, pour l’instant, dit William en tapant dans ses mains. Chaque chose en son temps ! Pour le moment, on a quartier libre.
  • Moi, j’ai été convoqué par Alka. Les gardes viendront me chercher bientôt, m’informe Ella.
  • Pourquoi ?
  • Un truc en rapport avec mon bras. J’ai pas tout compris.
  • Moi, je vais à la salle d’exercice. Qui veut venir ? propose William.

Ariel et moi déclinons l’invitation.

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