13- Résister ?

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La fureur, le dégoût, le désir rouge d’anéantir ce monde sous cloche absurde et cruel, se disputent en moi nuit et jour depuis que je voyage avec Alka. Faire exploser ces Bulles de malheur, voilà le seul moyen de voir naître une autre humanité !

Ce que j’ai vu, ces hommes et ces femmes à qui il ne reste que les plus bas instincts pour éprouver un peu de plaisir, Effie dont le corps n’oubliera jamais les souvenirs effacés, ces combattants pour qui la violence et la douleur sont les seuls horizons, ces entraîneurs qui m’ont regardé comme un nouveau spécimen à ajouter à leur collection, allument en moi des incendies que je voudrais voir devenir réalité.

Alka justifie tout cela, convaincue à coup d’Optimem que nous vivons dans le meilleur des mondes.

Peu importe, cette torture aura bientôt une fin. Alka m’a appris que Maya se débarrasse des HC qui ne la satisfont pas, en les vendant au Ring. Or, je me ferai un point d’honneur à ne pas la satisfaire. Elle veut une Ixi, au masculin. Jamais je ne jouerai ce rôle-là. Il y en avait dans la Bulle auprès de laquelle nous vivions. Elles me répugnaient.

Je me souviens comme si c’était hier, des engins sur chenilles décapotés qui en sortaient régulièrement, éclaboussant les alentours de leurs éclats rutilants et chromés. Leurs occupants étaient des hommes équipés de fusils à impulsion électrique. À leurs côtés, invariablement, on trouvait la femme-phantasme de leur choix, une Ixi pour chacun. Sagement assises, les jambes serrées, les mains sur les genoux, elles arboraient un teint de porcelaine et un sourire perpétuel et vide qui, paradoxalement, rajoutait à la vision d’horreur que ces équipages suscitaient chez nous. Commençait alors, selon leur point de vue, un jeu très amusant. Les règles étaient d’une simplicité enfantine : leur but était de nous rabattre vers la forêt pour nous y poursuivre, -c’était plus marrant je suppose-, nous y attraper, nous capturer ou nous tuer selon l’humeur du jour. Le nôtre était : survivre. Nous avions toujours des guetteurs postés entre Bulle et notre campement. Quand retentissait le cri d'alarme, nous lâchions tout pour nous éparpiller tel un troupeau de gazelles : nous nous dissimulions dans des caches repérées à l'avance et il fallait souvent en trouver de nouvelles. Nous tentions parfois, en désespoir de cause, de rejoindre les couloirs souterrains de B12 où ils ne pouvaient nous poursuivre. Ces hommes hilares et ces femmes imperturbables ont peuplés d’innombrables cauchemars des enfants des Clans.

Bien sûr, J’ai, pendant un temps, nourri une fascination presque obsessionnelle pour les Ixi. Je n’étais pas le seul, tous les garçons du même âge avaient à un moment donné le désir de connaître plus intimement l’une d’entre elles. Dans mes rêves, j’imaginais en délivrer une, la plus belle de toutes, après une lutte acharnée. Une fois libre, subjuguée par mon charisme et éperdue de reconnaissance, son visage s’animait enfin et, avec un regard mouillé de larmes, elle me murmurait :

« Noway ! Vous êtes mon sauveur ! Que puis-je faire pour vous remercier ? »

Un rire amer m’échappe. Ma réponse manquait d’originalité, mais je passais de bonnes nuits dont je me réveillais satisfait d’avoir déployé tant de virilité et de sex-appeal. Cela dura jusqu’à ce que je me retrouve à courir comme un dératé devant un de ces chenillards de l’enfer, si près que j’entendais ce que se criaient les occupants.

  • C’est un beau spécimen, dites donc ! Jeune et plein de vigueur ! Qu’en pensez-vous, Ixi 45 ?
  • Oui, il est très joli, répondit une voix flutée, comme si elle parlait d’une babiole.
  • Vous l’échangeriez bien contre moi, petite coquine ?
  • Oh non, Maître ! Vous contentez tous mes désirs ! »

L’horreur que je ressentis ce jour-là reviennent brûler ma gorge. Atomisés, mes fantasmes !

Aujourd’hui, le sort des Ixi m’inspire de la tristesse et du dégoût, tout comme celui des combattants. Seulement je préfère me battre que jouer le joli cœur.

Ce monde est écoeurant. Ces gens sont écoeurants.

Alka justifie tout cela, convaincue à coup d’Optimem que nous vivons dans le meilleur des mondes.

Elle ne se rend pas compte, c’est peut-être cela, le pire des spectacles. Elle change d’expression, son visage pâlit, sa voix perd sa mélodie quand elle justifie la façon dont nous sommes traités sous Bulle. Qu’est-elle, dans ces moments-là, un robot, un être-fantôme… une esclave, la voix de MAGIE ?

Cela me révolte. Je hausse le ton, je l’agresse de mes mots ou je fuis parce que je ne le supporte pas.

Le pire, c’est que parfois, elle semble différente… Comme aujourd’hui, elle paraissait dégoûtée par ce qu'elle voyait.

Ces changements, comme si elle était double, me déstabilise, j’en viens à redouter les moments où elle reprend son ton neutre et mécanique pour m’expliquer les règles du merveilleux monde de MAGIE. Je finis toujours à deux doigts de tout casser. J’ignore ce qui me rend le plus furieux, son attitude ou ce stupide espoir qu’elle fait naître en moi : celui qui dit que les Bullites, qu’Alka n’est pas tout à fait morte à l’intérieur.

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