29- La première épreuve (1/2)

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  • Je vais incliner la loge puis passer en mode automatique, déclare Edan.

Soudain, mon fauteuil se met en mouvement.

  • Noway, il faut t’équiper, me dit-elle alors que je m’immobilise face à lui.

Sans dire un mot, il agite ses mains autour de moi. Interloqué, je n’arrive pas à suivre ses mouvements. Une minute après, je me retrouve harnaché avec une sorte de ceinture dont deux lanières se croisent en X sur mon torse tandis que la troisième m’enserre la taille. Mes pieds sont calés dans deux ouvertures apparues comme par magie. Enfin, sur mon visage, sont placées des lunettes. Edan esquisse un sourire satisfait.

  • Voilà, tu es paré : la ceinture pour te sécuriser pendant les déplacements et les lunettes pour profiter au mieux du spectacle. »

Un bref coup d’œil me permet de voir que les autres sont équipés de la même manière, y compris Alka. Nos fauteuils s’orientent à nouveau vers l’arène.

  • Tu m’as l’air un peu stressé. Tu vas rester à côté de moi, au cas où, dit-il quand le cube termine son mouvement.

Je ne réponds rien, je n’ai pas voix au chapitre de toute façon. Je m’applique à conserver une respiration régulière le temps de m’adapter à cette étrange position et porte mon regard sur l’arène à ciel ouvert.

Sur les pourtours se trouvent quatre plateformes rondes, équidistantes. les huit membres de chaque équipe, en chair et en os, en occupent une. Le milieu est occupé par un gigantesque plateau sphérique lui aussi. Au centre de celui-ci, quatre grands containers sont posés les uns à côté des autres. Sur chacun, est écrit le nom d’un des quatre consortiums.

Sur toute la circonférence de ce grand plateau, cerné par une fosse obscure, huit longues poutres de métal sont fixées. Si ce n’est l'étroitesse de celles-ci, une main de largeur tout au plus, ce gigantesque mécanisme ressemble à s’y méprendre aux hélices des ventilateurs qui servent à climatiser l’atmosphère des Bulles. Nous assisterons à des acrobaties périlleuses, cependant je peine à imaginer en quoi cette mise en scène pourrait être propice aux affrontements tant attendus par les Bullites.

  • Que doivent faire les combattants ? m’informé-je auprès de mon voisin.
  • Patience, MAGIE va énoncer les règles d'ici peu.

En effet, la voix désincarnée résonne dans le DC :

  • Voici les règles de la première épreuve. Soyez attentifs, mes enfants !

Les équipes ont trois heures pour atteindre leur container et y entrer.

Les plateformes de départ s’effondreront dans une heure. Tout concurrent s’y trouvant encore sera éliminé.

Toute équipe ayant perdu plus de quatre membres sera éliminé.

L’épreuve commence dans dix secondes .

Un gigantesque compte à rebours égrenant les secondes s’affiche sur le plateau central. Repris par le public, il atteint son apogée dans une ovation faisant trembler tous les gradins et le cube. Comme promis, Edan efface les parois de notre loge.

Le disque s’ébranle pour entamer des rotations à un rythme plutôt soutenu. De notre place, nous pouvons sentir les courants d’air..

Soudain, Maya s’écrie :

  • Regardez, on dirait que le petit Aro veut y aller ! »

En effet, le jeune homme s’est approché du bord de la plateforme, il est accroupi, ses deux mains posées devant lui. Ses yeux suivent attentivement la ronde des poutres. Moa s’approche de lui dans l’intention probable de lui parler mais le chétif jeune homme s’écarte d’un bond et s’élance aussitôt sur la poutre passant devant lui. Tel un petit primate arboricole, il s’y accroche de ses quatre membres et la traverse avec une agilité et une vitesse déconcertantes. Arrivé sur le plateau, il se juche sur le toit d’un container, sans prêter attention au nom marqué dessus. Il reprend sa position accroupie, un petit sourire satisfait éclairant la lueur froide et cruelle de ses yeux.

  • Lui, c’est un tueur, ne puis-je m’empêcher de murmurer, pour moi-même.
  • C'est exact, Aro n’a laissé aucun de ses adversaires en vie, dans son Ring, me confirme Edan qui m'a entendu.

En attendant, Aro est le seul à s’être engagé et la roue comme le temps continue de tourner inexorablement. Pourquoi les autres n’y vont-ils pas ?

Soudain, comme mus par une impulsion commune, huit combattants s’élancent coup sur coup. D’un saut souple et maîtrisé, un homme d’Europe atterrit sur une poutre et avance à bonne allure, sa chevelure blonde l’auréolant tel un feu follet.

  • Oh, c’est William ! Qu’il est beau, s’exclament Maya et une multitude d’autre voix provenant des gradins et des loges mobiles.

Une poignée de combattants le suivent parmi lesquels je reconnais Feng, la guerrière de l'équipe Chine. Le public est en folie, tandis que je reste fixé sur la combattante de Chine.

Un petit craquement et une grande exclamation effrayée de la foule ramènent mon regard sur les poutres. D’abord, je ne perçois rien de différent mais un autre craquement me permet de comprendre. Celle sur laquelle avance Moa se lézarde à toute vitesse, donnant l’impression qu’un serpent anguleux le poursuit. Quel coup bas ! Ainsi, c'est cela que MAGIE invente, c'est dégueulasse !

Le cri paniqué de Moa ne laisse aucun doute. Il l’a vu. Hélas, il ne semble pas en capacité d’avancer plus vite. Tout s’accélère. Tandis que le sol se dérobe sous les pieds de Moa, Wallis pousse un cri déchirant et William atteint le plateau. Il dégaine une courte épée car Aro vient de descendre de son perchoir et son air cruel et satisfait parle pour lui. Trois hurlements sauvages retentissent simultanément. Le dernier cri glaçant de Moa qui chute, la clameur bravache de William avec en écho la trille d’exultation hérissante d’Aro. Ces deux derniers entament les premiers pas de leur danse belliqueuse pendant que les autres continuent leur progression.

Effaré, je constate que les équipes luttent déjà entre elles, en plus d'essayer de déjouer les pièges tordus de MAGIE. Ce n'est pas vraiment une surprise, cela n'empêche ma part idéaliste d'enrager. Malgré tout, je ne peux détacher mon attention de ce spectacle navrant.

Le duo de Chine avance à une vitesse incroyable. Ils arrivent enfin sur le plateau, leurs prénoms clignotent sur l’écran géant, Feng et Ajay. La jeune femme impassible, se poste devant la poutre. Son partenaire, dos à dos avec elle, guette les duellistes.

Aro grimaçant, pousse un cri de dépit, William prudent et excellent escrimeur, le tient à distance, le laissant se fatiguer à essayer de percer sa ligne de défense. Le petit homme n’a pas d’arme, il est l’arme. Il doit donc s’approcher au plus près de son adversaire. Visiblement agacé, il lance une action trop précipitée et la sanction tombe aussitôt, William esquive d’un bond et lui laisse en passant, une belle estafilade écarlate sur le bras. Aro, furieux recule.

J'aperçois dans son dos, un combattant qui perd l’équilibre, vacille et tombe. Il réussit par miracle à se rattraper d’une main. Luttant de toutes ses forces, il réussit à s’accrocher aussi avec l’autre. Il essaie de se hisser mais tous ses efforts restent vains. pendant que le public crie je ne sais quoi, je ne peux m'empêcher de l'encourager en silence. Un bip retentit.

  • Temps maximum écoulé, annonce MAGIE.

Est-ce de l’amusement que j’ai perçu dans le ton de sa voix ?

La poutre où se trouve le guerrier se sectionne spontanément à sa base, sous les cris abasourdis du public, elle choit, l’homme toujours accrochée à elle.

  • C’est injuste ! Comment ose-t-elle ? m’insurgé-je, scandalisé.
  • Noway, s’il te plaît, contrôle-toi et évite de me hurler dans les oreilles, me répond la voix neutre d’Edan.

Je lui ferais bien ravaler ses paroles mais je me reprends, ce serait aussi stupide qu'inutile.

Quand je regarde à nouveau le plateau, je n’en crois pas mes yeux. Deux concurrents d’América sont engagés dans un combat féroce avec Feng et un de ses équipiers.L Les noms des belligérants s'affichent en lettres gigantesques au-dessus d'eux.

La jeune femme sort du lot, elle esquive adroitement tous les coups. Martin, son adversaire, tente vainement de la bloquer. Il est trop lent, déjà accroupie le sabre à la main, elle lui entaille profondément les deux jambes. Le sang coule à flots. Il s’effondre. Elle pourrait lui donner le coup de grâce mais préfère porter secours à Ajay plaqué au sol par son adversaire qui l’étrangle. Elle s’approche dans son dos et, sans états d’âme, lui tranche la tête d’un coup puissant et net. Tandis que je vois, sidéré, la tête tomber sur le sol et rouler, le corps s’abat sur Ajay déversant son contenu pourpre et visqueux. Lorsqu’elle se précipite pour l’aider à se sortir de là, je détourne le regard et observe une deuxième vague de combattants qui s’engage sur les six poutres restantes.

N'y a-t-il que cette issue pour nous, devenir d'absurdes tueurs indifférents ?

Partagé entre fascination et dégoût, je ne peux détacher mon regard de l’arène. Un éclair rouge attire mon attention. C’est la tresse d’Ella qui fonce à vive allure vers le plateau : la poutre sur laquelle elle se trouve est en train de se désagréger.

  • Tu peux le faire Ella ! l'encourage William, pourtant toujours aux prises avec Aro qui en profite pour tenter de le désarmer.

Elle pousse un cri rageur quand l’épée de son partenaire vole dans les airs et accélère encore. Elle y est presque mais cela ne suffira peut-être pas.

  • Saute, Vite ! lui hurle un de ses coéquipiers.

Une détermination farouche se lit sur son visage quand elle se ramasse sur elle-même et réussit à prendre une impulsion puissante juste avant que le sol ne se dérobe sous ses pieds. Elle s’élève au-dessus du vide, plonge et atterrit d’un roulé-boulé maîtrisé. D’un bond, elle est debout, un peu sonnée. Une ovation salue sa cascade. Elle rejoint aussitôt William pour lui prêter main forte.

Enfin un peu de solidarité. Il y en a donc qui parviennent à rester un peu humains.

Un peu soulagé, je regarde distraitement Wallis et Eva d’Océanie faire prudemment leurs premiers pas sur le plateau. Yugo et un de ses équipiers sont en passe d’y parvenir aussi. Mon attention se porte alors sur une jeune femme d’América qui vient de se lancer, la précarité de son équilibre fait peine à voir. Elle semble souffrir de vertige, ses yeux affolés perpétuellement attirés par le vide sous ses pieds. Tout à coup, sans doute débordée par l’angoisse, elle se laisse choir pour s’agripper de toutes ses forces à sa poutre, tétanisée.

  • Non, allez, relève-toi, ne puis-je m’empêcher de murmurer.

Tout le monde sait ce qui l’attend si elle reste là.

  • Il lui reste cinq minutes, déclare froidementE Edan
  • Comment pouvez-vous le savoir ? l’interrogé-je, outré.
  • J’ai chronométré tout à l’heure… Il est probable que ce soit pareil, cette fois-ci
  • Ce doit être drôlement ennuyeux pour vous, si vous savez déjà ce qui va se passer, remarqué-je d’un ton que j’espère neutre.
  • Je me trompe parfois, me répond-t-il, imperturbable, mais anticiper me rend les choses plus faciles. »

Ce spectacle et son attitude si indifférente mettent mes nerfs à rude épreuve d’autant que je n’ai aucune échappatoire. Je ne peux que subir en silence. Subitement, il pose sa main sur mon avant-bras.

  • Regarde-moi et écoute. La clé est le chiffre huit. Huit poutres, huit minutes… Dans deux minutes, cette poutre va tomber. Il restera quatre poutres (un multiple de huit), Yugo et Chin vont réussir, il y aura donc huit combattants sur le plateau, alors les containers s’ouvriront. »

Sa tirade me laisse sceptique, ce serait fantastique si on leur épargnait de souffrir davantage mais cela ne correspond pas à ce que j’ai compris du DC. Il ne m’a pas lâché des yeux, arborant un air étrange, que je ne parviens pas à déchiffrer. Il semble soucieux.

  • Noway, cela n’est que le début. Dans vingt minutes, les plateformes s’effondreront…
  • … C’est bien suffisant pour que tous tentent leur chance, non ?

Un craquement sinistre me répond, la poutre où se trouve la jeune femme se détache et entame sa chute sous les cris d’effroi ou de joie - qui sait ? - du public. Elle disparaît dans le puits sombre sous l’arène. Son expression de terreur absolue est imprimée sur ma rétine.

Une exclamation qui se propage dans le DC me sort de ma léthargie. Yugo et Chin viennent d’atteindre le plateau et les portes des containers s’effacent. Ils s’ouvrent. Les occupants du plateau n’ont pas l’air soulagés, au contraire, ils se figent tous, les yeux rivés sur les ouvertures, sur le qui-vive.

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